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Ne nous haïssons plus ...

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Ne nous haïssons plus les uns les autres … c’est la loi
 
La loi Avia, qui vise à lutter contre les propos haineux sur internet, vient d'être votée à l'Assemblée nationale. Elle confie aux Gafa et internautes la police de notre pensée avec tous les risques que cela incombe.
 
L'impuissance a dorénavant une solution : la loi. Par la suite, Ponce Pilate peut tranquillement se laver les mains en déléguant aux réseaux sociaux la police de la bien-pensance planétaire.
Faut-il se réjouir de ce catalogue à la Prévert voté le mardi 9 juillet à l'Assemblée Nationale ? On y égrène le mal sous toutes ses formes informatiques, depuis l'apologie du terrorisme, les messages de discrimination (toutes les discriminations), le harcèlement sexuel à la pornographie, et bien sûr la haine, etc.
Mais qu'est-ce que la haine ? Qui la définit ? La perception que l'on en a est-elle la même pour tous ? Effacer un message, est-ce effacer la haine ?
Ainsi, l'insulte simple (haineuse) ne tombe pas sous le coup de la loi. Libération par écrit ou sur la toile pourra continuer de titrer "Casses-toi riche con" en insultant l'un de nos plus prestigieux PDG, à moins que le message ne soit qualifié de "manifestement illicite", c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de doute possible sur son caractère illégal. Mais est-ce illégal en France de haïr les riches ? Je te hais, je pense que tu me hais parce que je te hais et je vais te dénoncer de me haïr. Une subjectivité assez vile quand on y pense.
Sur le fond n'importe qui pourra dénoncer son voisin pour des contenus "de mauvaise foi"... La dénonciation fait définitivement partie de la morale du nouveau monde, faut-il s'en réjouir ?
Et comment va-t-on s'y prendre ? C'est aussi là que le bât blesse. Les services en ligne disposeront de 24 heures pour retirer les contenus illicites. Usine à gaz programmée mais, la France excelle dans cette forme d'industrie. (3 pages de descriptif-mode d'emploi, quasi incompréhensible).
Plus grave, cette forme d'étouffoir de l'expression, aussi sordide soit-elle, ne fait pas progresser la morale mais cache les symptômes de la haine collective et du mal vivre ensemble. La parole libérée, même haineuse, peut être un exutoire qui peut éviter de passer au stade suivant : l'acte de violence. Que deviendront tous ces haineux muets qui se tairont, plus haineux encore ? Alors évidemment il faut lutter contre ce déferlement affolant et protéger les plus faibles, les enfants en particuliers... La censure de la parole va crescendo : le politiquement correct a commencé doucement par le remplacement des mots qui atténuerait une discrimination ou des situations que nous ne supportons plus, les mots de plus en plus tabous, les opinions encadrées qui doivent refléter un consensus bienveillant, le "prêt à penser" qui fait office de réflexion, etc. Tout cela tend à réduire non seulement notre liberté d'expression mais notre liberté de penser, de convaincre, de n'être pas d'accord.
 
Alors cette loi va-t-elle nous rendre meilleurs ?
"Gommez ce tweet que je ne saurais lire" : tout ce que nous ayons trouvé consiste à zapper la liberté de blâmer, même s'il s'agit d'insultes pires qu'un simple blâme la liberté d'expression ne peut pas se détailler en tranches de saucissons.
Le problème de cette loi, c'est aussi le pouvoir donné aux grandes entreprises mondialisées sur la régulation de la liberté d'expression, sur leurs propres plates-formes. Un pouvoir exorbitant, celui de juger, la justice n'intervient qu'ensuite et sous certaines conditions.
Il faut aussi souligner et c'est grave, que notre pays la France perdra ainsi sa souveraineté, ce n'est plus nous qui régulons et en France on ne peut pas passer sous silence le recul de la mission du juge. Alors qu'il devrait être en première ligne pour jouer son rôle de contrôle de respect des libertés, il est relégué derrière les entreprises du numérique et derrière l'État incarné par le CSA. La Justice, mission régalienne de l'Etat est mise à mal. 
Par ailleurs, le fait que la détection des contenus suspects soit dénoncée par les internautes eux-mêmes hors de nos frontières pose question sur l'avenir et la transformation de ces documents. Ce n'est pas une entreprise, sous-traitante ou non, qui va détecter le contenu mais bien le simple utilisateur. Cette mission sera créatrice de richesse pour les plateformes, ou comment faire travailler gratuitement des internautes pour le compte des géants du numérique, le gouvernement a trouvé la solution !
De surcroît, à chaque fois, qu'un message mis en ligne sera considéré comme haineux, il sera stocké par les plateformes avec la possibilité de constituer une base de données dangereuse et exploitable par des gens mal intentionnés, avec des conséquences que nous ignorons encore.
L'objectif est louable, mais l'enfer est pavé de bonnes intentions et la liberté d'expression est notre bien le plus cher, c'est la meilleure garantie d'équilibre d'un peuple. Nous la grignotons peu à peu sous d'excellents prétextes. Toutes nos libertés sont de plus en plus menacées, Messieurs les Censeurs...

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 11 juillet 2019
MENTHON de Sophie


Chef d’entreprise
Présidente d'ETHIC  (depuis 1995)  (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance)
Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
 

   
Crée la "Fête des Entreprises", sur le thème : "J’aime ma boîte !"
     qui se renouvelle chaque année au mois d’octobre (depuis 2003).

A son initiative,
 1ère édition du congrès ETHIC FIRST au Palais des Nations Unies de Genève (2009)
     (512 participants issus de 23 pays,
     autour du thème : La Responsabilité Sociale des Entreprises en période de crise économique.
3ème édition du congrès ETHIC FIRST à Novancia (21 juin 2012)

S’est toujours investie dans la vie associative pour promouvoir l’entreprise privée.
A 21 ans, crée sa première entreprise de marketing téléphonique Multilignes Conseil (1969)
     Présidence jusqu’en 2004.
Lance le premier Syndicat du Marketing Téléphonique (SMT) (1979)
Rédige un code déontologique
     qui régit aujourd'hui la profession en France et dans plusieurs pays d’Europe.

Admise dans la réserve citoyenne avec le grade de Colonel
     Rattachée au corps des Officiers de la Gendarmerie Nationale (2007).

Nommée par le Président de la République au Conseil Economique, Social et Environnemental
     au titre de personnalité qualifiée (depuis 2010)
Membre de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) (depuis 2010)
Mission sur la Responsabilité Sociétale et Environnementale des entreprises (RSE)
     à la demande de Xavier Bertrand, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé
     qui a donné lieu à unguide pratique illustré à destination des PME (20 000 exemplaires)
A souhaité présenter
     20 mesures d’urgence à prendre par le nouveau Président de la République (2012).
 
Intervient dans l’émission
     "Les Grandes Gueules" sur RMC
     "Les Experts du 9h-10h" sur BFM.
 
Ouvrages
Dans la collection Le monde d'aujourd'hui expliqué aux enfants 
(Editions Gallimard Jeunesse, qu’elle fonde avec sa fille Alexia Delrieu et avec qui elle écrit en tandem)
Illustrations : Clotilde Perrin puis Alice Charbin puis Henri Fellner :
La Police(2006)
L'Argent(2006)
     Prix de la Presse des jeunes au Festival de Montreuil 2007.
La Politique(2006)
La Publicité(2006)
L'Europe(2007)
La Justice(2008)
L'Entreprise(2008)
Le Supermarché(2009)
La beauté(2010)
Dangers (2010)
L'Armée (2011)

Distinctions
Officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur
Commandeur de l’Ordre National du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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