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La dignité d'un homme

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La dignité d'un homme
 
C’est fini. Vincent Lambert, cet homme dont l’avenir a tenu en haleine la France entière, est entré dans le grand mystère de la mort. Une certitude : le voici dans la paix.
Sa famille se déchirait à son sujet. Les médecins aussi se divisaient sur l’état d’un malheureux reclus dans une zone obscure de la vie, en état "pauci-relationnel". On allait de procédures en recours, d’appels en cassation.
Qui n’a été étreint par l’émotion devant le sort incertain et cruel qui lui fut réservé durant des années ? Chacun sentait bien que cette affaire ne se limitait pas aux procédures judiciaires, ni aux décisions médicales, mais engageait toute la société et sa conception de la dignité humaine.
Le contexte passionné, le tumulte médiatique qui l’entourait n’ont pas facilité la réflexion. Était-on dans une "obstination déraisonnable" autorisant, selon les termes de la loi, qu’on mette fin aux traitements ? Mais la nutrition et l’hydratation sont-elles vraiment des "traitements" ? Alors, comment qualifier leur interruption ?
C’est fini, mais l’histoire tragique de Vincent Lambert continue de nous hanter : qu’est-ce qu’une vie ? par quoi se définit-elle ? Malgré les avancées pour un meilleur accueil des malades, des personnes handicapées, des personnes âgées, un air du temps pousse à évaluer une vie par son "utilité", sa "productivité". À cette aune, les jours d’un homme dans un état "pauci-relationnel" ne valent guère.
La médecine fait des prouesses et, partant, elle fait bouger les lignes longtemps intangibles de la conception et de la mort. Ses progrès donnent le vertige et font naître des questions qui ne manqueront pas de se poser lors des débats bioéthiques qui s’annoncent - demain sur la PMA et un jour sur l’euthanasie ou la GPA. Quels principes doivent-ils nous guider ? Faut-il faire systématiquement droit au "désir", celui d’enfanter, celui de mourir ? Faut-il se soumettre à la performance médicale ? À la rentabilité économique ? Notre temps enivré de puissance technologique et scientifique doit impérativement retrouver le chemin de la sagesse.

Editorial, paru dans Le Figaro, 12 juillet 2019
MONTETY de  Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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