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Dérives d'un monde sans Dieu

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.................... que par les totalitarismes qui ravagèrent le XXème siècle : communisme et nazisme institutionnalisèrent le crime de masse avec un mépris inégalé de la personne. Les points communs entre ces deux systèmes ne sont plus à démontrer. Il en est un, cependant, peu mis en avant : c'est leur même rejet et même haine de Dieu. Couper l'homme de Dieu, c'est inévitablement enlever toute limite à l'action humaine, cela conduit tôt ou tard à l'abolition de toute norme morale objective qui s'impose à tous : l'homme se faisant Dieu, croit ainsi être le maître de tout jusqu'à pouvoir par son génie procurer le "bonheur" à ses semblables. On a vu les résultats.…

Dans ce contexte, le concile Vatican II a particulièrement insisté sur la place centrale de l'homme dans la Création, "seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (1), et sur sa dignité ontologique en tant que seul être à avoir été créé "à l'image de Dieu" (Gn 1, 27), justifiant ainsi "le droit à la liberté religieuse [qui] a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même" (2). Il faut rendre grâce à Dieu pour cet enseignement de l'Église sur la personne humaine qui, plus que jamais, est aujourd'hui le seul rempart sérieux et cohérent à l'anthropologie archi-dominante qui ramène l'homme au rang de vulgaire animal. C'est en s'appuyant sur cette vérité que Jean-Paul II a contribué à renverser le communisme en Europe de l'Est , un communisme qui n'est cependant nullement éradiqué de nos horizons politiques.

La principale menace contre la dignité de la personne humaine provient aujourd'hui du relativisme et de l'anthropologie qui l'accompagne. Prenant prétexte de la "science" et notamment du néo-darwinisme, elle tend à estomper la différence fondamentale entre l'animal et l'homme, lequel serait né simplement au détour d'un heureux hasard. La personne est ainsi "chosifiée", ce qui banalise tous les attentats actuels contre la vie et la dignité de l'homme : avortement, euthanasie, recherche sur l'embryon humain, pornographie, publicité. Le paradoxe de la modernité est que cette vision dégradante de la personne se conjugue avec un appel incantatoire aux "droits de l'homme", à un individualisme forcené et même à un véritable nombrilisme, mais qui n'empêchent aucune de ces dérives, qui les favorisent même ne réclame-t-on pas que l'avortement soit un "droit de l'homme" ? tout simplement en raison d'une anthropologie fondamentalement erronée : une vision de l'homme, sans référence au péché originel ni même à la notion de péché, sans transcendance dans un univers sans Créateur et dénué de sens. Cela montre combien il est vain de prétendre défendre l'homme en le détachant de Dieu. Jean-Paul II nous a prévenu que le relativisme conduit la démocratie vers le totalitarisme : le danger d'un tel régime tient au fait qu’il exerce sa tyrannie sans violence apparente pour ceux qui n'en sont pas les victimes et, surtout, il connaît une adhésion réelle auprès de ceux qui croient encore qu'il défend la "liberté", "liberté" de faire ce qui nous plaît, sans référence à une loi morale normative qui est au-dessus de nous.

Dans une approche spirituelle, Benoît XVI a indirectement abordé ces questions dans sa magnifique encyclique Spe Salvi. Toute sa démonstration tient dans cette évidence déjà rappelée par saint Paul : 
"Un monde sans Dieu est un monde sans espérance" (n. 44). Contre l'idéologie du Progrès qui croit que la Science apportera le bonheur à l'humanité, le pape rappelle "qu'un progrès qui se peut additionné n'est possible que dans le domaine matériel". En effet, poursuit-il, "la condition droite des choses humaines, le bien-être moral du monde, ne peuvent jamais être garantis simplement par des structures, quelle que soit leur validité. […] Puisque l'homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n'existera jamais en ce monde"  (n. 24).

Dans un autre texte remarquable, le message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2008, Benoît XVI revient sur la nécessité d'une morale commune, la loi naturelle : "Pour qu'il y ait paix, il faut une loi commune, qui permette à la liberté d'être vraiment elle-même, et non pas un arbitraire aveugle, et qui protège le faible des abus du plus fort" (n. 11). Mais, entend-on, la loi naturelle étant devenue un concept incompréhensible pour nos contemporains, elle est inopérante. La belle affaire ! Ne faudrait-il donc se battre que pour ce qui est compris et accepté de tous ? Pourquoi donc alors dépenser de l'énergie contre l'avortement ou contre les unions homosexuelles ? "Il est indispensable, nous dit le pape, de revenir à cette loi fondamentale et de consacrer à cette recherche le meilleur de nos énergies intellectuelles, sans se laisser décourager par les équivoques ou les sous-entendus" (n. 13). Et s'il est un sujet accessible à la droite raison, c'est bien le concept de loi naturelle qui plonge ses racines dans l'Ancien Testament avec le Décalogue qui en est la première expression.


La loi naturelle n'est pas une option, rien ne peut la remplacer. Contre les dérives anthropologiques ici évoquées, elle est le principe minimum sur lequel les hommes doivent s'accorder pour conduire dignement leur vie en société. À temps et à contre-temps, il nous faut l'expliquer sans oublier la nécessité de l'évangélisation pour remettre Dieu à sa juste place, tant l'expérience nous montre, pour paraphraser Chesterton, que lorsque l'on chasse le surnaturel, c'est le naturel lui-même qui est vite attaqué.
www.lanef.net

(1) Gaudium et spes n. 24, 3.
(2) Dignitatis humanae n. 2.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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