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Mai 68, ...

  • Écrit par  Yves MEAUDRE
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J'étais très jeune, dix sept ans. Et j'ai fait 68. Oui, mais dans le camp adverse. On aurait pu croire par l'idéalisme échevelé de nos anciens que les fondements de leur agitation reposaient sur une volonté réelle de bâtir un monde plus généreux, plus héroïque, moins obsédé de construction et d'investissement. On aurait pu penser que des nouveaux saints ou des héros proposeraient à la jeunesse prétendument en soif d'absolu, des actes d'une radicale générosité. Or, leurs propositions de libération évoquaient des histoires de "touche pipi" pour des élèves de cinquième, des considérations grandiloquentes et ridicules dont le contenu révélait un vide effarant. C'était le culte du Rien. Que la génération de leurs parents embourgeoisés fût ennuyeuse, matérialiste, ayant honteusement refusé de relever avec courage les défis de son histoire, sans doute. L'Algérie avait été le révélateur de la perte du sens du sacrifice qui fait une nation forte. Le "lâchage" des harkis et des pieds noirs par une métropole engoncée dans la conquête effrénée du pouvoir d'achat aurait pu provoquer une légitime prise de conscience chez les jeunes.

Mais "les jeunes" (devenus vieux depuis) accusateurs avaient le profil de bonimenteurs et de représentants placiers dont la logorrhée était d'autant plus verbeuse que les produits étaient "pipotés". On aurait pu attendre de ceux ci un héroïsme qui prenne fait et cause dans des engagements radicaux, les causes ne manquaient pas. Il suffit de les voir aujourd'hui, anciens ou toujours ministres, inspecteurs généraux de l'éducation nationale, courant d'un festival de Cannes aux salons littéraires de Michel Onfray où le tout Paris s'admire et se congratule, pour comprendre le tour d'illusionniste qu'ils effectuaient alors. Gros, gras, bien fourrés, riches, très riches ayant menti aux autres et à eux mêmes depuis l'adolescence, le champ de ruine de leur existence est terrifiant. Vivant dans un éternel mensonge, la fin de leur vie personnelle les accable, l'ironie et l'imprécation leur servent de schéma intellectuel, stérile jusque dans leur descendance.
Mai 68, marché de dupes ? marché du crime !

" Ames mortes", ils ont interdit les mots de vie, comme celui d'aimer sa patrie, d'aimer sa culture, d'aimer fidèlement sa femme, d'aimer les enfants, d'aimer la Vie… d'aimer tout simplement. Il est tragique de voir combien ces hommes et ces femmes ont fait le lit des totalitarismes modernes, totalitarisme des camps de rééducation du communisme, de l'islamisme, et aujourd'hui du consumérisme qui écrase toute notion d'appartenance, de communauté, de famille, de valeur morale. Ils se sont construit des légendes sur des phantasmes qui occupaient leurs esprits malades, légendes dont personne n'est dupe parce que leur fin de vie est piteuse et goinfrée.
Mais le prix à solder pour cette génération suffisante et idiote est redoutable. Les suicides d'adolescents, c'est eux, le meurtre des enfants handicapés dans le ventre des mères, c'est eux, l'analphabétisme d'une part de plus en plus grande des élèves, c'est eux, l'avortement, c'est eux, la sélection naturelle, c'est eux, les dictatures installées partout dans le monde, c'est eux, l'Afrique désespérée, c'est eux, le capitalisme sans frontière qui appauvrit les pauvres et enrichit les très riches, c'est eux, la pornocratie et les crimes de celle-ci, c'est eux, la drogue presque libre, c'est eux, les orphelins de parents inexistants, c'est eux.

Terrifiant constat de ces intellectuels vides de toute substance. On n'oppose pas aux machines de fer des dictatures marxistes ou islamistes la négation de soi et les orgies d'une génération qui se bâfre. Le gigantesque chaos est là sous nos yeux. Sur les débris de celui-ci quelques héros tentent de reconstruire l'intelligence d'un peuple plus que millénaire, le coeur d'une nation qui fût si souvent héroïque, la foi qui donna au monde une civilisation fascinante pour les élites du monde, une science que tous les savants enviaient.
Mon propos scandalise, j'en ai conscience. Mes trente ans de Pologne, de Chine et d'Asie du sud est au service des martyrs de ceux qui cautionnèrent les plus grands génocides de l'Histoire m'y autorisent ! Les charniers vus, les témoignages des amis rescapés furent les produits de ces intellectuels de 68 ; dois-je les citer et avec eux les journaux qui leur ont ouvert avec gourmandise leurs colonnes ?

Je tiens par ces lignes sorties de mon coeur dire mon dégoût pour cet anniversaire grotesque et dire combien le cinquantenaire que je suis, n'a jamais regretté d'avoir été l'adolescent qui s'était dressé contre eux. J'ignorais alors que leurs dégâts auraient été aussi considérables.

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