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Des élections européennes ?

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Des élections qui ne sont plus européennes
 
Davantage que toute autre organisation de la planète, l’Union européenne (UE) assemble des pays dont la démocratie fonctionne bien. Quand vous circulez en Europe d’est en ouest et du nord au sud, que vous soyez en Pologne ou au Portugal, en Irlande ou en Grèce, et que vous interrogez les citoyens, la grande majorité d’entre eux seront capables de vous dire qui est leur maire, leur député, leur premier ministre, le président de leur Assemblée nationale. Dans tous les pays d’Europe, la démocratie élective marche plutôt bien.
En revanche, au sein de l’UE, la démocratie européenne ne fonctionne pas. Faites le test. Demandez à ces mêmes citoyens européens quel est le nom du député qui les représente au Parlement européen: vous obtiendrez très peu de réponses. Vous n’en obtiendrez aucune si vous demandez comment fonctionne le calendrier des sessions entre Strasbourg et Bruxelles. Quant au nom du président du Parlement européen, moins d’un citoyen européen sur 500 le connaît. C’est injuste et regrettable, mais la grande majorité des citoyens de l’UE ignorent les pouvoirs spécifiques du Parlement européen (approbation, avec le Conseil représentant les États membres, des directives proposées par la Commission). À leurs yeux, les députés européens sont principalement des apparatchiks méritants, ayant été recalés au suffrage universel chez eux, et à qui leurs partis ont offert en compensation une position confortable, bien payée et peu harassante.
 
Le 26 mai 2019, les citoyens de l’UE sont appelés aux urnes pour élire leurs 751 eurodéputés, pour un mandat de cinq ans. L’UE, qui est la construction politique la plus réussie de la planète depuis la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui confrontée, institutionnellement, économiquement et socialement, à de gros problèmes. Sont-ils au cœur de la campagne électorale actuelle ? Non.
Au lieu de susciter des débats constructifs sur ces enjeux européens essentiels que sont les dettes étatiques, les disparités régionales, la politique énergétique, l’harmonisation fiscale, l’immigration extra-européenne, la protection de la propriété intellectuelle, l’économie numérique, etc., la campagne européenne ne s’anime réellement que pour juger les hommes ou les partis au pouvoir dans les différents pays de l’UE. Au lieu d’être européennes, ces élections n’intéressent les citoyens que pour les verdicts strictement nationaux qu’elles prononceront. Elles sont devenues des référendums de popularité gouvernementale.
 
En France, on rejouera le match de 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au Royaume-Uni, ce sera pire qu’une ordalie: ce sera le calvaire de Theresa May et de son parti conservateur, donné en quatrième position du scrutin. En Italie, on attend du scrutin un arbitrage entre les deux partis querelleurs au pouvoir, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, car le Parti démocrate (centre gauche) est à la traîne. En Pologne, ce sera un test pour le PIS (parti conservateur Droitet Justice), qui détient la majorité de la Diète depuis 2015. Sa campagne se résume aux promesses d’un treizième mois pour les retraités et d’une hausse des allocations familiales, thèmes qui n’ont rien d’européen. En Allemagne, l’enjeu principal est de voir si les partis de gouvernement (CDU et SPD) parviennent à arrêter leurs glissades, par rapport aux succès récents des Verts et de la droite radicale AfD (Alternative pour l’Allemagne).
 
On ne peut que constater le décrochement des élections européennes par rapport à l’idée initiale de Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt d’"introduire plus de démocratie dans la construction européenne". En faisant élire le Parlement européen au suffrage universel direct, les deux leaders ont oublié qu’une institution politique ne créait jamais un peuple, et que seul l’inverse était vrai. Or s’il y a des peuples européens (partageant les mêmes valeurs de gouvernement et les mêmes racines culturelles), il n’existe pas de peuple européen. Les Finlandais et les Grecs ne formeront jamais le même peuple, qu’on le veuille ou non.
 
Faut-il supprimer le Parlement européen ? Non, car il est bon que les directives soient examinées par deux entités différentes avant de faire loi sur le territoire de l’UE. Mais il devrait n’être composé que de parlementaires envoyés par les différents parlements nationaux. Issu de scrutins indirects, il fonctionnerait un peu comme le Sénat d’une confédération.
Personne ne peut se réjouir du gaspillage d’énergie que représentent ces élections qui ne sont plus européennes. Car il reste une Europe puissance à construire, face aux menaces de l’hégémonisme judiciaire américain et de l’hégémonisme commercial chinois.

Paru dans Le Figaro, 14 mai 2019
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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