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Le problème afghan

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de type alpin aux vallées étroites, vit une bonne quinzaine d'ethnies. Au sud et à l'est du pays, les Pachtouns. C'est l'ethnie dominante.
Au centre du demi-cercle pachtoun, il y a les Hazaras ; à l'est, des Tadjiks, à l'ouest des Turkmènes et des Ouzbeks, ces trois dernières ethnies relevant du monde turcophone, auxquels s'ajoutent d'autres groupes ethniques et linguistiques. L'Afghanistan est une véritable mosaïque de peuples divisés eux-mêmes en tribus.
Depuis toujours les habitants des plaines et des vallées ont été rançonnés par les populations montagnardes ou par les groupes qui nomadisent dans les régions semi-arides au sud de l'Indu Kush. Ainsi règne dans le monde afghan une culture de la violence que personne n'a jamais réussi à maîtriser.
C'est dans ce cadre que vont se succéder des conquérants nombreux mais temporaires : les peuples migrants, Scythes, Huns, Mongols ou voisins, Perses et Indiens, apportant des cultures diverses, bouddhiste, helléniste, musulmane.
C'est au XVIIIème siècle que se constitue un semblant d'État afghan. Ahmad Khan a réuni une assemblée de tribus pachtounes, se fait reconnaître shah et institue un embryon d'administration en apparence centralisée : la réalité du pouvoir est entre les mains des chefs de tribus : les khans pachtouns, les chefs des tribus Hazaras, les Outadjiks. C'est un véritable régime féodal qui a duré presque jusqu'en 1970, même si certains souverains ont tenté de moderniser leurs pays, suscitant la constitution d'une petite société évoluée.
Au XIXème siècle, les Anglais tentent de s'installer ; ils sont rejetés à plusieurs reprises. Les Russes, après avoir atteint l'Amou Daria à la fin du XIXème siècle, cherchent à s'implanter à leur tour. Après la Grande Guerre, se créent à Kaboul et dans le reste du pays des lycées français et une importante mission archéologique, mais la vie économique demeure largement dominée par les Britanniques et par les Soviétiques. Le milieu évolué est divisé entre Occidentaux et pro-soviétiques : ce sont ces derniers qui, avec l'aide du petit Parti communiste afghan, appellent l'Armée Rouge pour se maintenir au pouvoir en 1979.
Celle-ci va déployer plus de 150 000 hommes dans le pays : ils n'arriveront à contrôler que les grands axes routiers et quelques centres urbains. Le retrait des Soviétiques entraîne une véritable guerre civile opposant les Talibans, essentiellement Pachtouns, et la plupart des autres ethnies afghanes regroupées dans une "Alliance du Nord", regroupant les groupes turcophone, les Hazaras et les partisans du commandant Massoud. Les Talibans contrôlent peu à peu l'essentiel de l'Afghanistan. De 2001 à 2004, la situation se stabilise après les décisions de la Conférence de Bonn ; en 2004, Hamid Karzaï est élu président.
Très vite la situation s'aggrave. La corruption, la médiocrité du personnel administratif, les divisions de la classe politique font que l'État afghan ne fonctionne pas : l'armée et la police manquent d'entraînement, l'administration est d'une inefficacité certaine, d'où l'absence d'un développement réel. Les Talibans, que l'on croyait éliminés, ont réapparu vers 2005-2006 et dominent une bonne partie du territoire. Le seul élément qui progresse est la culture du pavot qui représente plus de 90 % de la production mondiale et fait vivre la majorité des paysans.
Si les forces engagées, essentiellement américaines, ont contrôlé la région pendant un certain temps, ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'OTAN a, théoriquement, la responsabilité des opérations et a mis en place une Force internationale d'assistance et de sécurité qui ne remplit aucune de ces deux fonctions. En réalité, en Afghanistan, ce sont les États-Unis qui commandent et leurs maladresses administratives et militaires les ont rendus terriblement impopulaires. Il y a ici aussi une hégémonie américaine incontestable qui irrite la plupart des autres membres de l'OTAN, de moins en moins disposés à envoyer des forces souvent mal utilisées.
Le problème afghan est pourtant relativement simple : soit Al Qaïda est absent du pays et dans ce cas laissons-les s'entre-tuer comme ils le font depuis des siècles. Soit Al Qaïda est effectivement présent avec des camps d'entraînement adossés à la frontière pakistanaise et alors nous restons mais en y mettant les moyens nécessaires. Il y a aujourd'hui moins de 70 000 hommes de troupes de l'OTAN en Afghanistan, l'Armée Rouge en avait le double. En réalité, si l'on veut sécuriser les routes et pacifier les provinces, il faut entre 150 et 200 000 hommes avec une participation réelle et une responsabilisation des Afghans. Il faudrait aussi penser au rôle essentiel joué par le Pakistan qui a laissé les zones tribales au sud de Peshawar et le Balouchistan devenir des bases arrière des Talibans et d'Al Qaïda.
Simultanément, il serait souhaitable que l'OtAN ne soit pas sous la seule direction des Américains, peu familiarisés avec la culture afghane, et s'engage dans des pourparlers avec les tribus talibans qui ne sont pas automatiquement liées à Al Qaïda. Mais il faudra tenir compte des réalités locales qui ne sont pas toujours compatibles avec les principes fondés sur l'idéologie sociale américaine. N'oublions pas que la lutte contre la burka menée par toute une série d'ONG agace des hommes et des femmes marqués par des traditions ancestrales et renforce les partisans des Talibans les plus extrémistes. Il y a des limites au droit d'ingérence.

DREYFUS   Francois-Georges

Né le 13 septembre 1928
Marié - 3 enfants

Professeur d'université

Universitaire
Agrégé d'histoire
Docteur ès lettres
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (depuis 1991).
Chaire d'Histoire et de géopolitique des mondes européens au XX°s.
Membre du Synode régional de l'Eglise luthérienne de Paris.

Lauréat de l’Académie française (1967) (1975)

Ouvrages
Les Forces religieuses dans la société française (1966)
Le Syndicalisme allemand contemporain (1968)
Le Temps des révolutions (1969)
Histoire des Allemagnes (1970)
Histoire es Gauches en France (1975)
Histoire générale de l’Europe (1980)
De Gaulle et le Gaullisme (1982)
Des évêques contre le pape (1985)
Les Allemands entre l’Est et l’Ouest (1987)
Histoire de la démocratie chrétienne en France (1988)
L’Allemagne contemporaine (1991)
L’Unité allemande (1993)
Histoire de la Résistance (1996)
Le IIIè Reich (1998)
1919 – 1939 : l'Engrenage (2000)
Histoire de Vichy (2002)
Une Histoire de la Russie (2005)

Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l’Ordre national du Mérite
Commandeur des Palmes académiques
Commandeur du Mérite de l'Ordre du Saint-Sépulcre
Officier de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne
Officier de l’Ordre de la couronne de Belgique

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