Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Quand Merkel devient un boulet

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Quand Merkel devient un boulet pour ses alliés… et pour les siens
 
La baisse historique des chrétiens-démocrates de la CSU en Bavière est une conséquence directe de la politique d'ouverture aux migrants prônée par la chancelière
 
Ce n'est qu'une élection en Allemagne. Ce n'est qu'une élection en Bavière. Ce n'est même pas un changement de majorité : les chrétiens-démocrates de la CSU garderont le pouvoir. Bien sûr, ils perdent de leur superbe, au profit de partis sur leur droite, mais aussi sur leur gauche, avec les Verts. Et pourtant, c'est comme si l'église n'était plus au milieu du village.
L'Eglise, en Bavière, ce n'est pas rien. La CSU non plus, qui dirige le Land depuis l'après-guerre. Cette même CSU qui partage le pouvoir à Berlin quand la CDU occupe la chancellerie. Ce qui est le cas, bien sûr, avec Angela Merkel. Cette Merkel qui était leur assurance tous risques pour garder ses ministères et qui, depuis qu'elle a ouvert les bras aux migrants en 2015, est devenue leur boulet.
Les leaders bavarois ont pourtant tout fait pour se démarquer d'elle ; ils ont fait assaut de diatribes anti-migrants. Cela n'a pas suffi. L'AfD leur a pris des voix. Ainsi qu'un autre parti sur leur droite. Les leaders de la CSU ne sont plus ce qu'ils étaient. On n'est plus au temps de Franz Josef Strauss. Il faut dire aussi que les temps ont changé. La sécularisation a fini par atteindre les catholiques bavarois. La Bavière est riche, très riche. Mais un peu moins croyante. L'époque n'est plus où le danger socialiste, incarné par le SPD, ou même communiste, avec le mur de Berlin, soudait derrière la CSU. En vérité, tous les grands partis ont le même problème : le SPD a été le premier à payer la disparition du communisme. La social-démocratie ne servait plus à rien puisque les patrons n'avaient plus peur des rouges.
 
Il n'y a plus de différence sérieuse, sur le plan économique et social, entre les trois grands partis de l'échiquier politique allemand. D'ailleurs, ils gouvernent ensemble dans une grande coalition depuis des années. Une coalition qui ressemble comme une sœur à la majorité qui soutient en France Emmanuel Macron. Ils sont tous les gestionnaires autorisés de la mondialisation. Jusqu'à présent, seul le SPD a payé le prix fort. Et le PS français. Désormais, c'est au tour de la droite allemande, la CDU, et de la CSU. Les chrétiens-démocrates sont condamnés à mort.
Le clivage, désormais, ne tourne plus autour de l'économie ou de la manière de gérer l'Etat providence. Le clivage tourne autour de l'identité. De l'Allemagne de demain. Noyée dans le multiculturalisme ou préservant son caractère germanique, européen, chrétien. C'est la question que pose avec éclat le Hongrois Orbán avec son attaque frontale contre la démocratie libérale. C'est pourquoi le vote du Parlement européen le sanctionnant fut aussi important. C'est pourquoi la droite allemande, mais aussi française, s'est autant divisée.
Merkel a opté pour le multiculturalisme comme le SPD et plus encore les Verts. La CDU refuse de la suivre sur ce terrain-là, mais son alliance à Berlin avec elle disait le contraire. Les électeurs lui ont fait payer son grand écart et son double langage. Les électeurs sont cruels, ces temps-ci.

Paru dans Le Figaro Magazine, 19 octobre 2018
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version