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Quand le sport déshumanise

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Quand le sport déshumanise

(...) (site accidenté en 2013)
Robert Redeker est un philosophe qui s'occupe d'anthropologie. Il réfléchit sur les transformations de la figure humaine au gré de l'évolution de nos sociétés. L'homme contemporain, qui vit dans l'instant, est profondément différent de celui des siècles antérieurs, suspendu entre le passé de ses ancêtres et l'éternité espérée. Ces questions sont ici traitées à travers le sport. L'auteur veut nous montrer que le sport contemporain révèle et développe un nouveau type d'humain. Type, d'ailleurs, plutôt dommageable. Redeker parle d'un glissement vers le "déshumain". Il ne s'agit pas du sport envisagé comme jeu, comme lorsque nous disputons une partie de ballon entre amis. Mais du sport national et institué. Le sport-jeu est gratuit, il n'a pour finalité que le plaisir, la libération du corps, l'amitié. Le sport dont on parle ici est celui dont les médias nous parlent sans cesse : omniprésent au point de passer avant n'importe quelle nouvelle gravissime de politique étrangère. Les résultats sportifs, l'ambiance des stades sont donnés par les intellectuels comme des signes lourds du moral de la nation. Les journalistes interrogent les sportifs vainqueurs sur des questions d'histoire ou de sociologie, comme si leurs performances physiques les rendaient omniscients. Les résultats sportifs d'une nation sont devenus son bien commun, l'expression de son rang dans le monde. Aux jeux Olympiques, de petites nations, incapables de concourir militairement, tentent de compenser par le nombre de médailles. On peut certes se réjouir que "les jeux" aient pour partie remplacé les guerres. Mais quelles en sont les conséquences ?

Le sport est désormais considéré comme la panacée à tous les problèmes de société : il réduira les émeutes de banlieue, améliorera la santé publique, renouera le tissu social, limitera les catastrophes éducatives. Ce qui est inquiétant, c'est que le sport semble parfois avoir remplacé à la fois la politique et la religion, ces deux creusets du vivre-ensemble : "L'homme européen ne va plus à Compostelle, il prend le chemin du stade. "

Le sport, qui était un jeu, est devenu une technique qui instrumentalise le corps des athlètes. Ceux-ci ne ressemblent plus aux spectateurs, qui ne sauraient plus espérer les imiter. Ils dépassent les normes de l'humanité ordinaire. Ils apparaissent sur la scène comme des Robocop plus que comme des hommes : "cybernétisation du corps de l'homme". D'ailleurs, ils meurent jeunes, sacrifiant pour ainsi dire leur vie à leur surhumanité, et leur dopage n'est plus, comme autrefois, passager, mais continu. Forme d' "eugénisme dépolitisé". Robert Redeker s'attarde pour analyser ce que signifie dans le discours le remplacement de l' "esprit" par le "mental".

Par ailleurs, le sport est devenu une activité mercantile au service de la mondialisation. Il faut gagner à tout prix, et la liste est impressionnante des délits, marchandages véreux, trucages de matchs, achats souterrains, sans parler de toutes les ficelles du dopage. Pourtant, les médias décrivent avec humour ces activités qui susciteraient une indignation véhémente en d'autres milieux. C'est que le sportif est roi, et innocent par nature, puisque demi-dieu. Le sport d'aujourd'hui est significatif des tendances lourdes de nos sociétés.

Je comprends Robert Redeker quand il exprime sa nostalgie du Tour de France d'autrefois,
événement populaire qui unissait les châteaux et les chaumières dans la même ferveur. Mais il me semble excessif de voir dans le sport actuel une poursuite des politiques totalitaires passées, par d'autres moyens. Sauf si l'on admet que le libéralisme est une autre forme de totalitarisme, et je n'irai pas jusque là ! Le sport traduit les excès et les incohérences de son époque. Passage du champion issu du peuple au champion people ? Signe de la médiatisation de tout. Remplacement de la culture par le sport, autrement dit, du durable (la culture franchit les siècles) par l'instantané ? Signe d'une période livrée au temps court. Passion pour le chiffre de la performance, ridicule de l' "épicerie chronométrique" ? Signe du règne de la quantité contre la qualité. Remplacement de la culture populaire par la culture de masse ? Signe de la royauté de la consommation. Dépassement permanent de la limite, bataille pour gagner encore quelques centièmes de seconde ? Signe d'une société où la limite est haïe, limite des forces, de l'âge, de la mort, et où l'on combat la finitude humaine sous toutes ses formes. Le sport est un indice révélateur de ce que nous sommes : des humains encore tentés de sortir de notre humanité.
Paru dans Valeurs actuelles - 2 octobre 2008

DELSOL  Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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