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Fondamentaux de la démocratie

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Les deux fondamentaux de la démocratie                   
 
L'existence réelle de la Démocratie dans un pays se mesure à la qualité de ses deux éléments fondamentaux : l'Education et la Justice.
Rien d'autre.
Leur qualité ou leur absence, leur délabrement ou leur fiabilité permettent clairement de savoir quel est le degré de réalité du principe démocratique. Quel est le principe ? Certes, il est selon la définition traditionnelle "le gouvernement du peuple par le peuple" ; mais ce slogan recouvre en fait la nécessité pour ce peuple qui veut se gouverner lui-même - par l'intermédiaire de ses élus et de ses institutions – d'accéder au niveau de connaissances nécessaires pour ce faire, et ainsi de pouvoir assurer, directement ou indirectement, l'ordre social et la paix publique. Les deux outils fondamentaux de l'ordre démocratique sont donc l'Education et la Justice.
                             
Sous cet angle, la forme du gouvernement importe peu : la démocratie peut s'exercer dans un royaume, une république, voire un empire ou toute autre forme d'aménagement du pouvoir et de la société ; il peut y avoir un contexte religieux ou idéologique, ou rien de ce genre. Cela peut être très variable. Mais l'essentiel, dans l'objectif d'une démocratie véritable restent l'Education et la Justice : que chaque enfant, chaque citoyen, puisse de manière équitable, égalitaire et partagée, accéder à la connaissance ; que chaque citoyen puisse, sans crainte, compter sur une appréciation juste, équitable et égalitaire de sa situation lorsqu'il y a conflit ou faute sociale.
Une société qui se dote de manière solide et continue de ces deux éléments fondamentaux, peut être considérée comme démocratique.
 
L'Education
Dans notre contexte contemporain, certains pays se sont dotés d'un système d'enseignement très performant, de manière à obtenir un tissu social cohérent et suffisamment responsable. Cela commence tôt, dès la nursery et le primaire. On y apprend non seulement à lire, écrire, compter, mais aussi les bonnes manières, la propreté, le respect d'autrui et de l'environnement ainsi que le respect des institutions. On y développe dès l'enfance le sens de la responsabilité et le poids éventuel d'une sanction. Cela se fait aussi dans la pluralité des opinions et des groupes sociaux, chacun pouvant afficher son appartenance ; mais cette pluralité encouragée à la tolérance, est encadrée  sous la responsabilité de l'Etat. Dans un monde désormais "ouvert", il est précieux de ne pas aboutir à l'univocalité.
 
En Europe, les pionniers ont sans doute été les Nordiques, la Confédération Helvétique. La France de la 3ème République a ainsi "francisé" des centaines de milliers d’enfants, qu'ils soient Bretons, Basques, Auvergnats, ou de familles venues d'Italie, de Pologne, de l'ex Empire Austro-Hongrois. L'école de Pagnol et de Duhamel a "inventé" la France du XXème siècle.
Plus récemment, le Japon, la Corée du sud, Singapour, et même l'Australie se présentent comme des "pays fous d'éducation" : de judicieux budgets et des programmes planifiés sur 3 ou 4 générations d'élèves leur ont permis, d'une part d'absorber et surtout d'intégrer culturellement les populations très diverses auxquelles ils ont dû et doivent continuer à faire face. Après leur avoir été longuement fermée, l'Australie est désormais une des nations parmi les plus ouvertes aux Asiatiques. Singapour a dû faire face à une population aux origines multiples, souvent peu éduquée ; il a donc fallu créer pendant un demi-siècle un système à la fois respectueux des particularismes et fédérateur d'une fierté nationale : deux ou trois langues obligatoires selon l'ethnie, une culture commune et l'interdiction de tout prosélytisme. Plus de 280 établissements privés distillent sous le contrôle de l'Etat un enseignement commun et particularisé. La Corée du Sud devait, dès la paix venue, prouver qu'elle était capable d'exister : elle l'a fait en renouant avec les traditions agrégées à un enseignement moderne de haut niveau, demandant à ses enfants un effort continu ; le résultat est là : dans le Top 30 des Universités mondiales, 14 sont de la zone Pacifique-Asie. L'Etat fédéré de Victoria (Australie) s'affiche même "l'Etat de l'éducation" (c'est écrit sur les plaques d'immatriculation des véhicules : Victoria the state of education).
Chacun sait que les deux extrémités du corps social sont les plus coûteuses : la jeunesse et son éducation (sans avoir la certitude d'un retour à l'investissement) et les anciens, les plus âgés. Pour financer ces deux pôles coûteux, les "actifs" et le marché du travail doivent être prospères et bien fonctionner : tout est lié. Autrement dit, si l'économie est défaillante, fonctionne mal, voire pas du tout, un des premier postes laissé à l'abandon sera l'Education. Et si, en plus, on plombe cette dernière de méthodes saugrenues, d'attitudes xénophobes et d'innovations permanentes vite oubliées, on peut être assuré de retrouver les enfants et les adolescents dans la rue, sans bagage pour l'avenir.
 
Pour la Justice,
c'est plus délicat : la Justice est en principe "le Troisième pouvoir" comme l'ont théorisé Locke et Montesquieu. Diderot est d'accord. Proudhon dans sa violence dit aussi que c'est "le lieu le plus pourri" d'une nation. Que le pouvoir judiciaire soit nommé, élu ou coopté, son aménagement est toujours difficile et son impartialité aléatoire, car il repose sur un amalgame complexe : en premier lieu les règles de droit et de procédure doivent être bien fixées et stables. C'est ce que nous avons en France. Elles doivent aussi être adaptées au corps social qu’elles sont censés pacifier. Là, il y a sans doute sérieusement à revoir. Ensuite, le corps judiciaire doit être aussi impartial que possible et ne pas entretenir les fractures entre les différents groupes composant le tissu humain. Enfin il y a "l'âme et conscience" de chaque acteur du corps judiciaire, ses faiblesses, ses choix personnels ses a priori dans le jugement qu'il doit avoir de ses semblables. C'est très compliqué. Le principe : "le droit, rien que le droit" est inapplicable autant que le laxisme systématique.
Par ailleurs, dire que "la justice est la même pour tous" est une vue de l'esprit... Selon que vous serez puissant ou misérable"... n'est pas une moralité fabuliste passée de mode, bien que de réels progrès aient été accompli pour "égaliser" procédures et peines.
 
En France,  le pouvoir judiciaire, a toujours été au service de l'Etat : Il est fait pour cela ; "faire régner l'ordre" autant que faire se peut. La satisfaction du citoyen, vient ensuite. La pratique révolutionnaire des Comités de Salut public et de Sûreté en sont une image vivace, même en les atténuant avec les 3 articles de sûreté, 7, 8, et 9, de la Déclaration des droits du 26 Aout 1789. C'est aussi très visible sous les Empires et la Restauration (Monte Cristo, Edmond Dantès sacrifié), et la 3ème République a mené une lutte acharnée contre la criminalité en même temps qu'elle éduquait les enfants (Jean Valjean, la bande à Bonot), faisant de la crainte du bagne un argument de conformité sociale. La longueur du service militaire obligatoire était aussi un puissant "calmant" social.
Une justice totalement vertueuse n'existe pas. Toutefois, en France, nous avons la chance qu'elle ne soit pas totalement minée par la corruption, comme c'est le cas dans de nombreux pays : il suffit de "payer" pour être exonéré ; néanmoins, sa politisation sous la 5ème République est une cause majeure de son délabrement : chaque parti au pouvoir, détruit ce que le précédent a tenté. En ne lui accordant pas toujours les moyens dont elle a vraiment besoin pour remplir une tâche de plus en plus multiforme. Cette stratégie de délabrement volontaire est une véritable catastrophe.
 
Certes qu'il s'agisse d'Education ou de Justice, il y aura toujours des marginaux, des violents, des ingérables non détectés ; mais le bon fonctionnement de ces deux Fondamentaux limite les accidents majeurs d'un parcours social qui n'est jamais évident, quel que soit le pouvoir en place.
Une des dernières stupidités à la mode est de donner en exemple aux Français "le modèle suédois". Quelle lubie !!
Nous comparer à la Suède ou à tout autre Nordique est absurde : ce sont des pays à "petite population" (5 ou 6 millions d'habitants). Tout le monde se connait, il est très difficile de tricher ; la gestion collective est à la fois minutieuse et simplifiée. Cela est quasi impossible pour une population de plus de 65 millions d'habitants (très diversifiés) et des villes dépassant les 2 millions.
Ce sont des sociétés très "solidaires", qui ont eu et gardent le souvenir de vies très dures (la dernière "grande famine" autre que due à une guerre est Finlandaise vers 1880, d'où l'émigration massive vers l'Amérique). Il n'est pas question de mettre en péril le groupe social pour protéger un intérêt particulier qui ne servirait pas l'ensemble de la communauté ;
Ce sont des pays très majoritairement protestants, avec des principes d'honnêteté et de loyauté ; l'éducation porte fortement cette marque. La bonne fortune est un don de Dieu, elle doit donc être vertueuse. Le travail est une valeur fondamentale. Tout comportement "suspect" peut être "signalé", sans que cela soit automatiquement agressif ; cela consiste généralement en une "remise au pas", et un encouragement à être meilleur. Parfois il y a "aide au recadrage".
Les acteurs politiques sont soumis à de stricts contrôles financiers et moraux. Les sanctions sont sévères et sans appel. Il en est de même pour les familles régnantes dont les "listes civiles" sont soigneusement justifiées. Si elles se permettent quelques frais somptuaires pour des célébrations généralement familiales et dynastiques, celles-ci sont financées sur leurs "cassettes privées", et les dons éventuels sont dument contrôlés.
Nous sommes en France, pour le moins, très loin de ces schémas.
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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