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Les réalités de l'islam

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A travers la presse, les réalités de l'islam
 
La multiplication des attentats commis au cri de "Allah akbar " comme de ceux qui ont été déjoués, la lassitude suscitée par la ritournelle obligée du "pas d’amalgame", le choc provoqué dans l’opinion par le sacrifice du Colonel Beltrame semblent avoir levé une partie du couvercle, imposé par la "bien-pensance", qui empêchait d’aborder en vérité les questions que pose l’Islam à notre société.
 
La tribune "Non au séparatisme islamique" de plus d’une centaine d’intellectuels, publiée dans Le Figaro du 20 mars dénonçant "un apartheid d’un nouveau genre proposé à la France" par "le totalitarisme islamiste", et celle signée par 300 personnalités dans Le Parisien du 22 avril pour demander, face au "nouvel antisémitisme", "que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques " en sont une illustration marquante. Mais au-delà de ces interventions spectaculaires, plusieurs questions de fond ont été traitées ces derniers mois dans les médias. Vous en trouverez ci-dessous les éléments qui, concernant les réalités de l’islam, nous ont paru les plus importants.
 
L'islam n'est pas qu'une religion
"L’islam est à la fois une religion et un système juridique… la charia est décisive. Ce système de lois régit la totalité du comportement humain, y compris le religieux… La charia peut évoluer, mais ce qui reste, c’est l’idée selon laquelle la raison humaine n’est pas capable de déterminer par elle-même la bonne conduite." (Rémi Brague, Le Figaro 8 février 2018).
 
Propos qui font écho à ceux du très courageux écrivain algérien Boualem Sansal : "Cela fait des siècles que l’intelligence et la raison ont abdiqué devant l’islam" (Valeurs actuelles 15 janvier 2015).
"Dans l’islam on n’a pas besoin de conscience puisque la loi vous dit ce que vous avez à faire… La charia gouverne tout. L’islam constitue une civilisation clefs en main qui, en principe, peut vous donner toutes les recettes qui vous permettront de faire la volonté de Dieu dans toutes les circonstances de la vie, jusqu’au moindre détail. " (Rémi Brague, L’Homme Nouveau, 3 mars 2018)
 
C’est ce que confirment Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans : "l’Islam est dogme et culte, patrie et nationalité, religion et Etat, spiritualité et action", et Hani Ramadan, son petit-fils et frère de Tarik : "C’est une organisation complète, qui englobe tous les aspects de la vie… C’est une culture et une juridiction, une science et une magistrature." (Valeurs Actuelles, 6 mars 2018)
 
Quelle différence entre islam et islamisme
"Il y a une différence de degré mais pas de nature entre islam et islamisme. La vraie séparation de nature apparaît entre un islam orthodoxe qui a une facette islamiste et un islam libéral réformiste qui est jugé totalement hérétique… ( et ce "depuis le Xème siècle lorsqu’il y a eu le blocage des écoles juridiques de l’islam"). L’islam orthodoxe sunnite est un tout qui n’accepte pas l’autocritique et qui n’a jamais remis en question les sources légales de la violence sacrée de l’islam. C’est là que puise le djihadiste pour légitimer et déculpabiliser son acte barbare… C’est pour cela que les djihadistes et les islamistes radicaux ne sont pas les seuls à excommunier les musulmans réformistes, puisque l’Université el-Azhar du Caire a elle-même excommunié tous les musulmans qui proposaient un islam rationnel qu’on appelle le mutazilisme…, qui propose d’utiliser la raison et de considérer le Coran comme créé par l’homme afin de pouvoir l’interpréter." (Alexandre del Valle, Boulevard Voltaire, 29 mars 2018).
 
Pascal Bruckner et Gilles Kepel font une analyse très proche :
Le terrorisme et l’intégrisme – salafistes et Frères musulmans- sont des frères jumeaux qui s’épaulent et agissent par des moyens différents … el-Azhar, qui est la "Sorbonne" de l’islam a attendu la fin de l’année 2014 pour condamner Daech."  (Pascal Bruckner, Le Figaro, 24 mars 2018).
 
Elle n’a d’ailleurs toujours pas répondu à l’adjuration du Président El Sissi, venu lui dire le 28 décembre 2014 "nous avons besoin de changer radicalement notre religion" et demander à son Grand Imam de parler car "la nation islamique est déchirée, détruite, court à sa perte."
"Le salafisme prêche une rupture culturelle fondamentale avec les valeurs de la société française. C’est sur cette vision des choses… que reposent aussi bien les doctrines du salafisme que du djihadisme. A la différence que celui-ci passe à l’acte et la traduit dans la violence. "(Gilles Kepel, Le Figaro magazine, 23 février 2018).
 
Mais il est difficile de tenir pareil discours, même si sa véracité est attestée par des textes entiers de la Ligue islamique mondiale et de l’Organisation de la Coopération islamique d’imams séoudiens, y compris le Grand mufti d’Arabie saoudite qui incitent les musulmans à refuser les mœurs des sociétés mécréantes, à islamiser l’Europe et à se plaindre de l’islamophobie pour désarmer les mécréants" (Alexandre del Valle, ibid.).
Car l’accusation d’islamophobie, source de multiples procès et "arme de destruction massive du débat intellectuel " (Pascal Bruckner, Le Figaro Magazine, 27 janvier 2017) a aussi été utilisée pour "chercher à interdire toute critique du dogme le plus rigoriste au sein de la communauté musulmane", tentative d’interdiction appuyée par "une nébuleuse islamo-gauchiste qui va aujourd’hui jusqu’aux Indigènes de la République et a touché certains partis comme la France insoumise." (Gilles Kepel, ibid.), et "des élites occidentales qui, par aveuglement ou pusillanimité se sont persuadées que magnifier l’islam fait reculer l’islamisme." (Boualem Sansal, interrogé par Annie Laurent, La Nef, novembre 2017).
 
L'indispensable émancipation de la pensée islamique
"Il est temps de refonder la pensée théologique islamique" affirme le théologien Ghaleb Bencheikh, présentateur de l’émission "questions d’islam" le dimanche matin sur France Culture. "Chaque jour que Dieu fait, des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’islam… ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam… Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité … C’en est devenu insupportable ! La monstruosité idéologique de Daech, c’est le wahabisme en actes. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence, une réalité objective."
 
C’est ce que G. Bencheikh appelle "la partie belligène du patrimoine religieux islamique" qu’il est temps, dit-il, "de décla rer anti humaniste." Il importe "de renouer avec l’humanisme d’expression arabe… Il est consternant que cet humanisme soit oblitéré, effacé des mémoires et totalement occulté." (site internet : refonder-pensee-theologie-islam).
 
Mais cette réforme ne peut venir que des musulmans eux-mêmes, même si notre dialogue avec des islamologues non musulmans peut y contribuer. C’est ce qu’après Pascal Bruckner et Rémi Brague dit la philosophe Razika Adnani, membre du Conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France et présidente des Journées internationales de philosophie d’Alger :
"Tout discours concernant la réforme de l’islam venant de non musulmans… sera vu par la grande majorité des musulmans comme une intrusion étrangère dans les affaires de leur religion et une nouvelle offensive de l’Occident contre l’islam. Ce sera un alibi pour les conservateurs pour riposter et précipitera ainsi l’échec du projet de réforme que certains musulmans, qui ne vivent pas forcément en France, veulent porter aujourd’hui… et qui n’est pas celle de l’islam de France, mais celle de l’islam tout court. L’idée d’un islam de France… spécifique à la France est une utopie… et comporte une arrogance teintée d’une ignorance… elle ne fera que renforcer les attaques de ceux qui croient détenir le vrai islam."(Figaro vox, 28 février 2018)
 
Mais cette réforme est essentielle et doit être encouragée ; comme le dit Boualem Sansal :
"Je tiens à alerter sur ce qui, à mon avis, est le problème numéro 1 de notre époque : l’islamisation conquérante, dont l’islamisme est une composante forte." (La Nef, novembre 2017).
Paru sur associationclarifier.fr, dans La Petite Feuille verte, 21 juin 2018
LAURENT Annie







Journaliste, essayiste, conférencière,
spécialiste du Proche-Orient, de l'Islam et des chrétiens d'Orient.
 


Docteur d'Etat en sciences politiques
     Thèse sur "Le Liban et son voisinage" (Université Paris II).
 
A participé comme experte au Synode spécial des Evêques pour le Moyen-Orient, convoqué par Benoît XVI en 2010.
 
Ouvrages
Guerres secrètes au Liban (1987) - Vivre avec l'Islam ? - Saint-Paul (1996) - L'Europe malade de la Turquie (2005) - Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître ? (2005) - L'islam peut-il rendre l'homme heureux ? (2012) - L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler mais ne le connaissent pas encore (2017) -

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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