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Brexit :...

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Brexit : les Républicains se souviendront-ils de Philippe Séguin ?
 
Madeleine de Jessey, porte-parole du mouvement Sens Commun, appelle les représentants de la droite à ne pas oublier le chef de file du "non" à Maastricht et à ouvrir enfin un vrai débat sur l'avenir de l'Union européenne.
 
Il est certaines surprises qui ne laisseront jamais de surprendre. Car enfin, à y regarder de près, plus étonnant que le Brexit lui-même fut le degré de stupeur et d'effroi avec lequel la nouvelle fut accueillie d'un côté comme de l'autre de la Manche. Il semblait, vendredi matin, que la foudre s'était soudainement abattue sur l'Europe, absurde et sans raison, sans que personne n'ait pu la voir venir. Tout le monde ou presque s'en était convaincu : les Anglais ne seront pas assez fous pour sortir d'une Union européenne qu'ils intégraient avec joie il y a quarante ans à peine, au terme de six années d'une lutte acharnée contre le veto du Général De Gaulle. Depuis plusieurs semaines, les grands médias jouaient en chœur le même concert, orchestré par la fine fleur des analystes politiques, sondages à l'appui : les Anglais touchent au feu ; ils seront suffisamment sages pour ne pas s'y brûler. Le peuple britannique démentait bientôt ces doctes prévisions, à 52% des suffrages.
 
La véritable surprise du Brexit, c'est qu'il se soit encore trouvé des gens surpris de tels résultats. Comme le rappelait judicieusement Alexis Brézet ce matin, "avant les Anglais, il y avait eu les Danois (en 1992 et 2000). Et les Irlandais (en 2001 et 2008). Et les Suédois (en 2003). Et les Français (en 2005). Et les Hollandais (en 2005 aussi). Et les Grecs (en 2015)… Au point qu'on se demande, après tant de rebuffades - il est vrai souvent, et en France même, superbement ignorées -, comment les dirigeants européens ont pu être surpris quand l' "impossible" est arrivé".
 
Non seulement le Brexit n'a rien de surprenant, mais il est même parfaitement logique : lorsqu'on refuse d'entendre la voix des peuples, les peuples finissent par reprendre leurs voix. Beaucoup de journalistes et d'hommes politiques évoquent à juste titre, depuis vendredi, l'impasse d'une Europe excessivement bureaucratique et normative, insuffisamment protectrice face au péril islamiste, aux excès d'une concurrence sans loi et à la pression d'une immigration chaotique ; une Europe inefficace face aux vrais problèmes lorsqu'elle est par ailleurs tatillonne à l'excès sur des sujets pour le moins dérisoires. Mais ils sont encore trop peu, ceux qui ont le courage d'évoquer le "déficit démocratique" de l'UE, cette "tare originelle de la construction européenne" que Philippe Séguin dénonçait à juste titre en son temps.
 
Les referendums passés auraient dû nous engager sur la voie d'une démocratisation massive des institutions européennes. La droite, en particulier, aurait dû se saisir des mises en garde de Philippe Séguin ou encore, bien avant lui, de celles du général de Gaulle : "On ne fera pas l'Europe si on ne la fait pas avec les peuples et en les associant. Or, la voie que l'on suit est complètement différente. [...] On se réunit dans des conseils entre augures intéressés. Mais les peuples n'y sont pas".
Qu'avons-nous fait de cet héritage ? En 2014, l'UMP s'engageait dans la campagne des européennes sans jamais évoquer les problèmes de fond soulignés par nos éminents prédécesseurs. Henri Guaino, Laurent Wauquiez ou encore Sens Commun avaient alors signalé ces absences, sans être écoutés. Le serons-nous davantage aujourd'hui ?
 
Alors que beaucoup souhaitent négocier un nouveau traité pour réformer l'UE et préparer l'Europe de demain, n'oublions pas que l'Europe a été faite pour les peuples, et qu'elle ne se fera pas sans eux. Beaucoup parlent avec raison de la nécessité pour l'UE de reconquérir les peuples en répondant de manière efficace à leurs préoccupations (emploi, immigration, sécurité, civilisation) et en garantissant la coopération des États membres sans jamais diluer leur identité propre et sans jamais attenter à leur souveraineté. Mais l'Europe ne pourra reconquérir les peuples qu'à la condition de se laisser reconquérir par eux : il est temps que les citoyens de chaque État membre se réapproprient la maîtrise du projet européen en y étant réellement associés. Qui aura le courage de redonner le pouvoir d'initiative aux corps élus ? Qui aura le courage de réduire le rôle de la Commission à celui d'un simple secrétariat au service du Parlement et du Conseil ?
 
Philippe Séguin, visionnaire, nous avait prévenus : "la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique. L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace". C'est précisément cette Europe qui vient une nouvelle fois d'être rejetée. Puissent les réformateurs de demain remonter aux sources du mal : l'Europe n'aura d'avenir qu'à la condition de reconnaître ses égarements passés.
Paru sur Figarovox, 27 juin 2016
JESSEY de Madeleine

Née le 21 juillet 1989






Ecole normale supérieure (Ulm)
Agrégée de Lettres classiques
Doctorante en Littérature comparée
Chargée de TD à la Sorbonne


Co-fondatrice et porte-parole de Sens Commun (depuis 2013)

http://madeleinedejessey.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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