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Derrière “Je suis Charlie”

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Derrière “Je suis Charlie”, la vraie nature de notre époque
 
"Je suis Charlie." C'était il y a quatre ans, c'était il y a mille ans. Des millions de gens défilaient dans la rue pour défendre la liberté de pensée, d'opinion, d'expression ; pour défendre cet esprit d'irrévérence, d'insolence, si français, mélange de gouaille populaire (Gavroche) et de goût du bon mot hérité des salons aristocratiques (Voltaire) qui fait reconnaître - apprécier ou détester - un Français à n'importe quel endroit de la planète.
 

Charlie Hebdo est plus précisément l'héritier de la presse anticléricale du début du XXe siècle, de L'Assiette au beurre et autres feuilles qui se déchaînaient contre la soutane. L'arrivée d'un islam de plus en plus visible en France a suscité une réaction inévitable. Les bouffeurs de curés sont devenus - aussi - des bouffeurs d'imams. Les blasphémateurs qui moquaient Jésus ont aussi moqué Mahomet. On sait comment cela a fini.
"Je suis Charlie" était, sous une forme publicitaire, une manière de dire qu'on voulait perpétuer cette gouaille gauloise. Tout le monde semblait d'accord. Cette unanimité - à part quelques exceptions chez les jeunes musulmans de banlieue - aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Nous alerter. On aurait dû se méfier.
 
Dès le début, les garde-fous étaient posés par nos élites bien-pensantes : je suis Charlie, certes, disait-on, mais "pas d'amalgame". Les deux slogans se répondaient, se complétaient. On croyait que l'un nuançait utilement l'autre - pour que la critique légitime de l'islam n'englobe pas une attaque personnelle et "raciale" des musulmans. On se trompait. C'était bien toute critique de l'islam qu'on voulait interdire au nom de la protection des musulmans. Le "pas d'amalgame" devint le paravent du rétablissement sournois du délit de blasphème. Les médias et les juges se chargeraient de la besogne.
Mais l'islam n'était pas le seul intouchable. D'autres vaches sacrées étaient érigées. Les femmes, les homosexuels, les migrants. La vague devenue d'Amérique avec #MeToo faisait de la femme une icône sacrée. Tout homme était un violeur en puissance. Ou pouvait être dénoncé comme tel. Pour une plaisanterie de mauvais goût, une drague un peu lourde. Une goujaterie. En quelques mois, on était passé de "Je suis Charlie" à "Balance ton porc". De l'irrévérence à la révérence. De la gaudriole au puritanisme néoféministe. Un chroniqueur qui avouait benoîtement qu'il était, comme l'énorme majorité des hommes, plus attiré par les jeunes femmes que par leurs aînées était cloué au pilori médiatique.
 
L'époque révélait sa profonde nature. Elle serait puritaine. Les nouveaux curés n'officiaient pas dans les églises : ils prêchaient sur les plateaux télé ou sur les réseaux sociaux. Ils étaient journalistes, associatifs, acteurs, chanteurs, animateurs TV. Et leur inquisition serait bien plus implacable que celle de leurs devanciers. Ils disaient "Je suis Charlie" et réclamaient toujours plus de lois contre les "fake news", contre "la fachosphère", contre les "porteurs de haine". Tartuffe était plus puissant que jamais.
Paru dans Le Figaro Magazine, 11 janvier 2019
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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