Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

D. Trump : une présidence...

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Donald Trump : une présidence mouvementée en perspective
 
En démocratie, l’accession à la présidence requiert plusieurs attributs : un candidat charismatique, un programme, un parti et un financement. Donald Trump ne satisfait pas à ces critères. Ses supporters lui reconnaissent du charisme mais ils sont loin de faire l’unanimité. Son programme est incohérent. Il n’a ni parti ni organisation, et contrairement à ses assertions, il n’a financé que 20 % des 322 millions de dollars qu’a coûté sa campagne. Dans ces conditions, quelle présidence peut-on en attendre ?
 
Commençons par son programme. Son électorat est la classe moyenne blanche, conservatrice et rurale. Ses électeurs se reconnaissent dans le Tea Party, mouvement libertaire, sans hiérarchie ni chef, en partie récupéré par les frères Koch, milliardaires texans. Donald Trump leur a promis le retour des emplois manufacturiers et, pour preuve donna en exemple la décision de Carrier Corporation de ne pas externaliser une usine au Mexique, sauvant ainsi mille emplois. Cette priorité donnée à l’emploi peut surprendre dans un pays où le chômage s’élève à 4,6 %. La raison en est que ce chiffre officiel ne reflète pas la réalité. Le chômage s’élève à 10 % si l’on inclue les demandeurs d’emploi "découragés". Le revenu médian des ménages est inférieur à ce qu’il était en 1998, et un tiers des personnes âgés de 21 à 45 ans reçoit une aide financière de leurs parents. Il y a donc une réelle détresse dans une partie de la population. Les promesses de Donald Trump inverseront-elles cette tendance ? Rien n’est moins sûr.
 
S’il est vrai que la mondialisation a éliminé des emplois, elle n’est pas seule en cause. La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication est aussi responsable ainsi que la politique budgétaire. Après une brève politique d’expansion en réponse à la crise des subprimes, le gouvernement a rapidement réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, un retour des emplois manufacturiers, à supposer qu’il soit possible, entraînerait une augmentation du coût de la vie, contrecarrant l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat. La politique d’infrastructure de Donald Trump est aussi sujette à caution. Il prévoit de lancer un programme de grands travaux de mille milliards de dollars, financé pour moitié par le secteur privé. L’autre moitié, financée par l’Etat fédéral, augmentera la dette publique qu’il a promis de réduire à zéro sur huit ans – une gageure. Son plan fiscal promet une réduction d’impôts pour l’ensemble de la population. Juste en apparence, ce plan favorise en fait les plus riches qui paient le plus d’impôt. Les revenus les plus élevés (1 % de la population) captent 18 % du total contre seulement 8 % en 1975.
 
On retrouve les mêmes contradictions en politique étrangère. Alors que Donald Trump veut rétablir des relations normales avec la Russie, le général James Mattis, son futur ministre de la défense, cite la Russie comme la plus importante menace à laquelle font face les Etats-Unis. Rex Tillerson, ancien président d’Exxon et ministre des affaires étrangères, est quant à lui partisan d’un rapprochement avec Vladimir Poutine. Par ailleurs, les liens réels ou supposés de Donald Trump avec la Russie ont fait l’objet d’accusations des services secrets américains. La chose est grave puisqu’elle suggère une trahison et peut conduire à sa destitution. La hache de guerre est enterrée, semble-t-il, mais elle resurgira.
 
Cette présidence sera à l’image de Donald Trump : brouillonne, contradictoire, remplie d’approximations dans les analyses et de contradictions dans les faits. En politique intérieure, la présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs dans le cercle rapproché du président renforce le scepticisme sur la nature de sa politique économique. En politique extérieure, ses ennemis fourbissent leurs armes, à preuve les manœuvres de l’Otan qui se déroulent aux frontières de la Russie dans le cadre de l’opération "Atlantic Resolve", où des sénateurs de son propre camp – John McCain et Lindsey Graham – haranguent les soldats baltes en vue d’un possible conflit avec la Russie.
 
Donald Trump ne satisfait pas aux conditions requises pour être candidat à la magistrature suprême. Il n’a ni programme, ni parti et son financement est assuré de la façon la plus traditionnelle qui soit ce qui le rend redevable envers ses bailleurs de fonds. Il décevra ses électeurs qui le lui feront savoir. A l’international, les évènements devraient lui être plus favorables. Un peuple américain, lassé des guerres au Moyen Orient, s’opposera à un Congrès belliciste qui rêve d’en découdre avec le nouveau président au sujet de la Russie. L’un dans l’autre, une présidence mouvementée qui, souhaitons-le, maintiendra la paix dans le monde.
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



Publications
Cercle Les Echos.com
OpEdNews.com

Ouvrages
The international monetary system : challenges and perspectives" (1982) - L'euro survivra t-il ? (2016) -

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version