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Israël, Europe et USA

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Israël, l'Europe et les Etats-Unis

Qu'on le veuille ou non, le drame de Gaza a pour premier responsable non l'État d'Israël mais l'Occident tout entier. Il suffit de penser à la masse des résolutions de l'ONU condamnant Israël, très rarement suivies d'effet, sans que Washington, Bruxelles, Londres ou Paris interviennent.
En juillet 2000, pour ne pas remonter plus loin, apparaissaient trois éléments essentiels sans lesquels aucun accord ne serait possible : d'abord l'État d'Israël devait admettre comme frontières la ligne d'armistice de 1967, la Cisjordanie devenant le socle d'un État palestinien ; ensuite on convenait que Jérusalem serait partagée, les secteurs habités par les Palestiniens devenant partie de l'État palestinien ; enfin les réfugiés pourraient revenir - s'ils le souhaitaient - dans l'État palestinien mais le retour en Israël ne leur serait pas possible étant entendu que des contributions financières internationales leur seraient accordées, selon certaines conditions.
Or, sur tous les plans, Israël n'a pas cessé de tourner ces principes, Israël n'a pas cessé de favoriser la colonisation de la Cisjordanie, condamnant parfois oralement les colons mais les soutenant en favorisant leur implantation ou en laissant faire les religieux qui poussent à la reconquête. À Jérusalem même, on admet - voire favorise - le rachat systématique de maisons pour "israéliser" une rue, puis un quartier, le but final étant de faire de Jérusalem une ville totalement israélienne.
Sur tout cela l'Occident ferme les yeux. Européens et Américains ont mauvaise conscience car ils se sentent complices de la Shoah. Malgré les travaux de quelques spécialistes, personne ne met en cause l'absurde unicité "sémite" du peuple juif, contre quoi s'élève l'universitaire israélien Shlomo Sand dans Comment fut inventé le peuple juif ? (Fayard). Admettre ce que dit S. Sand conduit à une vision nouvelle de l'antisémitisme : persécuter les juifs, c'est persécuter la culture juive, donc la culture chrétienne ; seule l'Église catholique, à la suite de Pie XI, l'a compris : les gouvernements laïcs et anti-romains ne firent point ce pas indispensable. Pour réparer on a créé un nouvel État artificiel, l'État d'Israël, sans se rendre compte de ce que pourraient être les réactions arabes.

Cet État, on l'a soutenu quand il a été attaqué par les États arabes refusant de reconnaître la décision de l'ONU. En 1967, lors de la Guerre des Six Jours, seul le général De Gaulle condamna Israël, mais les autres États occidentaux ne dirent mot. Rappelons au passage que c'est Israël qui est le père de l'État palestinien : au 1er juin 1967, la Cisjordanie est une province du Royaume de Jordanie, donc la création d'une Palestine indépendante aurait été une revendication arabe face à un autre État arabe. Malgré son intransigeance, son expansionnisme, Israël, jouissait au 1er décembre dernier d'un capital certain de sympathies. Il en a perdu l'essentiel à la suite de la brutalité avec laquelle il a réagi dans la Bande de Gaza contre les tirs de quelques roquettes. M. Bernard-Henri Lévy pourra dire ce qu'il veut, la réaction était "disproportionnée".
Le mal est fait, il s'agit de reconstruire, d'établir une paix vraie dans ces régions. Ce sera difficile. Le monde musulman tout entier est outré. À Gaza, Israël voulait annihiler le Hamas : il semble bien que c'est le contraire qui s'est produit. Il a conduit la résistance à Israël et les empiétements des colons israéliens, le Mur et la médiocrité du "gouvernement" de Mahmoud Abbas à Ramallah n'a fait que renforcer son prestige, même si le Fatah conserve encore des appuis en Cisjordanie : la population n'oublie pas - malgré tout - que de 1967 à 1998 son niveau de vie a triplé alors qu'il n'a même pas doublé en Syrie ou en Jordanie.

Le retour à une paix vraie passe par de nombreuses conditions. Le résultat des élections du 10 février y contribuera-t-il ? Benyamin Netanyahou (Likoud), soutenu par les ultranationalistes et le parti russophone, qui a été désigné comme premier ministre - mais qui a bien du mal à former un gouvernement - est favorable à la politique de colonisation, ce qui n'est guère encourageant. En fait, l'État d'Israël est dans le monde occidental un pays à part. Cet État se proclame laïc mais un israélite ne peut épouser une chrétienne tant est forte la pression des religieux qui représentent à peine 8 % de la population, laquelle est majoritairement non pratiquante. Mais les partis traditionnels, de gauche comme de droite, ont, en raison d'un système électoral aberrant de représentation proportionnelle, besoin de l'appui des petits partis religieux pour avoir une majorité à la Chambre. Il est évident que la paix ne sera rétablie que lorsque les points sur lesquels on s'est mis d'accord en 2002 seront respectés. C'est là que l'Occident, les États Unis d'Obama et l'Union européenne, doivent intervenir en faisant de très fermes pressions sur Israël : des avertissements très fermes, accompagnés de mesures économiques pouvant aller jusqu'à l'embargo, auraient évité le drame de Gaza. Au fond, Israël devrait se souvenir de ce que disait Moshé Dayan après la Guerre des Six Jours : "Revenons à nos frontières". Peut-être aussi qu'Israël, l'Europe et les États Unis devraient écouter ce conseil de certains philosophes juifs : faisons de Jérusalem une ville internationale qui pourrait être le siège de l'ONU. Ce serait un symbole de paix rudement fort.

DREYFUS   Francois-Georges

Né le 13 septembre 1928
Marié - 3 enfants

Professeur d'université

Universitaire
Agrégé d'histoire
Docteur ès lettres
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (depuis 1991).
Chaire d'Histoire et de géopolitique des mondes européens au XX°s.
Membre du Synode régional de l'Eglise luthérienne de Paris.

Lauréat de l’Académie française (1967) (1975)

Ouvrages
Les Forces religieuses dans la société française (1966)
Le Syndicalisme allemand contemporain (1968)
Le Temps des révolutions (1969)
Histoire des Allemagnes (1970)
Histoire es Gauches en France (1975)
Histoire générale de l’Europe (1980)
De Gaulle et le Gaullisme (1982)
Des évêques contre le pape (1985)
Les Allemands entre l’Est et l’Ouest (1987)
Histoire de la démocratie chrétienne en France (1988)
L’Allemagne contemporaine (1991)
L’Unité allemande (1993)
Histoire de la Résistance (1996)
Le IIIè Reich (1998)
1919 – 1939 : l'Engrenage (2000)
Histoire de Vichy (2002)
Une Histoire de la Russie (2005)

Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l’Ordre national du Mérite
Commandeur des Palmes académiques
Commandeur du Mérite de l'Ordre du Saint-Sépulcre
Officier de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne
Officier de l’Ordre de la couronne de Belgique

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