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Pourquoi les Français ...

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Pourquoi les Français sont tristes
 
(...) France, France réponds à ma triste querelle…
 
Et à chacun de mes retours j’ai fait la même constatation : les français devenaient de plus en plus tristes. Et cette lente disparition de la joie de vivre en ce pays béni des Dieux est quelque chose de nouveau, car la France, aux yeux du monde entier a toujours représenté le pays où il faisait bon vivre, ce que souligne le dicton allemand/yiddish "heureux comme Dieu en France". De l’avis général, la France avait toujours été le pays le plus gai d’Europe, ce qui, hélas, n’est plus le cas aujourd’hui.
La question est donc : mais qu’est qui nous est arrivé pour que nous soyons saisis, nous Français, par cette dépression nerveuse collective ?
Et c’est à cette question que je vais essayer de répondre dans la mesure de mes moyens.
(...) En tout cas, voilà mes explications sur ce qui m’apparait comme difficilement niable.
 
Les soi-disant élites et le système d’enseignement ont tout fait pour détruire dans notre pays ce que RENAN appelait "la volonté de vivre ensemble". Depuis la présidence de GISCARD, tous les dirigeants nous expliquent que nous sommes un pays vieux, petit, fatigué, chargé de crimes historiques et qu’il est urgent d’abandonner notre identité pour nous fondre dans une nouvelle réalité "l’Europe". Dans le fond "on" ne cesse de nous expliquer qu’il est totalement ringard d’être fier d’être français. Et du coup, les Français se sentent un peu dans la situation de celui ou celle qui aime beaucoup Dalida mais qui n’ose pas le dire en bonne compagnie tant cela le classerait socialement. Jamais dans notre histoire, si ce n’est peut-être à l’époque de l’évêque CAUCHON qui jugea Jeanne d’ARC il n’y a eu un tel effort de la part des élites pour détruire l’identité française.
Depuis 1974 (encore GISCARD), la France a connu une très forte immigration, et tout le monde sait qu’il est très difficile d’intégrer une population nouvelle, surtout si elle est de civilisation différente, s’il n’est pas fait un effort constant d’assimilation de ces populations à la culture locale. Nos élites, toujours elles, guidées par ce qu’il faut bien appeler la haine de leur propre pays, ont cependant tout fait au nom du multiculturalisme pour que ces nouveaux entrants ne s’assimilent jamais. Et du coup les français ne se sentent plus chez eux et voient pointer des risques de guerre civile.
 
Et pour mieux détruire les solidarités locales, condition essentielle pour que cette volonté de vivre ensemble perdure, nous sommes devenus une société complètement étatisée. Plus rien n’est décidé à l’échelle locale. Durant les 50 dernières années (encore et toujours GISCARD), la part de l’État dans le PIB est passée d’un peu plus de 30% à plus de 57 %, ce qui veut dire en termes simples que nous sommes devenus un pays socialiste. Et le socialisme et le communisme amènent toujours et partout à une insupportable tristesse accompagnée d’une totale laideur. Je me souviens de l’atmosphère qui régnait en Allemagne de l’Est, en Hongrie, en Russie, en Roumanie avant la chute du mur de Berlin et elle était d’une pesante tristesse. Et qui plus est, tout était laid, les nouveaux immeubles, l’art officiel, les habits des hommes et surtout des femmes, les vitrines des magasins, tout était hideux et puait la pauvreté. Vivre sans espoir d’amélioration et dans des lieux qui sont laids engendrent rarement une grande gaieté. Et il faut bien dire qu’une grande partie de la population française, chassée de ses terres d’origine, vit dans la laideur et sans espoir que son sort s’améliore et cela tout simplement parce qu’une partie gigantesque de notre économie vit sous un régime socialiste et ou communiste…
 
Ce qui m’amène à une autre question : pourquoi le socialisme et le communisme engendrent ils toujours pauvreté et laideur ? La réponse est toute simple : parce que les décisions y sont prises de façon collective, en général par des comités. Et comme le disait CHURCHILL : "un chameau est un cheval pur-sang dessiné par un comité". Et le chameau est un animal abominablement laid, qui n’est utile que si vous avez à traverser un désert, ce qui n’arrive pas tous les matins.
Mais la réalité est simple : Il n’est de bonheur que dans la prise de risque individuelle, qui sera suivi par la réussite ou par l’échec, cela n’a aucune importance. Car seul l’individu crée, il n’y a pas de création collective et il n’y en a jamais eu. En fait, le collectivisme lui empêche toute création et donc tout sentiment de bonheur puisque créer c’est être l’égal de Dieu. Les Français ne peuvent plus créer de beauté là où ils sont, le socialisme ambiant les en empêche. Et cela les rend malheureux.
 
Ce qui m’amène bien sûr à une autre constatation. S’ils ne peuvent plus créer, il faut leur offrir un autre sentiment de remplacement. Et ce sentiment c’est la recherche éperdue de l’égalité entre tous qui est une impossibilité puisque nous sommes tous différents. Et donc, le socialisme et le communisme reposent sur une force et une seule : l’envie. La société que prône les PIKETTY de ce monde est une société moralement immonde, car, de tous les péchés capitaux, "l’envie" est le seul qui ne connaisse pas de satisfaction objective. Pour les autres, il existe des satisfactions : le glouton peut bouffer à s’en faire exploser la sous ventrière, l’avare accumuler autant d’or qu’il le peut, le dissolu connaitre autant d’aventures qu’il trouve de volontaires, pour l’envieux, rien ne le satisfera, jamais, et son cri de guerre est "Ce n’est pas tout de réussir dans la vie, encore faudrait-il que mes amis échouent", car il trouve sa satisfaction dans l’échec des autres. Et même si celui que vous enviez connait les pires malheurs, vous ne vous en sentirez pas mieux pour autant…
Mais il y a plus.
Comme l’a montré le sociologue allemand Helmut SCHOECK dans son livre "L’envie, ou l’histoire du mal", une société fondée sur l’envie ne peut pas ne pas se désagréger car l’envie comme principe organisateur de la vie en commun empêche tout lien social de se créer, et du coup, tout le monde est malheureux…Car l’envie enchaine les gens et les empêche d’être libres et donc de créer. Et une société qui ne crée plus, meurt, toujours et partout.
 
Ce qui m’amène à une troisième constatation fort bien mise en lumière par SOLJENITSYNE.
"Dans une société, si les hommes sont égaux, ils ne sont pas libres et s’ils sont libres, ils ne sont pas égaux". Et donc, les pauvres français, sous la conduite de leurs élites ont changé leur cri de guerre de "de l’Audace, toujours de l’Audace" en "Celui qui est au-dessus de moi est haïssable et celui qui est en dessous méprisable".
En termes clairs, et pour reprendre les analyses de SCHOECK, les français sont tombés sous l’emprise du Mal, car l’envie a toujours été le péché du plus beau des archanges, Lucifer. Il était le plus beau, mais Dieu lui était supérieur et cela était insoutenable Et ce n’est pas par hasard si le Mal est au cœur de l’œuvre de René GIRARD qui mit à jour les deux phénomènes structurants par lesquels le Mal se propage, le mimétisme d’appropriation (je veux avoir ce que possède celui que j’admire) et la crise du bouc émissaire (où toute la société se ligue contre un seul homme pour le tuer ou l’exiler alors même qu’il est innocent et que tout le monde le sait). Mais cette exécution, toujours violente, permet à la société de retrouver temporairement une unité factice (Voir "la violence et le sacré" ou "J’ai vu tomber Satan comme l’éclair" du même auteur).
 
Quelque part, les Français sont malheureux parce que l’on a remplacé dans leur société le dixième commandement : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain", par le cri de guerre du socialisme : "à l’origine de toute fortune, il y a un crime, et ce crime c’est l’exploitation de l’homme par l’homme". 
La sagesse millénaire du Peuple Juif nous dit : "Ne regarde pas ce que les autres ont dans leur assiette.". Le Marxisme nous dit lui : non seulement tu dois regarder ce que les autres ont dans leur assiette, mais tu dois créer un groupe, un parti, pour reprendre violemment si nécessaire ce que ton voisin en a trop dans son assiette.
Voilà qui est en contradiction directe avec les dix commandements qui définissent les règles pour qu’une société puisse fonctionner pour les remplacer par d’autres fondées sur l’envie et qui elles permettront bien sûr de mentir, de voler, de tuer, de spolier et tout cela avec les meilleures intentions du monde…
 
Ce que je veux dire est encore une fois très simple : Ce dixième commandement est unique, car aucune législation au monde n’a encore émis une loi qui condamne les mauvais désirs ou les projets néfastes, qu’une personne peut cultiver ou élaborer dans son cœur. Cet ordre condamne le désir d’intention, c’est à dire la préparation avant le passage à l’acte, en d’autres termes les projets conçus ou mis en place dans la pensée d’un individu pour s’approprier ce qui ne lui appartient pas. Et ce que nous dit le décalogue est que c’est moi et moi tout seul qui doit lutter contre ce sentiment ignoble et que mon bonheur sur cette terre est à ce prix. Et ce que nous dit le socialisme c’est tout le contraire : que ce sentiment dégradant entre tous est légitime.
L’envie fait perdre à chacun sa Liberté individuelle et son Libre Arbitre. Le but de ma vie n’est plus de me "connaitre moi-même", comme le voulait SOCRATE mais de me définir par rapport à un autre, que je ne serai jamais. Et cela ne peut engendrer que le malheur et la stérilité.
Et là, comme JF REVEL, j’en veux beaucoup aux intellectuels occidentaux.
 
Le XXème siècle a engendré deux idéologies épouvantables le nazisme et le marxisme.
Après la défaite du nazisme, nous avons procédé à une vraie décontamination intellectuelle de cette maladie mentale.
Pour le Marxisme, qui a fait au moins autant de morts, nous n’avons jamais connu l’équivalent du procès de Nuremberg et du coup, les esprits faux qui le professent continuent à empoisonner tous ceux qui les écoutent.
Mais leur objectif a changé et pour le comprendre, il faut revenir à l’essence du Marxisme : la liberté individuelle, le libre arbitre n’existe pas, ma pensée est créée par mon environnement social et par lui seul. Autrefois, si j’étais riche, je pensais comme un riche et donc ma pensée était irrecevable. Aujourd’hui ce n’est plus être riche qui compte mais être blanc. Si je suis blanc, je n’ai rien à dire. Car, si je suis un homme blanc et éduqué, je continuerai à défendre les institutions qui ont permis aux hommes blancs éduqués de dominer le monde, comme la liberté d’expression par exemple ou le refus du crime de blasphème. Et si je suis un homme noir qui pense que ces idées ne sont pas si mauvaises, alors je me ferai traiter "d’Oncle Tom" par tous ces gens dont l’âme est laide. Et si je suis une femme, on me dira que je trahis la cause de l’égalité entre homme et femme…
Dans tous les cas de figures, mes idées deviennent irrecevables et doivent être censurées pour me contraindre au silence.
Et donc les idées qui ont dirigé ma vie : acceptation de la contradiction, méthode scientifique, laïcité, égalité de l’homme et de la femme, interdiction de l’esclavage, responsabilité des élites devant le pays et que sais-je encore cessent de ce fait d’être des absolus qui nous ont permis de sortir de la misère et de la tyrannie pour devenir des idées contingentes qui ne sont après tout que celles développées par quelques vieux mâles blancs il y a bien longtemps.
Et comme une bonne part de ces idées a été développée en France à un moment ou à un autre de son Histoire, le peuple de France, sans très bien comprendre pourquoi sans doute se sent d’une tristesse infinie tant il a l’impression que dans le fond, la France, ce n’est rien de bien spécial.
Et les français meurent de désespoir parce qu’ils sont tombés sous l’influence du Mal.

Paru sur institutdeslibertes.org, 4 novembre 2019
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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