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Présidentielle et l’euro

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L’élection présidentielle et l’euro
 
Plusieurs candidats ont fait de l’euro une question clé de la campagne présidentielle. Il convient donc de s’interroger à ce sujet. L’euro a-t-il tenu ses promesses ? Sinon, faut-il en sortir ? A la première question, la réponse est sans appel : non, l’euro n’a pas tenu ses promesses. A la seconde, la réponse est plus nuancée. L’euro n’a pas tenu ses promesses mais il ne s’ensuit pas qu’il faille en sortir. L’euro souffre de défauts congénitaux auxquels il est possible de porter remède.
 
Une monnaie unique ne fonctionne que si certaines conditions sont satisfaites. La première tient à la nature des économies des pays membres. Si elles sont structurellement semblables, aucun aménagement n’est nécessaire. Si elles sont dissemblables, des transferts inter-états doivent corriger les déséquilibres entre états membres. Aux Etats-Unis, la Californie et le Texas sont riches. L’Arkansas et l’Oklahoma sont pauvres. Des transferts fédéraux rétablissent l’équilibre entre les Etats. De tels transferts n’existent pas dans la zone euro.
La seconde condition tient à la politique économique. La politique américaine est définie à Washington. Dans la zone euro, la politique est définie par l’Allemagne. C’est une politique mercantile basée sur la compétitivité des entreprises. Celle de la France lui est opposée. Elle privilégie le pouvoir d’achat pour assurer la paix sociale. L’Allemagne jouit d’un solde commercial structurellement excédentaire, la France d’un solde structurellement déficitaire.
 
Cette situation se traduit par une créance de l’Allemagne sur les membres de la zone euro. Le chiffre était de 17,5 milliards euros en janvier 1999. Il est de 743 milliards en décembre 2016, soit 24 % du produit intérieur brut. A cette date, la France avait une dette 35 milliards d’euros. En valeur absolue, les dettes de l’Italie et de l’Espagne sont les plus élevées, 364 milliards et 333 milliards d’euros, respectivement. En valeur relative, c’est la Grèce qui arrive en tête (41 % du produit intérieur brut) devant le Portugal (39 %) et l’Espagne (30 %). La politique économique de la zone euro conduit donc à un déséquilibre croissant entre l’Allemagne et le reste de la zone euro.
 
Pour rester viable, la zone euro doit adopter des transferts inter-Etats et changer de politique économique. L’Allemagne est y opposée. L’euro ne peut survivre en l’état. Une solution consisterait à créer une zone, plus restreinte comprenant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche. Précisons que la France ne pourrait y participer qu’à la condition de consentir aux réformes structurelles que l’évolution de l’économie mondiale exige. Dans ce schéma, la sortie des autres pays de la zone euro pose un problème quasi insoluble.
 
Cette solution n’est pas satisfaisante. Une autre solution serait de convaincre l’Allemagne d’abandonner ses dogmes économiques. Elle devrait y consentir car elle est en infraction des règles de l’euro. Son solde commercial qui s’élève à 9 % du produit intérieur brut, est 3 % au-dessus de la limite imposée par le Pacte pour l’euro. C’est aussi dans son intérêt. Si rien n’est fait, sa créance non seulement atteindra des sommets mais sera constituée de débiteurs peu solvables. Quand la zone euro s’effondrera sous le poids de la dette, elle sera face à une économie européenne en pleine crise qui l’entraînera dans sa chute. La raison devrait la convaincre de modifier sa politique. Si elle y consent, la zone euro tiendra ses promesses.
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

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