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Le tango comme leçon de vie

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Le cinéaste brésilien Walter Salles coproduit avec son compositeur favori, Gustavo Santaolalla, un superbe documentaire sur les vieux maîtres du tango à Buenos Aires. "Le tango est la seule chose que nous ne discutons pas avec l'Eu­rope !" disait Macedonio Fernandez. Depuis qu'il est né dans le monde des immigrants, ses longues vagues de tristesse et de désir, tour à tour caresse et mor­sure, agitent l'Argentine. "On y sent l'exil et la nostalgie, en même temps que la nécessité de se rebaptiser dans une nouvelle géographie", dit Walter Salles. Le cinéaste brésilien a coproduit avec le musicien argentin Gustavo Santa­olalla (compositeur de son film Carnets de voyage) le merveilleux Café de los maestros, réalisé par Miguel Kohan. Un bijou du documentaire musical, dans la ligne du Buena Vista Social Club de Wenders, réunissant les grands interprètes des années 1940 et 1950, âge d'or du tango.

"Santaolalla poursuit sa recherche de sons authentiquement argentins commencée voilà vingt ans avec son disque De Ushuaïa a La Quiaca, explique Walter Salles. Et j'étais intéressé autant par l'amitié pour moi, le cinéma est une affaire de famille que par la curiosité envers cette forme d'expression qu'est le tango. Il y a dans le tango, qui parle de l'ori­gine et du destin d'un pays, une question centrale de mouvement dans l'espace qui est au cœur de mon cinéma".
Lorsque Gustavo Santaolalla a enregistré un album consacré aux anciens maestros du tango, il a envoyé à Walter Salles quelques images prises dans les studios par Miguel Kohan, avec cette question : "Y aurait-il là matière à un film ?".
"J'ai répondu aussitôt oui. J'ai été frappé par la vigueur artistique de ces personnalités, et par leur humour particulier, leur dérision, leur manière de voir et de décoder la société argentine". Pendant un an, la caméra a accompagné les vingt et un musiciens au jour le jour, dans leurs lieux familiers, avant de les rassembler au Teatro Colon pour un concert final éblouissant.
"Ce concert a été un moment d'émotion intense, dit Walter Salles. C'est la première fois que le tango, art éminemment populaire, né dans la rue, répandu dans les bars, entrait au Teatro Colon, temple de la "haute culture". Soudain, une frontière était dépassée, tout le monde le ressentait. Émotion, aussi, de voir renaître un de ces grands orchestres qui ont disparu sous la dictature militaire, parce qu'on croyait, à tort, que le tango était une traduction du péronisme. En fait, c'est un ensemble culturel beaucoup plus ample, qui caractérise toute la région du Rio de la Plata, jusqu'en Uruguay".
Aujourd'hui, les orchestres de tango refleurissent, les écoles de tango se développent, et les documentaires musicaux foisonnent avec succès en Amérique latine. Walter Salles y voit une forme de résistance spontanée à la mondialisation, exprimant "un besoin d'authenticité, de proximité avec la vie, loin des mixtures technolo­giques". Et puis, à la suite de Wenders, "qui a ouvert les portes d'un passé vivant", Walter Salles s'enchante, et nous aussi, de la savoureuse présence de ces octogénaires.
"Dans une société qui vend une culture de la jeunesse à outrance, c'est un éloge de la vivacité qui vient avec l'âge, de l'étonnante fraîcheur de la sagesse. Un regard sur le monde très franc, direct et personnel. Ils n'ont rien à cacher, rien à représenter, pas de prétention. Ils incarnent une mémoire musicale sans être nostalgiques. Ils sont l'authenticité même".

Paru dans Le Figaro, 10 septembre 2009

TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.