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L'avortement : le retournement ?

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Du 18 au 27 janvier, le Planning Familial a lancé en Ile-de-France, en partenariat avec le Conseil régional, une campagne publicitaire sur le thème "Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté", campagne justifiée par le fait que "les lois sur la contraception et l'avortement relèvent aujourd'hui moins du droit que de la tolérance.
Elles ne sont pas correctement appliquées et les libertés que l'on croyait hier acquises sont de moins en moins reconnues", peut-on lire sur le site du Planning Familial. On connaît la dialectique de ces mouvements qui hurlent à la "liberté" en péril afin d'aller toujours plus loin dans la culture de mort. Il n'empêche que des signes montrent que le vent est peut-être en train de tourner. Certes, ce n'est pas le communiqué des évêques d'Ile-de-France du 22 janvier qui en est le symbole le plus probant : "Promouvoir l'avortement, c'est renoncer à nos responsabilités". Disons que ce communiqué a un grand mérite, celui d'exister et de marquer une opposition.
Mais le principal est ailleurs. De plus en plus de médecins refusent de pratiquer des avortements et le tabou sur le traumatisme qui touche les femmes qui y ont eu recours commence peu à peu à sauter. Certes, de tels témoignages, bouleversants, effrayants, ne passent pas dans les grands médias  - du moins en France -, mais ils vont inévitablement faire leur chemin, lentement mais sûrement : ils détruisent à eux seuls le mythe de l'avortement comme étant objet d'un "choix", d'une "liberté". Et puis l'on constate chez nos voisins espagnols et italiens une véritable mobilisation de l'opinion catholique, entraînée par des épiscopats qui n'hésitent plus à monter en première ligne avec pugnacité pour défendre la Vie. Deux millions de manifestants à Madrid le 30 décembre dernier défilant à l'appel de leurs évêques - avec ceux de Madrid, Tolède et Valence en tête - avec comme slogan : "Pour la famille chrétienne". Et en Italie, l'idée d'un moratoire mondial sur l'avortement a rencontré un large succès et provoqué un débat national de très grande ampleur. Il y a encore la Croatie, où les avortements ont chuté de près de 90 % depuis 1989 grâce à une politique d'éducation et de formation menée conjointement par l'État et l'Église.
Ces exemples montrent que le courant peut être renversé, que la victoire de la "culture de mort" n'a rien d'inéluctable.

En France, la quatrième Marche pour la Vie a eu lieu le 20 janvier : elle rassemble chaque année un peu plus de monde. Certes, 10 ou 20 000 personnes c'est peu en comparaison des foules madrilènes. Mais honneur aux courageux militants qui maintiennent bien seuls, dans le silence et une grande indifférence, le flambeau de la résistance publique contre la banalisation du "crime abominable" (concile Vatican II). Cette année, six évêques ont apporté leur soutien à la marche, dont le slogan était "L'avortement en tue 1 sur 4" : Mgr Aubry, Mgr Bagnard, Mgr Cattenoz, Mgr Centène, Mgr Fort et Mgr Rey. L'an prochain, ou plus tôt si l'actualité l'exige, pourquoi l'piscopat dans son ensemble ne soutiendrait-il pas une grande manifestation en faveur de la "culture de vie" avec de nombreux évêques à sa tête (rien ne vaut l'exemple) ? À force de publier des banalités sur de multiples sujets étrangers à leur vocation, nos évêques en sont arrivés à sous-estimer le poids d'une parole forte dans un domaine qui relève sans ambages de leur compétence. Pour défendre la Vie, ils pourraient, avec un peu d'organisation et d'intelligence, rassembler des foules significatives.

Car enfin, il y a un autre facteur qui joue en notre faveur, on l'oublie trop souvent : c'est la force de la vérité et de la logique. L'avortement ne peut être ni un "choix", ni un "droit" ou une "liberté", c'est un crime. Chacun comprend que l'on n'a ni le "choix", ni le "droit", ni la "liberté" de tuer son prochain. Mais ce n'est pas une personne, objectera le partisan de l'avortement. En vérité, il n'en sait rien et ne peut le prouver et c'est bien à lui et à lui seul qu'incombe la charge de la preuve. Pour que l'avortement soit moralement légitime, en effet, il ne suffit pas qu'on ne puisse pas prouver que l'enfant à naître est une personne, il faut démontrer qu'il n'en est pas une avec certitude (1). Or, la biologie montre au contraire combien le petit d'homme est déjà tout entier dans l'oeuf qui vient de se former. S'il n'est pas déjà une personne, quand le devient-il ? Aucune réponse incontestable n'a été donnée, montrant bien qu'il existe au pire un doute qui ne peut jouer qu'en faveur de la victime, l'enfant à naître, rendant ainsi l'avortement insupportable et injustifiable.

La "culture de mort" est encore toute puissante dans les médias et les institutions. Elle le devient un peu moins dans les esprits. La résistance s'organise. Ne soyons pas en France les derniers à rejoindre le mouvement qui, un jour ou l'autre, balaiera toutes ces horreurs, marques de ce temps d'indignité où l'on tue 200 000 enfants à naître chaque année …

La Nef 

(1) Henri Hude a bien développé cette argumentation dans Éthique et politique, Éditions Universitaires, 1992, p. 266-273.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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