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Un peu d'espérance …

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Si l’on interrogeait nos contemporains, nul doute qu’une majorité estimerait que les choses vont aujourd’hui moins bien qu’hier. Il y a pour appuyer ce sentiment des réalités incontestables : la crise économique avec le problème de l’euro et d’une Union européenne bien chahutée, la déchristianisation accélérée du Vieux Continent – avec son déclin démographique compensé en partie par une immigration musulmane non maîtrisée et peu soucieuse d’intégration –, le bouleversement sans précédent des mœurs qui a fait exploser tous les repères traditionnels, le relativisme étant désormais la norme largement admise, etc. Ainsi, faudra-t-il bientôt faire face à une nouvelle offensive contre la vie et la famille avec les futurs projets de loi visant à légaliser l’euthanasie et le "mariage" homosexuel (1). Bref, le climat général, en ce temps de rentrée, n’est guère porté à l’optimisme.

Pour secouer la désespérance contemporaine, Jean-Claude Guillebaud vient de commettre un petit livre revigorant qui a le grand mérite de remettre quelques pendules à l’heure (2). L’esprit de son livre pourrait être résumé par cette belle phrase de Gandhi qu’il cite : "Un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, une forêt qui germe ne s’entend pas" (p. 119). Écoutez les informations à la radio ou la télé – ce sont partout les mêmes –, il n’est question que de drames ou d’horreurs : les guerres, comme en Syrie, les faits divers les plus sordides, les catastrophes ou accidents, etc. Le bien qui se fait dans ce monde, le dévouement désintéressé des hommes envers leurs prochains ne sont que rarement objets d’information et de reportage. Pire, les grands médias, dont on dit qu’ils façonnent l’opinion, sont en réalité à la remorque des idéologies dominantes et ne perçoivent rien des grands mouvements de fond qui travaillent nos sociétés.


Jean-Claude Guillebaud a mille fois raison de souligner qu’un changement radical est à l’œuvre, un monde s’écroule sous nos yeux – nous n’avons pas à le regretter, il n’était plus le nôtre –, un autre est en train de naître, porteur de peur et d’espoir : ce qu’il sera n’est pas écrit d’avance et dépend en grande partie de nous. Jean-Claude Guillebaud cite cinq mutations majeures en cours :

– Le "décentrement du monde" ou le rééquilibrage géopolitique après l’effondrement du communisme et la guerre des deux blocs Est-Ouest ; cette situation nouvelle n’est certes pas sans graves dangers, le "choc des civilisations" n’a cependant rien d’inévitable et chaque peuple peut trouver une plus juste place dans le nouvel équilibre du monde qui, sans cesse, se redessine.
– La mondialisation de l’économie que l’auteur assimile à un cheval fou : le libéralisme, en ayant franchi les frontières de l’État-nation, s’est affranchi de toute véritable contrainte. Certes, il sait produire de la richesse, mais avec de lourds dégâts collatéraux, humains et environnementaux – notamment en concentrant cette richesse et en accroissant les inégalités (3). La "régulation" de cette mondialisation (et donc du libéralisme) est l’un des grands enjeux des prochaines années.
– La révolution biologique qui permet à l’homme d’agir sur les mécanismes mêmes de la vie : cette mutation est riche de promesses médicales mais aussi de menaces terrifiantes, à commencer par l’eugénisme que l’on espérait définitivement disqualifié par la folie nazie.
– La révolution numérique qui, pratiquement, bouleverse nos modes de vie, permettant une communication instantanée et offrant un accès quasi illimité à une multitude de savoirs, tout en contribuant à nous isoler dans le virtuel et à nous déconnecter du réel, donc à nous désocialiser.
– La prise de conscience écologique : la nécessité de respecter et protéger la Création que le Seigneur nous a confiée – Jean-Paul II et Benoît XVI ont développé une juste et substantielle vision de l’écologie, quand la prendra-t-on au sérieux ?

Ce monde nouveau qui émerge peut être l’occasion d’un réveil de l’Europe qui pourrait enfin surmonter sa torpeur, son manque d’espérance, son auto-dénigrement continuel (et l’impasse de son actuelle "construction" qui se fait sans voire, pire, contre les peuples), bref son déclin largement dû aux horreurs de deux guerres mondiales suicidaires qui ont vu des nations chrétiennes s’acharner à se détruire dans un vent de folie incommensurable. On n’insiste pas assez sur ce traumatisme originel pourtant essentiel pour comprendre la faiblesse présente de l’Europe.

Certes, on a l’impression que le monde moderne devient de plus en plus fou et non maîtrisable depuis que l’homme ne se reconnaît aucune autorité morale au-dessus de lui. Incontestablement, le mal (qui fait du bruit) grandit. Mais le bien (qui ne fait pas de bruit) ne progresse-t-il pas aussi parallèlement ? N’est-ce pas ce que nous enseigne le Christ dans la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt 13, 24-30) et saint Paul lorsqu’il nous dit que là "où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé" (Rm 5, 20) ? Notre Espérance théologale devrait alimenter une espérance temporelle ou au moins empêcher tout désespoir et générer une vraie joie chrétienne censée rayonner en toutes circonstances – n’est-il pas exaltant de voir tout ce qui est à accomplir ?
Ce réveil de l’Europe, qui aura forcément des dimensions multiples et notamment politiques bien sûr, sera d’abord spirituel ou ne sera pas : "Les choses du monde vont mal parce que la relation avec Dieu n’est pas ordonnée. Et, si la première relation, celle qui est à la base, n’est pas correcte, toutes les autres relations avec tout ce qu’il peut y avoir de bien, ne fonctionnent fondamentalement pas. C’est pourquoi, toutes nos analyses du monde sont insuffisantes si nous n’allons pas jusqu’à ce point, si nous ne considérons pas le monde à la lumière de Dieu, si nous ne découvrons pas que, à la base des injustices, de la corruption, se trouve un cœur qui n’est pas droit, qu’il y a une fermeture envers Dieu, et donc une falsification de la relation essentielle qui est le fondement de toutes les autres" (4).
Editorial de La Nef, n° 240, septembre 2012

(1) Sur cette question, signalons l’excellent essai de Thibaud Collin, Les lendemains du mariage gay. Vers la fin du mariage ? Quelle place pour les enfants ? (Salvator, 2012, 124 pages, 15 e) qui aborde le sujet sous un angle politique, c’est-à-dire celui de la justice.
(2) Jean-Claude Guillebaud, Une autre vie est possible, L’Iconoclaste, 2012, 234 pages, 14 e.
(3) "La part de la richesse américaine détenue par la moitié la plus pauvre de la population a été pratiquement divisée par trois en dix ans, chutant de 2,8 % à 1,1 % en 2010, indique un rapport du Centre de recherche du Congrès des États-Unis. Parallèlement, les Américains les plus fortunés se sont enrichis. 1 % de la population possède désormais près de 35 % de la richesse nationale (+ 2 points de pourcentage) et les 10 % les plus riches en détiennent 75 % (+ 5 points) » (La Croix du 23 juillet 2012).
(4) Benoît XVI, discours d’ouverture au Synode sur l’Afrique, 5 octobre 2009.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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