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Les trois techniques d’investissement

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Les trois techniques d’investissement
Dans le fond, il n’y a que trois façons de gagner de l’argent.
La première consiste à acheter un actif quand il n’est "pas cher" et à le vendre quand il est "cher". En termes techniques, on appelle ca "jouer le retour a la moyenne". L’un des bons exemples de cette façon de procéder consiste à comparer les performances historique du ratio entre les indices des bourses françaises et américaines, dividendes réinvestis et dans la même monnaie.

 


Les marchés financiers servent à mesurer la rentabilité du capital investi à tout moment. Sur le long terme, la rentabilité des sociétés françaises et américaines doit être la même et donc le ratio ne peut pas avoir de tendance, sinon, en l’absence de contrôle des changes, tout le capital disponible irait dans le pays à la plus forte rentabilité, ce qui ferait monter le taux de change du pays le plus profitable et donc ferait baisser la rentabilité du capital dans ce pays.
Comme on le voit, depuis 1970 le ratio des indices des deux marchés n’a en effet aucune tendance (ligne jaune qui est parfaitement horizontale)… ce qui n’empêche pas  le ratio des indices (ligne noire) de s’écarter massivement de la moyenne de temps en temps, pour des raisons en générale politiques comme en 1981 ou en 2016. Ce sont ces écarts dus à des paniques qu’il faut savoir utiliser à bon escient…
Par exemple, en ce qui concerne le dernier cycle, en 2008-2009, il fallait acheter la bourse américaine et vendre la bourse française, pour jouer le retour à la moyenne. Depuis le début de 2017, il fallait faire le contraire, vendre les USA et acheter la France.
En fait, depuis 1970, il y a eu sept grandes occasions d’acheter la France en vendant les USA et six occasions de faire le contraire, c’est-à-dire une occasion d’arbitrer à peu près tous les quatre ans.
 
La deuxième façon de gérer son argent est elle aussi très connue et consiste à "suivre le mouvement" : si "ça" monte j’achète, si "ça" baisse, je vends. Pour déterminer le sens du mouvement, les partisans de cette méthode utilisent des concepts tels celui de la moyenne mobile. Prenons l’or par exemple pour lequel il est difficile de faire une analyse objective de ce que serait sa valeur intrinsèque et comparons son cours journalier avec sa moyenne mobile à quatre ans par exemple.

 
 
Le raisonnement est simple : si le cours de l’or est inférieur à sa moyenne mobile à quatre ans (pourquoi quatre ans ? parce qu’historiquement, c’est ce qui a marché le mieux et donné le moins de faux signaux), l’or est structurellement orienté à la baisse et ce n’est pas la peine d’en avoir. Dans le cas contraire, en avoir peut se justifier. Il est intéressant de constater que le cours est aujourd’hui à 1241 $ par once et la moyenne mobile à 1245 $, soit a 4 $, ce qui n’est rien. La période négative pour l’or qui avait commencé en Décembre 2012 est peut être en train de toucher à sa fin… Et comme le dollar baisse…
A surveiller, de près… Ceux qui suivent cette technique n’achètent jamais au plus bas mais ne se font que très rarement prendre dans des énormes gamelles.

 
La troisième façon de gagner de l’argent en bourse est d’emprunter à un taux bas pour acheter quelque chose qui rapporte plus. Par exemple, j’emprunte à 2 % auprès de ma banque pour acheter une action qui me donne un dividende de 4 %… C’est de loin la technique la plus dangereuse tant la dette est certaine et le dividende incertain (il peut être supprimé à tout moment). Mon expérience personnelle a été qu’il est très difficile de s’enrichir avec l’argent des autres. Je déteste la dette, je dois le confesser, tant la dette est une atteinte à ma liberté individuelle. Pourtant, c’est cette technique que les banques centrales ont favorisé massivement depuis 2002 en maintenant des taux très bas, qui bien sûr n’ont en rien favorisé la croissance économique mais ont certainement aidé les riches à devenir plus riches, puisque que comme tout un chacun le sait, les banques ne prêtent qu’aux riches… et les banques centrales sont elles bien embêtées : si elles retirent maintenant leur soutien aux marchés, ils risquent de se casser la figure. Et si elles ne le retirent pas, des émeutes sont à craindre et ils risquent d’être pendus.
 
Le lecteur aura compris qu’en ce qui me concerne, je suis instinctivement un partisan de la première méthode et que je n’hésite pas à utiliser la deuxième pour affiner mon "timing". Le lecteur aura compris aussi que j’ai la plus grande répugnance à utiliser la troisième tant l’idée de m’endetter me rend mal  à l’aise. Un vieux fond paysan sans doute…
En ce qui concerne son portefeuille, le lecteur aura compris que le conseil de sortir des Etats-Unis pour investir ailleurs reste valable et que le moment de surveiller le cours de l’or, à tout hasard, est sans doute arrivé. Tout mouvement de hausse du métal jaune à partir du cours d’aujourd’hui déclencherait en effet un signal d’achat que chacun décidera de suivre -ou de ne pas suivre- selon qu’il est un "momentum player" ou pas…

La deuxième question qu’il nous faut maintenant traiter est : quels sont les actifs qu’il faut acheter parce qu’ils sont très en dessous de leur valeur théorique et quels sont ceux qu’il faut vendre.
A l’achat sur les monnaies je ne trouve guère que le yen et un peu moins la livre sterling. En ce qui concerne les marchés obligataires, à l’achat, je mets la Russie, l’Inde, l’Indonésie. En ce qui concerne les marchés des actions, toujours à l’achat, à peu près tout sauf les USA et l’Allemagne, avec une préférence pour les exportatrices en Grande-Bretagne, l’Asie du Nord et du Sud Est et le Japon.
En ce qui concerne les placements à éviter à tout prix : toutes les obligations de la zone euro qui n’offrent plus aucun rendement et souffrent même de rendements négatifs ici ou là, et en plus dans une monnaie qui n’est plus sous-évaluée depuis sa hausse récente.
Pour les actions américaines, sans être exagérément négatif, je préfère être ailleurs.
Passons au momentum.
En ce qui le concerne la plupart des marchés sont bien orientés et n’apparaissent pas dans une situation très dangereuse, quoique ces choses-là puissent se retourner très rapidement.

Et enfin, pour ceux intéressés par les techniques de portage (carry trade), les marchés les plus vulnérables sont sans doute les obligations de sociétés aux USA tant de nombreux fonds spéculatifs voir même des particuliers ont massivement emprunté pour toucher un rendement supérieur au cout de l’emprunt. Si tout le monde veut sortir à la fois, la porte risque d’être étroite et ce d’autant plus que les grandes banques centrales semblent vouloir arrêter les distributions d’argent gratuit

Conclusion
Préférez les actions en dehors des USA, sauf en Allemagne, ayez vos obligations en Asie tout cela n’est pas bien neuf. La seule addition consiste à surveiller le cours de l’or qui offre une configuration technique intéressante en ce moment Je n’aime pas l’or, mais s’il se met a monter, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas participer.
Bonne chance et n’oubliez jamais que la première position que vous devez vendre sera celle qui vous empêche de dormir parce que vous avez déjà trop perdu.
Vous gérez un bilan et non pas un compte d’exploitation. Vendez à perte si nécessaire vos mauvaises décisions. Gardez le reste

Paru sur Institut des Libertés, juillet 2017
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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