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"L’abominable problème italien"

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Le retour de "l’abominable problème italien"
 
Dans un article intitulé "L’UE une nouvelle fois face à l’abominable problème italien", publié par Libération dans son édition du 28 septembre, Jean Quatremer critique la décision du gouvernement italien d’accroître le déficit budgétaire en accord avec ses promesses électorales. Ni Bruxelles, ni Frankfort n’étant disposé à lancer un programme d’ajustement à la grecque, il en conclut que ce sont les marchés financiers qui siffleront la fin de la partie. Cette analyse, dans le droit fil de la pensée économique actuelle, ne fait pas justice à l’Italie.
 
Par sa décision, le gouvernement italien pose la vraie question. L’euro est un Deutsche mark qui a changé de nom, mais un Deutsche mark dévalué tout à l’avantage de l’Allemagne. L’Italie dont la politique économique est à l’opposé de celle de l’Allemagne, ne s’y retrouve pas (la France non plus). Deux solutions : ou l’Italie s’adapte à l’euro ou l’euro est restructuré en une monnaie européenne. Les Italiens ont dit non à la première solution qui implique l’adoption d’un programme d’austérité. Les Allemands ont dit non à la seconde qui remet en cause leur politique mercantile. C’est l’impasse qui force Bruxelles à imposer une politique d’austérité à l’Italie. Mais, cela ne fait pas sens, à preuve la croissance américaine, bien supérieure à la croissance européenne, qui repose sur une politique économique franchement expansionniste, financée en partie, il est vrai, par la Chine et le Japon.
 
S’il est exact que l’Italie doit réduire sa dette, il est tout aussi exact que la politique économique allemande conduit à une impasse par l’accumulation de créances qu’elle entraîne. Ces créances s’élèvent à 903 milliards d’euro en juillet 2018, soit 28 % de son produit intérieur brut. Leur montant était négligeable en 2005. Cette accumulation ne peut se poursuivre sans risque pour le crédit de l’Allemagne car ces créances sont, pour l’essentiel, sur des pays de l’Europe du sud.
 
Le vrai débat derrière cet "abominable problème italien" - pour reprendre les propos de Jean-Claude Trichet – est celui de l’économie européenne. Sera-t-elle socio-libérale (keynésienne) ou néolibérale. Les peuples optent pour le socio-libéralisme, les banques et l’oligarchie pour le néolibéralisme qui est un faux-nez pour cacher un retour au capitalisme d’antan, et dont la Grèce fait les frais.
 
Alexis Tsipras s’est couché devant Bruxelles. Contrairement à ce que les commentaires ont laissé entendre, il n’y a pas eu de remise de dette. C’est la solution généralement adoptée dans ce genre de situation. Le Fonds monétaire international y était favorable. L’Allemagne qui, rappelons-le, n’a pas soldé sa dette envers la Grèce, s’y opposa. Les Grecs paieront au prix fort pendant de nombreuses années le reniement de leur premier ministre. Les Italiens réussiront-ils à faire plier Bruxelles et Frankfort ? A défaut d’accord, ce sont les marchés financiers qui règleront le problème, comme le prévoit Jean Quatremer. Ils le feront à leur manière : brutalement et sans préavis, pour le plus grand malheur des Italiens et des Européens. Pour éviter cette issue, peut-être faut-il prêter attention aux Italiens qui, par leur vote, posent une question fondamentale : quelle économie voulons-nous ?
 
Dans ce débat, la France prend le parti de l’Allemagne, sans doute en raison du traitement de faveur dont elle bénéficie et auquel elle s’est habituée un peu vite. C’est un mauvais calcul. Elle aurait tout intérêt à se ranger du côté de l’Italie.

Envoyé par l'auteur, 2 octobre 2018
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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