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Du bonheur national brut

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Et si on parlait du bonheur national brut
 
Un peu comme l’Anglais est devenu la "lingua franca" du commerce international, l’économie est devenue le point de passage obligé de tous ceux qui prétendent réfléchir sur la société moderne.  Voilà qui me laisse un peu perplexe. En réalité, quand la plupart des "autres" parlent d’économie, en fait ils parlent de choses infiniment barbantes du style PIB, chômage, taux de croissance qui au fond m’indiffèrent complètement.
Je vis donc dans une schizophrénie totale : je trouve les économistes rasoirs et je trouve l’étude de l’économie absolument passionnante… A l’évidence, je n’étudie pas la même chose que mes distingués collègues (Je ne sais pas pourquoi mais les économistes sont toujours distingués).
En fait, et compte tenu des longues études qui m’ont poursuivies de ma vingtième à ma vingt septième année, cela doit faire à peu près cinquante- ans que j’essaye de comprendre pourquoi je trouve l’étude de cette matière absolument passionnante.
Et je crois avoir compris. Et donc, je me suis dit (ma caractéristique première étant la fatuité) que peut-être les lecteurs trouveraient intéressants que je leur explique ce qu’est pour moi "l’économie".

Au cœur de "mon" économie, il y a une notion extraordinaire, la notion de valeur.
Ce mot peut avoir de multiples significations, l’on peut passer d’un homme de valeur à une valeur boursière, qui elle-même peut n’avoir aucune valeur… à l’évidence on ne parle pas de la même chose sous les trois acceptions mentionnées plus haut…
Tout en prêtant beaucoup d’intérêt aux autres notions tant les mots sont rarement le fruit du hasard, je ne vais retenir pour le document de cette semaine que la notion de "valeur" que l’on attribue à un objet ou à un service qui peut être acheté ou vendu, trahissant ainsi une fois de plus mon côté bassement mercantile. Et cette notion, comme l’ont montré les Autrichiens au XIXème siècle (et avant eux les Jésuites Espagnols au XVII ème) est purement "subjective".
La réalité est que chaque individu a au fond de lui-même une échelle de valeurs totalement unique, au moins aussi unique que peut l’être son ADN et être libre c’est pouvoir prendre ses décisions en fonction de sa propre échelle de valeur et non pas en fonction de celle du patron de la boite, du secrétaire de la cellule du parti ou du guide suprême.
En fait, nous nous baladons tous, toute notre vie avec une échelle de valeurs complètement unique (et qui d’ailleurs peut changer avec le temps) et au cours de ces pérégrinations nous rencontrons d’autres individus qui ont des valeurs similaires ou complètement différentes des nôtres.
Et de temps en temps, je tombe sur quelqu’un qui est prêt à acheter quelque chose dont je n’ai plus besoin alors que lui ne saurait s’en passer, ou l’inverse …Après forces discussions nous procédons à un "échange" et cet échange est matérialisé par un "prix". Et pendant la fraction de seconde où nous échangeons, la valeur (subjective) qui s’attachait à cet objet pour chacun d’entre nous est égal à un prix (objectif), ce qui est proprement miraculeux. Et pendant ce court instant, deux individus qui peuvent ne rien avoir en commun sont complètement d’accord, et qui plus est tous les deux sont certains qu’ils sont gagnants et en fait, ils le sont.

Résumons-nous.
Il y a un nombre infini de "valeurs subjectives" présentes dans le monde à chaque instant.
De temps un temps, un objet ou un service "change de main" et cela se fait autour d’un prix. Et quand ce prix apparait, et pour une milli- seconde, le prix et la valeur se confondent, mais en aucun cas il ne s’agit de la même chose. Dix minutes plus tard ou plus tôt, l’échange n’aurait pas pu avoir lieu, ou n’aurait pas eu lieu au même prix. Et ce miracle ne peut se produire bien sûr que si la transaction est librement consentie des deux côtés.
Etre libéral consiste donc à soutenir :
Que chacun a le droit de se constituer librement sa propre échelle de valeurs, et d’effectuer toutes les transactions légales qu’il souhaite en fonction de cette échelle de valeurs ;
Que le prix au moment de l’échange doit être fixé librement entre les deux parties,
Que la transaction soit libre et volontaire des deux côtés et tout cela encore une fois dans le respect des lois qui régissent la société.
Lorsque ces trois conditions sont réunies, alors la somme des "satisfactions" montera puisqu’il est établi que dans une transaction libre les deux parties sortent gagnantes.
Quiconque connait un peu l’histoire sait que ces trois libertés sont complètements inhérentes à la nature humaine et que toute croissance, toute avancée de la civilisation et toute hausse du niveau de vie n’ont jamais dépendu que de leur exercice et de rien d’autre.
Et le libéral affirmera donc et sans aucun risque d’être contredit que toutes les périodes où ces trois "libertés" ont existé ont aussi été des périodes de bonheur, et toutes celles où elles ne l’ont pas été des périodes de malheur, pour les petites gens en particulier.
A ces libertés s’opposent et s’opposeront toujours hélas les thuriféraires du collectivisme, de l’étatisme, les supporters de la tribu, les défenseurs de la pensée unique qui vont trouver toutes sortes de raisons pour empêcher les individus d’exercer leur libre arbitre, en bloquant les prix, en inventant une nouvelle monnaie qui ne correspond  à rien, en taxant comme des fous ceux qui font le meilleur usage de leurs talents, en se servant du monopole de la violence légitime pour mettre en prison, excommunier ou faire bruler ceux qui pensent différemment, bref nous retrouvons une fois encore nos oints du Seigneur, hommes de Davos et soutiens de morales collectives.

La lutte, éternelle et sans fin est donc toujours entre la liberté, reposant sur l’individu, et la contrainte reposant sur l’association de méchants.
Et mon boulot d’économiste est de compter les points entre les deux équipes et de tenir informé ceux qui me lisent des résultats du match.
Pourquoi ?
Parce que là où la liberté augmente, la valeur créée et partagée, qui n’a rien à voir avec la valeur ajoutée des comptables nationaux, augmente et que c’est donc vers là que doit aller le capital disponible de mes lecteurs pour participer à cet accroissement, et pour le renforcer. C’est pour cela que je leur recommande d’aller investir en Grande-Bretagne puisque la liberté individuelle vient d’y progresser de façon inattendue et considérable, les méchants ayant subi une défaite en rase campagne dont ils ont du mal à se remettre. Mais si la liberté diminue quelque part, alors il faut retirer son capital de cet endroit toutes affaires cessantes pour que cette expérience néfaste dure le moins longtemps possible.

Dans le fond, ce que je dis est simple : une transaction libre ajoute au bonheur national brut ou BNB, une transaction contrainte, empêchée, taxée, retardée ajoute au malheur national brut ou MNB, tout en ajoutant sans doute au PIB classique, compte tenu du grand nombre de contrôleurs embauchés pour empêcher chaque individu d’être libre. Dans le monde moderne, une hausse du PIB peut tout à fait correspondre à une forte baisse du BNB et a une forte hausse du MNB et c’est ce que l’on voit en France depuis Giscard au moins. Et l’expérience montre qu’il vaut mieux investir là où le bonheur national brut (BNB) augmente et désinvestir là où le malheur national brut (MNB) augmente.
Mon boulot d’économiste c’est donc d’estimer la variation au travers du temps et pour chaque pays de la différence (BNB-MNB) et d’investir en conséquence.
Et c’est pour ça que je trouve mon métier passionnant.
Paru sur institutdeslibertes.org, 21 mai 2018
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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