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Un sabordage français délibéré

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L’EPR, symbole d’un sabordage français délibéré
 
C’est l’histoire d’un modèle devenu un anti-modèle. Un exemple devenu un contre-exemple. Les déboires répétés d’EDF avec ses centrales nucléaires EPR donnent une image déplorable de la France. De quoi susciter l’ire du ministre de l’Économie, l’inquiétude des populations, la joie mauvaise des écologistes et l’ironie des concurrents. Il est urgent de s’interroger : comment une filière d’excellence mondiale qui faisait la fierté légitime des Français est-elle devenue un motif de honte et de crainte ?
Le nucléaire est une histoire très française, avec d’abord le choix du général de GAULLE au nom de l’indépendance nationale. D’abord militaire, la technologie devient civile, dans un schéma qui ressemble beaucoup aux grands groupes américains, financés par l’armée américaine.
Lors de la crise du pétrole, POMPIDOU décide de jouer à fond la carte du nucléaire. On repère les constantes de cette odyssée : l’État, le militaire, l’indépendance nationale. Sans oublier les technocrates, les ingénieurs et la CGT embarqués dans un même bateau : un monopole adossé à une industrie ultracompétitive et à l’alliance gaullo-communiste des années 1960.
 
À partir des années 1980-1990, tout est détricoté : l’indépendance nationale est remplacée par l’Europe ; le monopole est supplanté par la concurrence. Le nucléaire permettait à EDF de vendre l’électricité la moins chère d’Europe : un avantage comparatif (un des rares) pour notre industrie. L’Europe oblige EDF à baisser le prix de l’électricité sortie de ses centrales qu’elle est obligée de vendre à ses concurrents. Les prix montent !
Les campagnes écologistes anti-nucléaires forcenées finissent par influencer une nouvelle génération de politiques : on annonce la réduction de la part du nucléaire ; on subventionne à tout-va l’éolien qui dénature nos paysages et dont l’énergie ne peut être stockée. Les libéraux font chorus, qui dénoncent les avantages indus des "privilégiés" du comité d’entreprise CGT. En centralisant toute la filière derrière son panache blanc, la patronne d’Areva, Anne LAUVERGEON, mène tout le monde dans le mur en klaxonnant.
 
EDF n’était qu’un assembleur de pièces édifiées ailleurs ; mais il le faisait avec rigueur et professionnalisme. À force de ne plus construire de nouvelles centrales, la transmission du savoir-faire s’évapore. EDF devient moins rigoureux dans le contrôle de ses sous-traitants. Au nom de l’Europe, on a contraint EDF à façonner l’EPR avec des Allemands qui nous ont abandonnés du jour au lendemain, nous laissant sur les bras un design pas maîtrisé et une technologie ultra-sophistiquée. Privés de nucléaire, les Allemands se ruent sur le charbon, énergie la plus polluante du monde, tandis que le nucléaire est la moins carbonée. Mais les écologistes, qui sont pourtant les contempteurs les plus acharnés du CO2, sont aussi les adversaires les plus résolus du nucléaire. Et voilà pourquoi votre fille est muette ! Et EDF, à l’article de la mort.

Paru dans Le Figaro Magazine, 31 octobre 2019
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


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Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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