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L’Europe, ébranlée par le réveil des nations
 
Et les gagnants des européennes du 26 mai seront… les abstentionnistes ! La crise de confiance ne déstabilise pas seulement la plupart des dirigeants politiques confrontés à la colère des peuples. La confiscation du pouvoir par une oligarchie est un grief qui touche plus encore l’Union européenne. Elle s’est construite au fil des ans, derrière une démocratie de façade, sur une cooptation de technocrates insensibles aux vaincus de la mondialisation. Dans son roman L’Ignorance, Milan Kundera, d’origine tchèque, fait dire à l’un des personnages : "L’empire soviétique s’est écroulé parce qu’il ne pouvait plus dompter les nations qui voulaient être souveraines." Ce même réveil des nations, remisées au nom du commerce, ébranle la forteresse bruxelloise et ses fadaises sur les bienfaits du marché pour tous et du grand mélangisme. Lundi, la commissaire européenne Elzibieta Bienkowska a repris la rengaine : "Le plus grand risque, c’est le populisme." L’islamisme, parti à l’assaut de l’Europe désarmée, n’a en effet rien à craindre des apparatchiks aux yeux clos et aux cerveaux cadenassés.

La mondialisation profite d’abord aux multinationales. Il faut être sourd comme un pot pour ne pas entendre la rage des agriculteurs, artisans, commerçants, entrepreneurs, étouffés par les directives européennes et leurs contraintes budgétaires. Ceux qui abominent le libre-échange ont beau jeu de montrer les catastrophes nées de l’abandon progressif, depuis 1974, de la préférence communautaire. La libéralisation mondialiste des marchés, voulue par Bruxelles, est à la source de la destruction de l’industrie et de la croissance nationale. Cependant, n’en déplaise aux dirigistes, le libéralisme n’a rien à voir avec cette course aux délocalisations et aux concurrences faussées par la disparité des règles. En 2005, le Prix Nobel d’économie Maurice Allais avait prévenu : "Les perversions du socialisme ont entraîné l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes du prétendu libéralisme de ces trente dernières années nous ont menés au bord de l’effondrement de la société française." Nous y sommes. Une abstention des électeurs aux alentours de 60% confirmerait le rejet de l’UE.
L’Union européenne n’est certes pas assimilable à l’ex-Union soviétique : le communiste était autrement plus oppressant et liberticide que l’idéologie melliflue de Bruxelles, armée de ses commissaires moralisateurs et de sa presse prêchi-prêcheuse. Néanmoins, l’UE produit ses dissidents comme Moscou savait le faire. L’Union, en voie de dislocation, use des mêmes procédés de disqualification pour se maintenir. Ceux qui évoquent la nation sont vite assimilés à des nationalistes fascisants. Bruxelles est également envahie d’un même centralisme soviétoïde, producteur de normes et de droits sans autre vision que l’universalisme, l’égalitarisme, la non-discrimination. C’est au nom de ces principes, froids comme l’acier, que le citoyen ne se différencie plus vraiment de l’étranger et que le peuple est prié de se fondre dans le nouveau Babel. Ce n’est pas un hasard si l’immigration vient en atout dans les préoccupations des Européens. Seuls 3% des gens (sondage YouGov) estiment que l’Union gère "tout à fait bien" la crise de la migration.

Cette Europe-là n’est pas défendable : il est urgent de reconstruire une plus humaine confédération des nations souveraines, soucieuse de protéger l’Europe dans son économie libérale et ses identités hétérogènes. Or ce n’est pas le choix que propose Emmanuel Macron avec sa "souveraineté européenne", si mal défendue d’ailleurs par Nathalie Loiseau, tête de liste LREM. Celle-ci a engagé une lutte exclusive contre Jordan Bardella (RN), au point d’avoir refusé caméras et micros lors de sa confrontation en petit comité, lundi, à l’initiative de l’Institut Montaigne, avec François-Xavier Bellamy. Cette course à la première place, imposée par le chef de l’État, n’est pas à la hauteur des enjeux. D’autant que la liste qui gagnera, dans l’hypothèse retenue par les sondeurs d’une abstention majoritaire, ne représentera pas 10% du corps électoral. "Il n’est rien d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue" (Victor Hugo). Le populisme, diabolisé par ceux qui craignent le peuple, est cette idée qui fédère les nations renaissantes. Les eurocrates ne voient pas la révolution venir.
Paru dans Le Figaro, 17 mai 2019
RIOUFOL Ivan

Né le 12 septembre 1952
Marié – 2 enfants
 

Journaliste


Université de Nantes
Diplôme d"études approfondies (DEA) de droit maritime et aérien
 
Au Figaro:
            Grand chroniqueur et Membre du comité éditorial (depuis 2000)
            Rédacteur en chef - informations générales (1995-2000)
Rédacteur en chef adjoint (1992-1994)
Chef de service (1990-1992)
Responsable de la rubrique Confidentiel (1988-1990)
Grand reporter (1985-1987)
Correspondant du Quotidien de Paris (1976-1984)
                        Du Journal du Dimanche
                        De Forum international
Journaliste à Presse-Océan
 
Ouvrages
La Tyrannie de l'impudeur (2000) - La République des faux gentils (2004) - Chroniques d'une résistance (2005) - La fracture identitaire (2007) - Où va la France ? (2008) - Chronique d’une année de crise (2009) - La démocratie d’apparence (ouvrage collectif) (2009) - Allez-y sans nous (ouvrage collectif) (2009) - De l'urgence d'être réactionnaire (2012) - A la recherche du peuple perdu (2011) -  Touche pas à ma France (2014) - Poings sur les i (2015) - La Guerre civile qui vient (2016) - La nouvelle révolution française (2016) -

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