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Libra

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Libra ne semble pas devoir être une pyramide de Ponzi
 
J’ai examiné la question posée par le projet Libra dans un article publié par Economie matin le 18 juin 2019 (Libra : questions impertinentes). Jean Peyrelevade, qui fut dix ans président du Crédit Lyonnais, vient de publier, dans Les Echos du 9 octobre, un article intitulé Libra ou la nouvelle pyramide de Ponzi. L’homme d’affaires est beaucoup plus sévère et péremptoire que l’économiste : pour lui, "John Law est en train de réapparaître. Son incarnation contemporaine s’appelle Marck Zuckerberg et la monnaie qu’il envisage de créer, le libra". Le fondateur de Facebook s’engagerait donc sur la voie des constructeurs de châteaux de cartes comme, pour remonter moins loin dans le passé, le financier américain Bernard Madoff.
Mes réticences à l’égard du Libra tiennent largement au fait que Facebook, à l’instar de tous les GAFA, se sert des données de ses utilisateurs comme d’une matière première permettant de réaliser des opérations juteuses, particulièrement de type publicitaire. Cela est devrait être interdit car il en résultera une nouvelle extension de la menace sur les libertés individuelles qu’est l’accumulation de données sur tout un chacun par un organisme tentaculaire. En revanche, abstraction faite de cette augmentation d’un mal qui gangrène hélas déjà très largement notre civilisation, si le projet se conforme à ce qui a été annoncé, les émissions de Libra n’auront lieu qu’en échange de monnaies ayant pignon sur rue, telles que le dollar, l’euro ou le renminbi. Si la banque de Zuckerberg se sert de ces dépôts pour réaliser des placements judicieux, sans promettre comme Ponzi et Madoff des rendements miraculeux, ce sera une institution bancaire assez classique, susceptible évidemment de faire de mauvaises affaires (l’ancien patron du Lyonnais est bien placé pour savoir que ce sont des choses qui arrivent), mais sans que l’on puisse a priori considérer que le pire, la faillite et la ruine des déposants, soit l’issue la plus probable.
Pour étayer sa prédiction pessimiste, Peyrelevade explique que les dépôts vont être utilisés "pour procéder à des placements rémunérateurs, c’est-à-dire plus risqués et surtout moins liquides que des monnaies à vue". Bien évidemment, puisque c’est ce que font depuis des lustres quasiment toutes les banques, y compris le Crédit Lyonnais. Henri Germain, son fondateur, puis ses dirigeants successifs, dont Peyrelevade, ont pratiqué cette "transformation" de dettes à vue en créances à terme : c’est le cœur, le principe de l’activité bancaire.
Bien entendu, il existe un risque, et on doit se poser la question de savoir si l’organisme émetteur du Libra adhérera à une institution telle que le fonds de garantie des dépôts qui, en France, protège les petits déposants. Et je partage avec Jean Peyrelevade un souci concernant la soumission de la banque Facebook à une régulation analogue à celle à laquelle les banques centrales "sérieuses" soumettent les banques dites "de second rang" sur la conduite desquelles elles ont mission de veiller. Là se situe le point crucial : il faut que la banque Facebook ait un statut ordinaire de banque de second rang, dut l’ego de son fondateur en être quelque peu affecté.

Envoyé par l'auteur, 10 octobre 2019
BICHOT Jacques

Né le 5 septembre 1943
Marié – 4 enfants


Economiste
Professeur émérite à l'Université Lyon 3


Doctorat en mathématiques
Doctorat d’Etat en sciences économiques
 
Carrière universitaire en mathématiques puis en économie
Professeur émérite à l’université Jean Moulin (Lyon 3)
 
Membre du Conseil Economique et Social (1984-1999)
Responsabilités dans le mouvement familial (1980-2001)
 
Ouvrages (sélection)
Huit siècles de monétarisation (1984)
Économie de la protection sociale (1992)
Quelles retraites en l’an 2000 (1993)
La monnaie et les systèmes financiers (1997)
Retraites en péril (1999)
Les autoroutes du mal( avec Denis Lensel)(2001)
Quand les autruches prendront leur retraite (avec Alain Madelin) (2003)
Atout famille (avec Denis Lensel) (2007)
Urgence retraites, petit traité de réanimation (2008)
Retraites : le dictionnaire de la réforme (2010)
Les enjeux de 2012 ; abécédaire de la réforme (2012)
La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales 2013)
Le Labyrinthe, compliquer pour régner (2015)

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Chevalier de la légion d’honneur
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