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Maastricht, vingt-cinq ans

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Ce Traité qui fait déchanter les lendemains…
 
C'est l’anniversaire le plus discret de l’année. Pas de bougies ni gâteau. Le traité de Maastricht fête ses vingt-cinq ans et tout le monde regarde ailleurs. Les anciens partisans du "oui" n’en sont pas particulièrement fiers ; les anciens partisans du "non" n’ont pas envie de célébrer une défaite.
La monnaie unique s’est pourtant installée dans la liste brève des grandes monnaies mondiales ; mais l’euro n’est toujours pas parvenu à contester au dollar son rôle de monnaie de réserve.
Les chantres du oui promettaient une période de croissance et la fin du chômage ; la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les concepteurs de la monnaie unique assuraient qu’elle favoriserait "la convergence" des économies européennes ; elle a au contraire accentué les divergences. Nos experts avaient oublié une loi économique élémentaire : dans une zone unifiée, chaque pays se spécialise dans ce qu’il a de meilleur : l’industrie la plus productive (l’Allemagne) devient l’usine de la zone ; les plus doués dans les services (France, Espagne) développent toujours plus de services ; et les mieux dotés en belles plages et en patrimoine culturel (Italie, Grèce) attirent toujours plus de touristes. Seule une politique de change peut permettre de contrebalancer ces évolutions inexorables : c’est ainsi que Pompidou a forgé les grands groupes industriels français à l’abri d’une monnaie dévaluée. La monnaie unique est une machine conservatrice qui rend beaucoup plus difficiles les changements de cap économique.
C’est pour cette raison que l’euro qui était conçu comme un outil de paix a provoqué une résurgence des conflits entre nations. L’industrie allemande a réduit en miettes la concurrence de ses rivales française et italienne. La production industrielle de cette dernière a baissé de 20 % depuis l’introduction de l’euro. La seule solution pour compenser ces effets structurels serait une redistribution entre vainqueurs et perdants. Mais les Allemands refusent avec véhémence cette "union de transferts".
 
L’euro est donc un échec économique, mais est avant tout un symbole politique, celui d’une plus grande unification du continent européen. Cette monnaie fut voulue par les Français et imposée aux Allemands qui connaissaient, eux, les lois économiques. Mitterrand voulait s’emparer du deutsche mark, la "bombe atomique" allemande. Mais c’est l’Allemagne, qui ne voulait pas de l’euro, qui en profite le plus : son industrie règne sans partage sur le continent et exporte mieux grâce à une monnaie plus faible que ne le serait le seul mark.
Mais le bon temps s’achève pour les Allemands. Trump veut fermer le marché américain aux voitures allemandes tandis que la politique accommodante de la Banque centrale européenne exaspère les épargnants allemands qui accumulent des économies guère rémunérées.
L’euro s’est avéré une tragique erreur économique ; mais s’en débarrasser pourrait en constituer une plus tragique encore. C’est l’ultime argument des partisans de l’euro. Alors, comme on dit à Bruxelles : happy birthday !
Paru dans Le Figaro Magazine, 17 février 2017
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


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