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Kosovo : une affaire d'honneur

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A propos du Kosovo, il y a une chose que la France ne devrait pas oublier : c'est qu'elle n'est pas libre, sur ce sujet, de parler ou d'agir à sa guise. Dans l'accord de Kumanovo qui a mis fin à sa guerre contre la Serbie comme dans la résolution de l'O.N.U. qui a défini le statut provisoire du Kosovo, elle a très expressément confirmé que la province relevait de la souveraineté de la Serbie et qu'elle faisait partie de son intégrité territoriale.

En reconnaissant l'indépendance auto-proclamée du Kosovo et en envisageant d'y dépêcher des troupes de sa propre autorité, les dirigeants français ne commettraient pas seulement une agression caractérisée contre un pays tiers, ils renieraient la parole de la France, violeraient ses engagements et montreraient, en dépit de leurs beaux discours, le peu de cas qu'ils font du droit international.
A vrai dire, les dirigeants français n'ont pas tout à fait oublié. Ils sont même si conscients du tort qu'ils vont faire à la réputation de la France et à l'autorité du droit international qu'ils auraient bien voulu le couvrir de la feuille de vigne d'une résolution de l'O.N.U. pour le faire passer inaperçu ; ils en veulent même beaucoup à ceux, Russes et autres, qui n'ont pas eu le bon goût de leur faciliter le recours à cet expédient . De même, ils savent très bien quel mauvais coup ils portent à un pays qui fut l'allié et le frère d'armes de la France et qui, en tous cas, ne lui a jamais créé de dommages. Tout irait mieux évidemment si la victime au moment d'être violée donnait obligeamment son consentement et, pour l'acheter, les dirigeants français étaient prêts à ne pas lésiner : ils ouvriraient à la Serbie les portes de l'Europe, de ses marchés, de ses crédits, de ses subventions. Ils n'auront pas de feuille de vigne onusienne ; la Serbie préfèrera claquer sa porte au nez de l'Europe; rien ne voilera la honte de la France. Et qu'on n'aille pas se donner bonne conscience en invoquant la démocratie ou le droit des peuples . Milosevic a été renversé et il est mort ; quant à la démocratie, elle n'est sûrement pas meilleure à Pristina qu'à Belgrade . Pour ce qui est du droit des peuples, il serait plus crédible s'il s'appliquait avec la même rigueur aux Serbes de Bosnie qu'aux Kosovars.

ROBIN  Gabriel

Né le 25 août 1929
Marié – 2 enfants


Ambassadeur de France


Agrégé d’histoire
Ecole Normale Supérieure (Rue d’Ulm)
Ecole nationale d’administration (ENA)
Ambassadeur de France
Représentant permanent de la France au conseil de l’OTAN (1987-1993)

Ouvrages
La crise de Cuba, du mythe à l’histoire (1984) - La diplomatie de Mitterrand ou le triomphe des apparences (1985) - Un monde sans maître (1995) - Entre empire et nations (2004) - Sous Ponce Pilate (2016) -

Distinctions
Commandeur de la Légion d’honneur
Officier de l’Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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