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LEGRIER Francois-Regis

LEGRIER Francois-Regis

Né le 18 août 1973
Marié, 5 enfants
 
Officier supérieur

Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Brevet d’études militaires supérieures
Master  de sciences historiques, philologiques et religieuses (EPHE)
 
Chef opérations du 93 régiment d’artillerie de montagne
Professeur au Cours supérieur d’état-major (2009-2011)
Stagiaire de l’enseignement militaire supérieur (2007-2009)
Officier de liaison à la Délégation générale pour l’armement (2004-2007)
Adjoint et commandant d’unité au 93ème Régiment d’artillerie de montagne (2001-2004)
Chef de section au 8ème Régiment d’artillerie (1999-2001)
 
Collaborateur à diverses revues militaires 
- Inflexions
- Les cahiers du CESAT
- Heracles
- Le Casoar

La France entre dans le Bouzkachi - Libération  (17 novembre 2008)

URL du site internet:

Si tu veux la paix,...

Publié dans A tout un chacun
Si tu veux la paix, prépare la guerre
 
Cet essai procède d'une double réflexion, celle de l'officier "homme de guerre" et celle du chrétien porteur d'une vision de l'homme et de la société conforme à celle de l'Eglise pour tenter de mieux comprendre les conflits actuels et les moyens de parvenir à une paix durable.

Les points clés sont les suivants :
1/ ce livre aborde la question de la guerre d'un point de vue politique et philosophique à partir d'une interrogation concrète : pourquoi 30 années d'interventions militaires occidentales nous ont-elles conduit dans une telle impasse ? Pourquoi ce va et vient permanent entre bellicisme et pacifisme que l'on peut observer depuis deux siècles dans nos sociétés ?
2/ les transformations de la guerre, du combat classique au terrorisme, et surtout leurs origines et leurs conséquences sont analysées : pourquoi sommes-nous revenus à la guerre totale alors que nous prônons la paix universelle depuis deux siècles ? Quels sont les devoirs du politique dans la préparation et la conduite de la guerre ? Quels doivent être les rapports entre le politique et le militaire dans une démocratie ?
3/ Peut-on encore parler de guerre juste ? le message et l'expérience de l'Eglise ont-ils quelque chose à nous apporter à ce sujet ? En quoi les principes de la guerre juste sont-ils radicalement différents de la vision manichéenne qui prévaut actuellement ? Peut-on redonner une valeur opératoire à des principes datant du Moyen-âge ?

Envoyé par l'auteur, 17 mai 2018


préfacé par le sénateur Bernard Seillier et publié aux éditions Viaromana.








 
   

 

Adieu Professeur

Publié dans A tout un chacun

A la mémoire d’Hervé Coutau-Bégarie : ce court récit de ses obsèques célébrées à l’Ecole militaire le jeudi 1er mars 2012.

"Subvenite sancti dei, occurite Angeli domini" "Venez à son secours, Saints de Dieu ; accourez à sa rencontre, Anges du Seigneur" la supplication, grave et confiante, s’élève dans la chapelle Saint Louis de l’Ecole militaire alors que le cercueil d’Hervé Coutau-Bégarie, porté par huit officiers de l’Ecole de guerre, remonte lentement l’allée centrale pour être déposé au pied de l’autel en ce jeudi 1er mars 2012. L’assemblée est nombreuse, trop nombreuse pour ces murs vénérables. Plus qu’une assemblée, c’est une réunion de famille. Famille des proches bien sûr dont il faut saluer l’admirable dignité mais aussi famille de tous ceux, civils et militaires, français et étrangers, qui se reconnaissent une filiation intellectuelle et morale avec le professeur Coutau-Bégarie. Une vraie réunion d’amitié française comme on aimerait qu’il y en ait plus souvent…
La messe est célébrée selon le rite saint Pie V, la forme extraordinaire du rite romain selon la formule consacrée mais la forme habituelle pour Hervé Coutau-Bégarie. Il ne s’en dégage aucune nostalgie d’ailleurs mais une ferveur et une émotion profonde. La messe est célébrée par l’abbé de Langalerie, ancien vicaire de Saint Eugène, et l’homélie prononcée par l’abbé Chanut.

Quelques mois avant sa mort, Hervé confiait à celui qui l’avait marié, ses dernières volontés : "si par hasard on vous fait le mauvais coup de vous demander de prononcer l’homélie à ma messe de funérailles, ne parlez pas de moi mais de Dieu".
Le serviteur de Dieu s’exécute donc ; s’il parle de la justice divine ; celle du Dies irae interprété magnifiquement par la schola Sainte Cécile – la trompette au son terrifiant jetant l’appel parmi les tombes et qui nous poussent tous devant Dieu –  c’est pour évoquer aussitôt la miséricorde du Christ - rappelez-vous O doux Jésus que je suis cause de votre œuvre ; ne me perdez pas en ce jour – et la piété de son serviteur dont jamais l’immense savoir n’a desséché le cœur ou rendu arrogant envers ses semblables et qui a su si parfaitement allier une foi profonde à la raison la plus exigeante.

En écrivant ses lignes, nous pensons spontanément à Jérôme Lejeune. Au-delà de leurs disciplines respectives, la stratégie pour l’un, la médecine pour l’autre, il y a ce même rayonnement intellectuel d’envergure internationale, une puissance de travail inégalable mais aussi une foi intense et un amour de l’Eglise chevillé au corps ; enfin, il y a la maladie. La maladie contre laquelle on se bagarre puis que l’on offre lorsque se produit l’inéluctable : "Par Hervé et sa famille, il nous a été donné de voir le Christ en croix" s’exclamera Martin Motte dans son éloge funèbre prononcé dans la cour d’honneur de l’Ecole militaire à l’issue de la messe. Hervé Coutau-Bégarie est mort au début du carême ; Jérôme Lejeune le 3 avril 1994 au matin de la Résurrection.

L’un et l’autre sont la démonstration que la science loin de s’opposer à la foi est au contraire fécondée par elle. A nous à qui il a été donné d’entendre de nombreux orateurs prestigieux dans l’amphi Foch de l’Ecole militaire, nous pouvons témoigner que la puissante attraction des cours d’Hervé Coutau-Bégarie repose certes sur son savoir prodigieux et son humour parfois féroce mais aussi sur la philosophie classique : celle d’Aristote et de Saint Thomas ; celle qui recherche en toutes choses la Vérité.

Vient le moment de l’absoute. Juste avant, la sœur du professeur prend la parole pour retracer le parcours hors norme de son frère. Elle le fait avec humour et une délicatesse exquise ; son propos est émaillé d’anecdotes – l’argent prévu pour l’essence dépensé dans l’achat de livres avec les conséquences que l’on devine - qui nous font partager l’espace de quelques instants leur vie de famille et donnent à ceux qui sont présents le sentiment d’en être un peu.
Paul-Marie Couteaux, l’ami de toujours, lui succède et, citant Victor Hugo, rappelle avec talent et à-propos le savoir "océanique" de celui qui fut un fin connaisseur de l’histoire de la stratégie, spécialiste de la chose maritime mais aussi un grand patriote et un homme véritablement libre, détaché du politiquement correct et des vanités terrestres ; toujours soucieux de transmettre ce que lui-même avait reçu.
Après avoir béni le cercueil, l’assistance s’écoule lentement vers l’extérieur. Sous un ciel maussade, les honneurs militaires sont rendus à celui qui enseigna pendant des années dans plusieurs écoles militaires dont l’Ecole de guerre. La marche funèbre retentit dans la cour d’honneur puis la sonnerie aux morts.
Martin Motte, à qui il revient la lourde tâche de succéder au Professeur dans son enseignement, prononce un hommage remarquable à ce père de famille héroïque dans son combat contre la maladie et dans son acceptation du sacrifice puis c’est le tour du général Valentin directeur de l’Ecole de guerre. A travers lui, c’est l’institution militaire qui rend un dernier hommage – profond et sincère -  à celui qui l’a si bien servie comme officier de marine dans la réserve et come professeur.
La marche funèbre retentit à nouveau, le cercueil s’éloigne vers la grille où l’attend une voiture noire, suivi de près par la famille et les proches. L’assemblée des "disciples" reste en retrait un moment puis envahit les pelouses pour mieux apercevoir le cortège qui lentement sort de la cour d’honneur. C’est un moment d’émotion intense et d’une pureté extraordinaire.

Le sentiment d’avoir perdu un grand homme est palpable mais la douleur quoique poignante n’est pas envahissante. Dans cet instant solennel, chacun sait ou sent que le Professeur continuera à vivre par sa pensée qui ne manquera pas de faire des émules mais aussi par son exemple car s’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une intelligence et une mémoire aussi exceptionnelles, en revanche, chacun est appelé à conduire sa vie en homme libre et à développer ses qualités morales.
Une famille vient de perdre un mari, un papa, un fils ; l’Ecole de guerre et le monde universitaire, un professeur hors du commun ; la France, un grand patriote mais le paradis y gagne un chrétien fervent et il nous plait d’imaginer l’armée des anges avec à leur tête Saint Michel, réunie dans la cour céleste, écoutant religieusement le Maître leur expliquer – l’œil amusé - les grandes stratégies déployées par les saints au cours des siècles pour repousser les assauts du Malin.

Lyautey : cet officier terriblement inefficace

Publié dans A tout un chacun

Depuis la révolution industrielle, l’efficacité se décline sous diverses formes : productivité, performance, efficience, en sont quelques exemples. Son corollaire est la rapidité et le changement permanent. Il faut que ce soit efficace tout de suite. Cette conception directement issue du système productiviste s’est encore renforcée sous la pression médiatique accrue avec le développement des technologies de l’information. Dans cette logique, l’efficacité ne connait pas la méditation, la réflexion, le repos, le temps long qui permet de murir les projets. Ce sont même là des choses douteuses, inutiles et dangereuses. L’efficacité ne sait pas tirer parti des obstacles ou même des échecs ; elle est mécanique : ça marche ou ça ne marche pas… Or les actions humaines ne peuvent se comparer à un résultat mécanique. Un avion vole ou ne vole pas c’est un fait et pour être efficace, il doit voler. Il n’en va pas de même pour une société. Une société ne devrait pas rechercher l’efficacité en tant que telle (même si elle est nécessaire) mais le bien et le reste lui sera donné par surcroit. Prenons un exemple concret : une entreprise se décide à employer une personne handicapée. Elle peut effectivement perdre en terme de productivité, la personne étant moins rapide à accomplir un certain nombre de tâches mais elle peut gagner sur d’autre plans et donc, in fine, également s’y retrouver en terme de productivité. Ainsi, la présence d’une personne handicapée dans un service va inciter ses collègues à davantage de solidarité ; c’est donc l’ambiance de travail qui s’en trouve améliorée. Il est permis d’affirmer qu’une bonne ambiance de travail favorise l’investissement de chacun des employés. Un tel choix peut aussi contribuer à améliorer l’image de l’entreprise et donc la confiance de la clientèle…
C’est toute la différence entre un raisonnement de court terme et un raisonnement de long terme, entre les effets visibles et les effets invisibles, si chère à l’économiste français Frédéric Bastiat : "Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D'où il suit que le mauvais Économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d'un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d'une petit mal actuel." On peut en dire autant d’un politique, d’un militaire ou d’un chef d’entreprise !

Notre société vit sous le joug totalitaire de l’efficacité et du court terme : on a besoin de fourmis travailleuses qui ne s’arrêtent jamais ; pas de gens qui réfléchissent. On a remplacé le sens du travail bien fait par le culte de la performance. Le sens du travail bien fait procurait fierté et apaisement ; le culte de la performance engendre insatisfaction et tensions : ce n’est jamais suffisant ; la remise en cause est perpétuelle, le mouvement de réforme incessant. La réforme est même un but en soi : seul compte le mouvement. L’efficacité au sens moderne du mot est tout le contraire de la fécondité. Le paradoxe de notre société veut que l’on produise des actions efficaces mais stériles.
Les opérations militaires occidentales en sont un parfait exemple : il faut de l’efficacité pour entraîner, acheminer et ravitailler des troupes combattant parfois à des milliers de kilomètres. Il faut de l’efficacité pour coordonner des moyens maritimes, aériens et terrestres de haute technologie : fantassins, chars, drones, hélicoptères, navires et avions de combat, sont amenés à évoluer simultanément sur des espaces relativement restreints. Pour quel résultat ?
Efficacité technique remarquable et même stupéfiante à bien des points de vue mais où observe t-on que ces opérations aient produit une action féconde c’est à dire durable ? De l’Irak à l’Afghanistan en passant par les Balkans et l’Afrique, la médiocrité des résultats obtenus au regard des efforts dépensés ne peut nous laisser indifférents et doivent conduire à repenser l’action militaire selon des principes éprouvés... A l’école de Lyautey !
Le premier d’entre eux est le réalisme : agir sur le réel en partant du réel et non de l’utopie. Autrement dit : l’action militaire n’est féconde que si elle est au service d’une politique ancrée dans le réel où les actions sont soigneusement pesées afin de ne pas produire des effets plus néfastes que ceux auxquels elles tentent de remédier. Au Moyen-âge, Thomas d’Aquin en avait même fait une condition de la guerre juste.
Le second se résume à préparer et prévoir en discernant l’essentiel de l’accessoire, en concevant les solutions nécessaires, en les mettant en œuvre avec les moyens possibles. Dans tous les cas, la condition du succès reste l’unité d’action laquelle s’obtient par la stabilité du chef mais aussi le travail d’équipe : en résumé : un moteur et une organisation capable de s’adapter à toutes les circonstances !
D’où l’on en déduit que toute réforme n’est pas mauvaise en soi. Entre le conservatisme sclérosant et le mouvement perpétuel, la réforme c’est à dire l’adaptation au réel est parfois nécessaire pour rendre une société donnée plus conforme à sa mission et à sa nature.

C’est ce que fait Lyautey lorsqu’il écrit à la fin du XIXème siècle "Du rôle social de l’officier". Dans une petite brochure ouvrant sur de larges horizons, l’aristocrate lorrain, issu d’un milieu ultraconservateur, a des vues audacieuses : l’officier n’est pas qu’un spécialiste de l’outil de défense uniquement préoccupé de l’aspect technique des choses militaires, un producteur de sécurité dirions-nous aujourd’hui ; il a un rôle social d’éducation rendu nécessaire par le service militaire, creuset dans lequel passent tous les citoyens de l’époque quelques soient leurs origines sociales. Dans cette perspective, la dimension morale du commandement, l’amitié et la connaissance des hommes sont plus importantes que la balistique ou la géographie ce qui lui permet d’affirmer cet adage maintes fois vérifié "qu’une troupe
bien en main, moins instruite, vaut mieux qu’une troupe plus instruite, moins en main." En transformant en profondeur les relations humaines entre les officiers et la troupe, la pensée de Lyautey va contribuer à rendre le corps des officiers plus conforme à sa mission et à sa nature. Après Lyautey, les officiers ne se contenteront plus d’étudier l’outil, ils s’attacheront à l’ouvrier, au soldat français : "Loin de nous la pensée de les détourner d’une étude si consciencieuse et si approfondie de leur outil professionnel, mais, pour Dieu, qu’ils songent d’abord que s’ils n’ont avant tout formé le moral de l’ouvrier et conquis son cœur, ils auront peut-être bien grand’peine à maintenir ferme sous le feu, face au danger, ce soldat de deux ans de service, quelque complète d’ailleurs que soit son instruction technique."

Mieux, cette pensée va agir de façon durable puisqu’elle continue d’irriguer la formation des officiers de telle sorte que servir en corps de troupe reste encore aujourd’hui l’honneur suprême même si les moquettes parisiennes semblent parfois exercer un attrait irrésistible…
Lyautey ne s’est pas contenté d’écrire ; il a agit conformément à sa pensée tout au long de sa carrière et donné sa pleine mesure avec l’avènement du Maroc moderne. On admirera encore ce sens du réel qui conduit à préserver et restaurer l’essentiel, en l’occurrence les structures politico-religieuses du Royaume chérifien, alors flageolantes, tout en conduisant son développement économique.
Ce faisant, Lyautey a été terriblement inefficace : en effet, la Démocratie ne s’est pas installée au Maroc du jour au lendemain ; les révoltes n’ont pas non plus disparu comme par enchantement ; que l’on songe à la guerre du Rif dans les années vingt par exemple. Mais, il a néanmoins construit un Etat dont la stabilité et le développement ont fait l’admiration y compris chez des hommes comme André Maurois, pourtant hostiles à tout forme de colonisation.
Préférer l’action durable et féconde à l’action immédiatement efficace – rechercher le bien commun au delà des intérêts particuliers en y ajoutant "cette parcelle d’amour sans laquelle ne s’accomplit nulle grande œuvre humaine" : voilà aujourd’hui encore plus qu’hier le vrai défi de l’homme d’action.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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