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A nouveau aimer l'Amérique !

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Et maintenant nous pourrons à nouveau aimer l'Amérique !
 
Beaucoup sont depuis vingt-cinq ans très critiques de la politique étrangère des Etats-Unis menée sous l'égide de la pensée néoconservatrice. Ils se font en conséquence taxer régulièrement d'antiaméricanisme de manière aussi mécanique que les critiques du communisme se faisaient autrefois taxer d'antisoviétisme par Georges Marchais.  
La doctrine néoconservatrice a inspiré aussi bien des démocrates comme Clinton, mari et femme, voire Obama, que des républicains comme Bush Jr. Nous n'incluons pas son père dans cette  série dans la mesure où la première guerre du Golfe (1990), à la différence de la seconde (2003) répondait à une agression réelle et, quoique déjà discutable, était conforme à la Charte des Nations-Unies. Les principes de cette doctrine : l'Amérique a un modèle de civilisation supérieur et la mission de l'imposer au reste du monde au besoin en changeant les régimes par la force. Par un étonnant paradoxe, sa mise en œuvre s'est traduite dans le Proche-Orient arabe par une alliance avec l'islamisme radical. Le bilan de cette politique : au moins sept guerres, des millions de morts (en incluant les effets de l'embargo imposé à l'Irak de 1991 à 2003).  
Rien à voir avec la période de la guerre froide où les Etats-Unis avaient généralement réagi à une agression du bloc communiste (Corée, Vietnam, Afghanistan), ni avec les rodomontades de Reagan qui a réussi à "gagner le guerre froide", sans jamais  attaquer personne, en tous les cas de manière ouverte (sauf la minuscule Grenade).     
 
Le paramètre idéologique
On ne peut manquer d'établir un parallèle entre ce qui s'est passé aux Etats-Unis depuis 1990 et ce qu'il était advenu de la Russie au temps du communisme.
Nous ne reviendrons pas sur les méfaits de ce régime, d'abord pour les Russes, puis  pour les peuples allogènes de l'URSS, ensuite pour ceux qui tombèrent sous le joug du communisme après 1945, notamment les pays d'Europe de l'Est. Que la Chine, devenue elle aussi communiste en 1949, ait ensuite pris ses distances avec l'Union soviétique n'empêche pas que l'idéologie marxiste y ait été au moins aussi dévastatrice.
 
Toutefois l'horreur que pouvait inspirer le communisme ne pouvait empêcher que beaucoup d'entre nous aient aimé la civilisation russe : ses icônes, ses églises à  bulbes, ses grands romanciers, ses grands musiciens, les films d'Eisenstein, etc. C'est pourquoi la chute du communisme permet de révérer à nouveau cette civilisation ; le nouveau régime, à la tête de qui se trouve Poutine, a certes des défauts mais il met en avant la religion orthodoxe et la patrie russe, deux valeurs que la Russie actuelle ne cherche pas imposer au reste du monde. Selon le mot du général de Gaulle, un pays bien gouverné doit être en paix à l'intérieur, respecté à l'extérieur (les deux  étant liés). C'est le programme qui semble être celui de la Russie actuelle, ce que ne veulent pas comprendre les néoconservateurs qui, avec un rare aveuglement, voient toujours  le soviétisme derrière la Russie de Poutine.
La même chose peut être dite des Etats-Unis. On peut aimer l'héritage américain   bien qu'il soit moins riche que le russe, aimer l'épopée du Far West, le roman américain, le jazz, la qualité du cinéma de Hollywood, les grandes universités aimer l'enthousiasme avec lequel  les Américains ont combattu à nos côtés au cours de la Première puis de la Seconde guerre mondiale, ainsi que leur résistance au communisme. On peut en même temps trouver détestables les effets de l'idéologie néoconservatrice dans le monde : une idéologie moins dévastatrice à l'intérieur que ne l'était le communisme en Russie, mais bien plus à l'extérieur, si on additionne les dégâts des guerres engagées en son nom au cours des dernières années, y compris par Obama, Prix Nobel de la Paix. 
Trump, malgré son style grossier a nettement pris ses distances avec cette idéologie : il récuse le regime change, il accepte l'idée que d'autres parties du monde ne soient pas adaptées aux valeurs américaines, il refuse toute complaisance avec l'islamisme et se propose d'établir un partenariat pacifique avec la Russie. Il se déclare mu par la défense des intérêts des Etats-Unis et non par la volonté de répandre une idéologie. Comme la chute du rideau de fer en 1990 à l'Est, son élection annonce à l'Ouest un  retour à la politique classique hors de toute idéologie.
 
L'idéologie est une véritable pathologie de la raison politique : comme la Russie s'en est débarrassée en 1990, les Etats-Unis viennent de s'en débarrasser en 2016.
Que nous trouvions Donald Trump aimable ou pas n'est pas la question. De même que la chute du communisme avait permis aux Russes et à ceux qui aiment la Russie de retrouver le goût de ce pays, la fin du néo-conservatisme - dont on mesurera bientôt toute la folie qu'il a représenté -  nous permet de redevenir les amis de Etats-Unis.
HUREAUX  Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
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