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"À l'est, du nouveau"

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"À l'est, du nouveau"
 
Illibéralisme. Ce mot difficile à prononcer est appelé à un grand avenir idéologique et politique. Le triomphe électoral en Hongrie de Viktor Orbán en est la dernière preuve éclatante, qui vient après les scrutins autrichiens, italiens, slovaques, polonais, voire allemands. Les élites occidentales y fustigent le populisme, sans voir que ce concept ne signifie plus grand-chose. C'est Orban qui a théorisé l'illibéralisme, qu'il oppose au libéralisme, mais pas à l'économie de marché. Des pays qui ont subi le joug communiste ne peuvent être hostiles à l'économie de marché. En revanche, la crise de 2008 a fait comprendre aux dirigeants hongrois que le libéralisme mondialisé était devenu une machine folle et hégémonique où la finance a tous les pouvoirs et tous les droits.
Mais c'est la crise des migrants de 2015 qui va consacrer la coupure entre deux Europe, entre sociétés libérales et illibérales. Les sociétés libérales allemande et française sont devenues des sociétés multiculturelles qui ont renoncé à défendre leurs frontières et identité. Le juge y définit des normes, inspirées de la religion des droits de l'homme, qui s'imposent à tous. Ce que l'on appelle avec emphase l'État de droit, que l'on confond - confusion délibérée ou ignorance - avec la démocratie. Or, c'est tout le contraire. L'État de droit, c'est le gouvernement des juges, oligarchie qui impose sa loi au peuple - le contraire de la démocratie, qui est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple.
Cet affrontement entre libéralisme et illibéralisme, entre État de droit et démocratie, est le clivage de l'avenir en Europe. Il se substitue aux oppositions surannées entre souverainistes et fédéralistes, entre socialistes et libéraux. Ce concept d'illibéralisme venu de Hongrie a essaimé dans toute l'Europe centrale, aire de l'ancien Empire austro-hongrois. Ce qui n'est sans doute pas un hasard quand on se souvient que c'est cette région qui a connu le plus vivement la pression musulmane avec le siège de Vienne en 1683. Mais ce concept hongrois peut devenir la chance de la droite française si elle sait s'en saisir. Orban tente de distendre le lien entre libéralisme économique et culturel, imposé par la gauche soixante-huitarde après sa conversion, au cours des années 1980, à l'économie de marché. Il accepte le premier - mais en l'encadrant par l'État - et rejette le second au nom des racines chrétiennes de l'Europe.
Il s'efforce ainsi de conjurer cette malédiction de Michéa - du nom du théoricien marxiste qui a brillamment montré le lien entre les deux libéralismes. L'illibéralisme réalise une union des droites qui rallie l'électorat populaire en dénonçant "le grand remplacement" et le danger de l'islamisation de l'Europe. L'illibéralisme est le nouvel ennemi des médias bien-pensants et des idéologues européistes de Bruxelles. La meilleure preuve, s'il en était besoin, que c'est le vent d'est qui est à suivre.

Paru dans Le Figaro Magazine, 13 avril 2018
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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