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Devoir d'humanité

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Devoir d'humanité
 
En se rendant au Vatican pour recevoir son titre de chanoine de Latran, Emmanuel Macron prend une nouvelle fois acte de la très vieille histoire qui unit la France à l'Église catholique.
Mais s'il ne s'agissait que d'une vieille coutume voulant que le président de la sixième puissance mondiale vienne accepter un honneur désuet des mains de chanoines dans une basilique de Rome, ce voyage n'aurait guère de sens. Gageons que, deux mois après le discours des Bernardins, il est un nouvel épisode des efforts du chef de l'État pour renouer le lien "abîmé" entre l'Église et sa fille prodigue, quoique aînée.
Ce mardi matin, François et Emmanuel Macron vont se parler. Migrants, crise de la conscience européenne, l'actualité donne à la rencontre une acuité exceptionnelle : peut-être que pendant l'échange des oreilles tinteront dans l'Urbs, sinon dans l'Orbs : le Vatican n'est pas si loin du Viminal, le siège du ministère de l'Intérieur italien occupé par Matteo Salvini.
Auprès de l'Église "experte en humanité" (Paul VI), Macron tentera de justifier sa politique, faite d'un réalisme qui ne voudrait jamais manquer à la solidarité. Les récentes déclarations du Pape rappelant que les gouvernements ont le droit de faire preuve de "prudence" quant à leur capacité à "accueillir, accompagner, organiser, intégrer" contribueront à les rapprocher.
Mais que serait cette humanité - le président français lui préférera le terme d'humanisme - sur laquelle s'est construite l'Europe, cette philosophie qui court de saint Martin et saint François et se prolonge jusqu'à Schuman et De Gasperi, si soudain l'Europe consentait à ce que le mot fût pris dans une acception restrictive ? Car que dire d'un monde soucieux de s'acquitter de son devoir d'humanité envers quelques sujets essentiels, les migrants en sont un, et qui en négligerait d'autres : miséreux des rues, enfants à naître de PMA pour toutes ou de GPA (les privant de père ou de mère), malades en fin de vie menacés d'euthanasie ? Bernanos avait résumé la situation d'un mot terrible : une société au cœur dur et à la tripe sensible.

Paru dans Le Figaro, éditorial, 26 juin 2018
MONTETY de  Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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