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Art et terrorisme

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L’art à l’épreuve du terrorisme
Un entretien avec Cheyenne-Marie Carron

La réalisatrice Cheyenne-Marie Carron prépare un film sur le terrorisme islamique et la radicalisation de jeunes musulmans français engagés dans le djihad, La Chute des hommes. Après L’Apôtre et Patries (actuellement au Cinéma Balzac) (1), elle poursuit, seule, sans aucun soutien de la profession, une réflexion libre et profonde sur le mal dont on vient de voir à Paris l’explosion terrible, mais qui atteint aujourd’hui le monde entier. La Chute des hommes se tournera au printemps 2016. D’ici-là, il faut encore trouver 30 000 € pour le financer, et elle doit tout attendre d’investisseurs privés. Elle a le courage, elle a le talent. Et une foi inébranlable : dans l’Evangile, qui guide le jeune musulman converti de L’Apôtre, et dans le regard de l’artiste, seul capable de dépasser la violence des partis pris par un engagement clairvoyant. Rencontre avec une réalisatrice remarquable
Un entretien avec Cheyenne-Marie Carron, par Marie-Noëlle Tranchant                     

Que raconte La Chute des hommes ?
L’histoire d’une jeune Française, Lucie, passionnée de parfumerie, qui fait un voyage d’études au Moyen-Orient. Son destin tragique croise celui de Younes, chauffeur de taxi sans le sou qui la livrera aux mains de ravisseurs islamistes, et celui d’Abou, djihadiste lui aussi originaire de France.

L’irruption de la guerre en plein Paris va-t-elle orienter différemment votre réflexion, votre récit ?
Surtout pas. Je tiens à garder mon regard, que je pense assez équilibré. Comme l’amour, la guerre ne se fait pas toute seule. Il y a une réciprocité de la violence qui demande à être considérée. En croisant trois trajectoires différentes, mon film donne trois points de vue : celui des victimes, celui des complices, celui des bourreaux. Aujourd’hui, les djihadistes sont en guerre aux quatre coins du monde. On ne peut pas éviter d’aller aux racines profondes d’une telle barbarie, non seulement pour comprendre mais pour agir. C’est cette nécessité qui me pousse à traiter un tel sujet. L’art voit plus loin que la politique et la géopolitique. Je discute beaucoup avec les jeunes arabo-musulmans de mon équipe, et je mesure le courage de leur engagement.

Que montrez-vous à travers le destin de vos personnages ?
Une des causes qui font que les guerres s’engagent, c’est qu’on touche à l’humanité des gens, au respect qu’on doit aux peuples. Tout le monde se plaint de la barbarie, mais tous agissent en barbares, chacun à sa manière. Si on veut espérer éradiquer le terrorisme, il va commencer par falloir être justes, et sévères d’abord avec nous-mêmes. A quel point nos pouvoirs, naïvement ou à des fins bien plus sombres, ont nourri et nourrissent encore le terrorisme, il est temps de le dire, et de prendre nos responsabilités vis-à-vis de ces jeunes dévoyés qui prennent les armes. Et qui ne sont pas des sociaux endoctrinés, on l’a vu, mais de véritables guerriers qu’il faut combattre comme tels. Certains veulent imposer l’islam, mais beaucoup ont un grand sentiment d’injustice et veulent défendre leurs frères. Pendant ce temps, Bush qui a déclenché la guerre d’Irak sur un mensonge coule des jours tranquilles dans son ranch, et les politiciens font semblant de vouloir détrôner des dictatures tout en jouant un autre jeu, au mépris des peuples.

Pourquoi n’avez-vous aucun soutien dans ce projet ?
J’ai renoncé à chercher un financement public parce que je veux pouvoir traiter le sujet en vérité, sans aucune complaisance, et que je ne veux plus subir les refus humiliants du CNC ou des régions, quels qu’en soit les motifs, idéologiques ou commerciaux. Mais je n’ai pas honte de lancer ce petit appel aux investisseurs privés : il me manque 30 000 € pour boucler mon budget.

L’art contre la barbarie, ce n’est pas une vue de l’esprit ?
L’art a un rôle à jouer, très important, parce que c’est un des rares endroits de pureté, d’honnêteté. Lorsque les choses sont aussi radicalisées, le dernier lieu où le regard peut rester lucide et juste. Quand la guerre est là, les artistes sont peut-être les derniers qui s’accordent une parole de liberté et peuvent faire rayonner cette force dans le peuple. Très modestement, mais très nécessairement. C’est ce qui me permet de me lever chaque matin.
(1) Et en DVD à l’adresse
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Paru dans Le Figaro, novembre 2015
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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