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L'épopée de "Face à l'Art"

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L'épopée de "Face à l'Art"
 
2018 se termine sur la nomination de Jean de Loisy à la tête de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris. Echec, donc, de la  bronca organisée par ceux qui désiraient voir les générations se renouveler… en leur faveur. La place n’est pas de tout repos : l’école est déchirée par des affaires de harcèlements et de racisme qui vont finir au pénal, au point que le précédent directeur fut enfariné par ses étudiants ! Du côté des méga-collectionneurs : perfectionnement des réseaux. Le groupe Les Echos-Le Parisien (qui détient Connaissance des arts), pôle média du géant du luxe LVMH que préside Bernard Arnault, vient de créer sa maison d’édition de livres d’art "In fine"… Les méga-mécènes aiment détenir le plus de maillons possibles dans la chaîne de promotion de leurs poulains artistiques…
 
Mais l’année se termine aussi, hélas, par la disparition du site "
Face à l’Art" né en 2000 ; ce salon virtuel était géré par une association de peintres (1) qui sortaient, grâce à internet, d’un isolement né dans les années 70 après le fameux "retour à l’atelier" : à l’aube des réseaux sociaux, tous les espoirs étaient permis. L’originalité de Face à l’Art fut d’organiser un partenariat critiques/peintres sous forme d’une cooptation croisée et de faire office de lanceur d’alerte, directement ou par l’action personnelle de ses membres, dont certains publièrent des livres sur l’état déplorable de la Peinture en France (2). Non contents de se prendre en main, de s’impliquer dans des expositions, (il appartiendra à une nouvelle génération de suivre cet exemple) ces artistes montèrent des colloques comme celui d’ARTSENAT en 2003 avec exposition à l’Orangerie et dans les jardins du Sénat ; des tables rondes sur l’exclusion des peintres réunirent des personnalités du monde de l’art (3) ce que résume bien la petite vidéo de Claude Yvans (Cliquez ici).
 
A partir de 2006, Face à l’Art animera un blog de discussion, autour de l’interventionnisme étatique dans la création, des soi-disant “retours de la Peinture”, ou du discrédit de celle-ci dans les écoles nationales, ou encore des dérives d’un Art financier chéri par la mondialisation. Un dernier colloque au Sénat, en 2013, porta sur "Trente ans de création dirigée par l’État, constat, conséquences et perspectives, 1982-2013" (4). Mais les politiques ne se saisiront pas du dossier, laissant la bureaucratie continuer son travail de sape.
 
De Face à l’Art, il nous reste toutes les peintures créées envers et contre tout et le projet d’une œuvre collective étonnante, "Collection privée" (2002). Elle consistait à enfermer des toiles peintes, de la Peinture donc, entre deux panneaux de béton pour manifester l’occultation de la Peinture en France. Bizarrement, on se demande bien pourquoi, cette magnifique installation n’a pas séduit les officiels de l’Art français ; il est vrai que cette œuvre conceptuelle était porteuse de sens. En matière d’art conceptuel, les artistes de l’œil et de la main ont souvent des idées épatantes. Le sculpteur René Letourneur suggéra, dès 1958, en réponse à Yves Klein, d’exposer une salle vide avec la signature de l’artiste au sol "à l’endroit où doit se trouver le visiteur après sa chute, un fil de nylon invisible étant tendu au ras du seuil" (5). Une belle idée d’art corporel, une chouette performance que pourraient reprendre certains étudiants des Beaux-Arts… pour accueillir leur nouveau directeur ?
Sur cette pirouette se termineront les Grains de sel… qui reprendront début 2019, après des fêtes qui, j’espère, vous rendront heureux !

 
 (1)  Franck Longelin et Marie Sallantin furent les initiateurs, rejoints par Pierre-Marie Ziegler, Augusto Foldi , Tania Bruzs etc. Face à l’Art se fera aussi l’écho, par de nombreux liens et commentaires, d’analyses ou d’initiatives diverses.
(2)  Sallantin et Ziegler font partie des auteurs de "1983-2013, Années noires de la Peinture : Une mise à mort bureaucratique" édition Pierre-Guillaume de Roux, 2013.
(3) le sénateur Yann Gaillard, le critique du Monde Philippe Dagen, les sociologues Nathalie Heinich et Alain Quemin, l’écrivain Jean-Philippe Domecq ou Patrick Barrer, auteur d’essais polémiques sur l’Art contemporain et créateur d’Europ’art, ainsi que le  peintre  Cremonini etc,
(4)   Intervenants: Noël Coret, Laurent Danchin, Jean Philippe Domecq, Raphaël Jodeau, Aude de Kerros, Pierre Lamattie, Roland Lienhart, Marie Sallantin, Jérôme Serri, Pierre Souchaud, Christine Sourgins, François de Verdière, Ariane Warlin… Plus d’infos
cliquez
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 18 décembre 2018
SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.