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La vie : progrès ou déclin ?

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La valeur de la vie humaine : progrès ou déclin ?
 
Lorsqu’on s’interroge sur les signes de progrès identifiés aujourd’hui, on ne manque pas de citer immédiatement l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité infantile. Et, en effet, même si ces deux faits ne sont pas également répartis dans le monde, on ne peut que s’en réjouir. Faut-il pour autant en déduire qu’ils expriment un plus grand respect de la vie de la conception à la mort conformément aux exigences de l’anthropologie chrétienne, alors qu’ils ne traduisent qu’un progrès des techniques médicales ?
Certes non, car, malheureusement, la valeur de la vie humaine, en dehors de l’abolition progressive des lois sur la peine de mort, ne peut en aucun cas être considérée en progrès au regard de l’évolution de ces 50 dernières années. S’il était besoin de quelques rappels, l’exemple français serait dans ce domaine…édifiant !
 
Souvenons-nous d’abord l’accueil réservé à Humanae Vitae y compris au sein de notre épiscopat, alors que, depuis, cette encyclique fait l’objet de toute une relecture l’élevant au rang de texte prophétique, "génialité prophétique" selon le pape François. Lorsque Paul VI y dénonce la mentalité contraceptive, il veut simplement expliquer, dès juillet 1968, quelques mois après la loi Neuwirth, que l’utilisation de produits chimiques dans l’acte sexuel, avec la garantie de résultat qu’elle prétend apporter désormais, ouvre la porte à l’infidélité chronique dans le couple et à la perte du respect de la femme, précédant en quelque sorte les protestations de #Me Too. Et il prend soin de situer son intervention dans le cadre "d’une vision intégrale de l’homme et de sa vocation (…) naturelle et surnaturelle". Evidemment, que n’a-t-on entendu alors sur cette Eglise, ignorante des réalités de son temps, vivant dans la crainte de la sexualité et, surtout, encourageant par son attitude irresponsable le recours à l’avortement. Mieux aurait valu écouter Pierre Simon, grand maître de la Grande loge de France, déclarant quelques années plus tard qu’après avoir gagné "la guerre de la contraception", la "bataille de l ‘avortement"  serait grandement facilitée. Et, de fait, on connait la suite avec la loi de 1975 sur laquelle on me permettra une confidence personnelle, ce dont je ne suis guère coutumier.
Il est, me semble-t-il, assez clair que la vraie transgression de la loi Veil n’est pas la dépénalisation de l’avortement mais ses dérives successives qui, après avoir oublié plusieurs de ses articles qui réduisaient l’avortement à un recours ultime, ont culminé avec la proclamation de ce dernier comme droit fondamental, ce qui pratiquement interdit désormais toute opposition et bannit l’objection de conscience. Et, sans même entrer ici dans la controverse sur la nature juridique du fœtus ou la réalité de l’hylémorphisme dès la conception, n’en ayant ni la compétence scientifique ni les connaissances théologiques, je me réfèrerai simplement à la doctrine aristotélo-thomiste de la puissance et de l’acte pour rappeler que l’être humain est une continuité sacrée. Or, Simone Veil, que je voyais régulièrement lorsque j’étais secrétaire général de la Fondation Claude Pompidou – dont elle était un membre actif du bureau- s’emporta un jour avec véhémence contre ces dérives, notamment contre l’allongement des délais de recours à l’avortement, en venant à regretter amèrement d’en avoir été à l’origine. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je l’avais retrouvée, en compagnie de son mari Antoine, aux premiers rangs de la Manif pour Tous où elle voulait sans doute rappeler les valeurs auxquelles elle était attachée.
 
Justement, le Mariage pour Tous, beaucoup plus que le PACS, fut l’étape d’après. Même tactique que pour le reste : la pilule devait éviter l’avortement, le mariage pour tous excluait la PMA, alors que le Code civil lui-même fait de l’éducation des enfants, avec la fidélité, l’assistance et la contribution réciproques aux charges du ménage, une des quatre finalités du mariage…. Et Macron président, rallié par un nombre conséquent de chrétiens (encore une chance que l’épiscopat ait eu la prudence de ne pas donner de consignes de vote !) s’empresse très logiquement de l’inscrire au calendrier de 2018, puis, face à la mobilisation des opposants, de 2019, après une pseudo consultation orchestrée par un CCNE acquis par avance. Ainsi, l’enfant devient le résultat d’une rencontre de cellules étrangères dans un laboratoire anonyme, au bénéfice des femmes seules ou des couples de femmes revendiquant désormais un nouveau droit à l’enfant sans père.
 
Comment ne pas dès maintenant annoncer la suite ? Les hommes seuls ou mariés entre eux ne pourront accepter longtemps d’être écartés de ce droit à l’enfant et, d’ailleurs, quelles objections pourra-t-on leur présenter, la marchandisation du corps si souvent invoquée à l’encontre de la GPA étant déjà introduite dans plusieurs pays pour la PMA, en raison notamment de la rareté des donneurs et se dévoilant aussi au travers des dons d’organes ? Si l’avortement est maintenant un droit fondamental, l’égalité est en effet, quant à elle, un principe général de notre droit…. après l’enfant sans père, ce sera donc l’enfant sans mère. Et comment ensuite ce principe d’égalité n’entrainera-t-il pas les futurs parents que les progrès de la thérapie génique et prédictive désigneront comme porteurs de gènes du handicap ou de maladies transmissibles à revendiquer et à obtenir à leur tour la PMA ou la GPA au nom d’une "normalité" que, pourtant, jusqu’à ces derniers temps, la pensée dominante jugeait imprégnée de présupposés raciaux ? Et comment encore, l’ensemble des candidats-parents n’exigera-t-il pas bientôt, au nom de cette même normalité de pouvoir bénéficier des mêmes droits que les précédents, c'est-à-dire de choisir les caractéristiques détaillées de leur "projet parental" ? Loin d’être de la société-fiction, cette perspective existe déjà en Europe puisqu’au Danemark une banque de sperme met cette possibilité à la disposition de ce nouveau marché.
 
D’ailleurs, dans cette société en cours de construction, telle que la post-modernité l’inspire, on ne voit pas bien, dès lors que la science le permet, au nom de quel argument, on interdirait aux individus et aux couples de disposer, dans des conditions médicales de qualité, de l’enfant idéal correspondant exactement au désir de chacun, fût-ce le même modèle reproduit à l’infini, le clonage sans risque et sans bavure, un progrès pour le bonheur de tous, le bien-être dans la sécurité ? Etre ou pouvoir comme les autres n’est qu’une nouvelle forme du désir et de la rivalité mimétiques dont René Girard nous a expliqués le cycle de violence qu’ils développaient. Les mauvais esprits rétrogrades, ceux qui pourraient encore penser que la naissance est un don de Dieu dont un homme et une femme sont les co-créateurs, même si l’amour humain est plus fragile qu’une éprouvette, auront beau observer que l’argent deviendra le nouveau critère de discrimination et la paternité rêvée l’apanage des plus riches, cela ne servira à rien. Car la société qui vient, celle du meilleur des mondes, confirmera bien l’avertissement du Christ : "On ne peut servir Dieu et Mammon". Et il n’est pas excessif de penser que c’est peut-être sur l’autel de ce nouveau Maître que se livrera une des grandes luttes de l’Apocalypse où l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sera définitivement foudroyé.
 
Car il est impossible de réduire cette question de la naissance de la vie à une affaire de lois dites de bio-éthique sans en décrypter la stratégie sous-jacente : à considérer l’évolution de la législation au moins depuis la loi sur la contraception du 19 décembre 1967 et les perspectives que nous venons d’évoquer, de quoi s’agit-il sinon de faire en sorte qu’il y a ait de moins en moins d’enfants dans le cadre du mariage d’un homme et d’une femme, comme la nature le permet, et qu’il y en ait à tout prix dans les couples homosexuels, où la nature s’y oppose. Contraception, avortement, mariage pour tous, PMA, GPA, et, sans doute bientôt dans un domaine voisin euthanasie, ne sont que les volutes successives d’une spirale aboutissant, au prétexte d’une diversité de modèles familiaux, à une révolution s’écartant de plus en plus de l’essence même de la famille. La raison en est simple à comprendre : la famille est le signe privilégié de l’amour humain et de la vie, le lieu de l’intimité, de la proximité et de la transmission par excellence, dans une société où tout conspire à les nier au profit de l’impersonnel, du lointain et du déracinement. Les Etats totalitaires ont cherché pour cela à la déconstruire et c’est elle qui, toujours, leur a le mieux résisté.
Le transhumanisme athée et son homme augmenté, appuyés sur "une science qui peut tout" et un amoralisme de principe, est l’avatar contemporain d’un totalitarisme qui, après ses modalités positivistes (Comte) économiques (Marx), philosophiques (Nietzche et Feuerbach) et culturelles (Mao) cherche désormais à nier la condition humaine elle-même en s’insinuant dans ce que la personne a de plus précieux, au cœur même de son identité d’enfant de Dieu et de la chair de l’homme. La bio-éthique et ses comités de circonstance n’en sont que les alibis procéduraux qui, tous les sept ans, en sapant un peu plus les fondements de la morale naturelle tentent de sonner le glas de la Civilisation de l’Amour.
Alors, "Quand le fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il encore la Foi sur la terre" et nos lampes allumées ? Le Christ lui-même n’a pas craint de poser cette question à chacun de nous et de nous interroger sur notre résistance aux épreuves et notre persévérance quotidienne. La Foi pourra passer, l’Espérance aussi pourra passer mais nous savons avec Saint-Paul que l’Amour, lui, ne passera pas !

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
BOLUFER Jean-Paul

Né en 1946
Marié - 5 enfants
 




Préfet honoraire


Institut d’études politiques de Paris
Ecole nationale d’administration
Institut des hautes études de défense nationale.
 


Maire-adjoint de Colombes (Hauts-de-Seine)
Conseiller métropolitain du Grand Paris
Conseiller territorial de la Boucle Seine-Nord
 
Chargé de mission au Secrétariat général de la défense nationale (1974-77)
Chef-adjoint puis directeur-adjoint du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris (1979-86)
Directeur de cabinet
     de la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de la francophonie,  Lucette Michaux-Chevry (1986-88)
Directeur général des services et directeur de cabinet
     du président du conseil régional de Midi-Pyrénées, Marc Censi (1989-96)
Préfet, directeur de cabinet du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris (1996-97)
Préfet, directeur des Journaux officiels de la République française (1997-2007)
Directeur de cabinet du ministre du logement et de la Ville, Christine Boutin (2007)
Contrôleur général économique et financier [Ministère de l'Economie et des finances] (2008-2012)
 
Ancien maître de conférences
     à l’Institut d’études politiques de Paris,
     à l’Ecole nationale d’administration,
Ancien chargé de cours à l’université Paris-2 et à la faculté de droit de Nice,
Professeur, responsable de la filière droit-sciences politiques, depuis 2008
     à la faculté  libre de droit, d’économie et de gestion de Paris (FACO)
Secrétaire général de la fondation Claude Pompidou (1980- 1989 puis 1996-2007)
 
Fondateur du Cercle de la Cité, président du club Dialogue et humanisme et du club Témoin
Officier de réserve
 
Ouvrages
Co-auteur de "Projet pour la France", édition Livre-Essor (Prix renaissance 1984)
 
Distinctions
Chevalier de la légion d’honneur
Officier de l’ordre national du mérite

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