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Civilisation contre barbarie

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Civilisation contre barbarie
 
L’histoire de l’humanité se caractérise souvent par un combat entre de grands empires civilisateurs et la barbarie. Que ce soit l’empire romain ou les empires coloniaux qui ont propagé dans le monde entier la civilisation chrétienne occidentale, tous les empires ont eu à combattre diverses formes de barbaries. L’empire romain a fini par s’effondrer sous les coups de boutoirs des barbares. Parmi les empires coloniaux, certains ont donné naissance à des nations pérennes de type occidental, aux Amériques et en Océanie par exemple. Cela représente une grande partie du globe et marque une réussite indéniable de ces empires, fut-ce au prix de guerres d’indépendance entre colonisateurs eux-mêmes, ou plus exactement entre métropolitains et colons. En dehors de ça, peu d’anciennes colonies sont devenues des états modernes civilisés. Constat d’échec. Beaucoup ont acquis leurs indépendances dans la barbarie et la destruction de tous les progrès apportés par le colonisateur. Du massacre des métis de la cité Héraud à Saigon en 1945 aux massacres des pieds noirs d’Oran et des harkis d’Algérie en 1962, en passant par le massacre de Melouza en 1957, tout ce qui pouvait ressembler à une possibilité de coopération entre le colonisateur et le colonisé a souvent été livré à la folie meurtrière des égorgeurs. C’était le triomphe de la barbarie.
 
Il est devenu courant de plaisanter aujourd’hui sur la mission civilisatrice de la France. Les exactions commises pendant les conquêtes coloniales et les guerres de décolonisation ne facilitent pas le travail de ceux qui cherchent à rétablir une vérité un peu plus complexe que la doxa anticolonialiste omniprésente, omnipotente et quasi obligatoire. Pourtant, il faut bien oser le dire, quitte à essuyer railleries, quolibets et procès en sorcellerie : la France a porté haut les couleurs de la civilisation occidentale et chrétienne. Les progrès scientifiques, techniques, médicaux, agricoles, industriels, culturels, philosophiques et religieux dont elle a fait bénéficier ses colonies sont incommensurables. Par quoi cela a-t-il été remplacé lors des indépendances ? Le plus souvent par des régressions sans précédents, par des guerres atroces, par des génocides, par une misère endémique malgré des milliards d’assistanat versés en pure perte ou détournés à des fins personnelles par les nouveaux potentats locaux.
 
Certains ont cru naïvement qu’en se repliant sur notre petit "pré carré" hexagonal, nous échapperions aux difficultés que la tâche civilisationnelle dont l’ampleur semblait dépasser nos moyens au lendemain de la Seconde guerre mondiale. C’est avec un "ouf" de soulagement que la majorité de nos compatriotes a fini par accepter le lâchage de l’Indochine, puis de l’Afrique du Nord, puis de l’Afrique. C’était compter sans une règle immuable de l’histoire qui veut que, généralement, l’on soit conquérant ou que l’on soit conquis. Il n’y a pas toujours de moyen terme. Comme disait De Lattre en 1951, "si nous lâchons en Indochine, le jeu infernal continuera en Algérie et jusqu’en Métropole… " Nous y sommes. Longtemps nous avons combattu la barbarie dans nos dernières colonies au prix du sang des meilleurs de nos soldats. Puis est venu le temps du repli hexagonal, où les plus suspects d’extrême-droitisme ont cru pouvoir cantonner la barbarie à l’extérieur de nos frontières. Aujourd’hui, on n’en est même plus là : la barbarie n’est plus à nos portes mais bien au cœur de la maison. Le drame, c’est que cette invasion barbare se réalise avec la bénédiction des élites dirigeantes, et particulièrement du nouveau pouvoir politique fraichement élu. Les dernières élections ont même marqué une avancée spectaculaire dans cette décadence. Pour la première fois, la bourgeoisie d’argent à rejoint dans le même suffrage la gauche libertaire la plus destructrice des valeurs civilisationnelles françaises. On assiste donc aujourd’hui à une recomposition de ce que fut en 1789 (et surtout en 1793) le mouvement révolutionnaire antimonarchiste et anticatholique. L’illusion d’une droite bourgeoise porteuse de convictions traditionnelles et conservatrices vient de voler en éclats dans les bureaux de vote. Elle aura tenu plus de deux cents ans, avec des hauts et des bas, mais c’est fini. Les bourgeois ont enfin compris que le libéralisme économique (dont ils tirent leur fortune) et le libéralisme moral, devant lequel ils ont toujours fait semblant de se boucher le nez, ne sont que les deux faces du même matérialisme qui garantira leur prospérité. C’est le triomphe électoral du libéral-libertarisme. Pour avoir la paix économique et financière, ils sont donc disposés à toutes les concessions morales. À eux la liberté économique sans frein, où l’homme n’est plus qu’une variable d’ajustement des bénéfices financiers. Au "petit peuple" l’illusion d’une liberté morale qui n’est en fait qu’une mise en esclavage par l’assouvissement de tous les instincts, de tous les désirs, une résurgence soixante-huitarde, "il est interdit d’interdire", et "sous les pavés, la plage". Et c’est là, dans cette rupture de notre colonne vertébrale, que la barbarie entre en scène.
 
Il suffit de voir et d’entendre ce qui se passe autour de nous. Il y a, bien sûr, des manifestations évidentes de la barbarie la plus abominable avec les attentats qui se multiplient n’importe où, n’importe comment, contre n’importe qui, mais toujours au nom de la même idéologie démente. Cette barbarie-là s’inscrit dans la lignée de celle du Vietminh et du FLN, pour ne citer qu’eux. Mêmes objectifs et mêmes méthodes. Il y a encore ce qu’il n’est plus convenable d’appeler des "zones de non droit", où règnent en maîtres la drogue et le crime, qui se répandent comme une lèpre et qui ont étrangement disparu des discours politiques comme des médias depuis quelques temps. Le nouveau souverain ne fait pas que guérir les écrouelles, il fait disparaître comme sous hypnose d’autres maux bien plus effrayants.
 
Il faut aussi regarder certains détails de plus près. On découvre avec stupéfaction des petites choses, apparemment sans gravité, mais qui sont les signes d’une acculturation tragique. Considérons seulement la question de ce qui était autrefois des mutilations rituelles chez certaines populations primitives comme les anthropophages d’Océanie (ou d’ailleurs), par exemple les tatouages et les "piercings". La récente canicule, et le minimum vestimentaire qu’elle induit chez certains, montre le nombre hallucinant de Français qui sont tatoués et/ou "piercés". Il ne s’agit pas seulement, comme cela a toujours existé, d’un petit cœur percé d’une flèche avec une légende du genre "À Lulu pour la vie", ou comme dans la chanson d’Edith Piaf "Pas vu, pas pris". Non, ce sont souvent des mutilations indélébiles qui couvrent de grandes parties du corps. Ce corps que la religion chrétienne nous a appris à respecter, au point que Dieu lui-même se soit incarné, est aujourd’hui moins considéré qu’un vieux mur que l’on tague impunément et irrémédiablement. L’auteur de ces lignes a longtemps travaillé sur les hauts-plateaux de l’ancienne Indochine parmi les populations montagnardes. Il a connu des personnes âgées qui portaient encore les traces de certaines mutilations comme le percement et l’écartèlement des lobes des oreilles, lesquels étaient tellement déformés qu’ils arrivaient à toucher les épaules. Eh bien, cette pratique épouvantable, totalement abandonnée là-bas grâce à notre apport civilisationnel, ressurgit à l’autre bout de la planète, chez nous. On voit de plus en plus de gens dont les lobes des oreilles sont déformés par des "piercings" dont le diamètre peut déjà atteindre un à deux centimètres. À quand les femmes-girafes dans nos banlieues ? On peut légitimement s’en inquiéter.
 
Cette coutume invasive des mutilations corporelles est extrêmement grave parce qu’elle témoigne d’une régression civilisationnelle sans précédent. Elle trouve un terrain favorable à son expansion dans une population acculturée et encouragée dans toutes ces dérives par un pouvoir politique libéral-libertaire au faîte de sa puissance. Il ne s’agit évidemment pas de placer sur le même plan les mutilations corporelles et les attentats meurtriers. Il y a entre les deux phénomènes une différence de degré, comme il y en a une entre une incivilité et un crime. Mais les deux sont des manifestations d’une barbarie qui gagne du terrain chez nous chaque jour. Reste à savoir maintenant qui relèvera le gant de la civilisation occidentale chrétienne qu’une bourgeoisie capitularde vient honteusement de laisser tomber. Qui aura le courage de sortir des petits cercles d’initiés pour porter la bonne parole aux plus déshérités de nos compatriotes, et au-delà ? À moins qu’avant un nouveau temps des cathédrales il faille passer par un temps des monastères-forteresses qui sauveront ce qui peut être sauvé.
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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