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Cessons de calomnier les Russes

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Cessons de calomnier les Russes
 
Surtout, nous autres Français. En 1815, le tsar Alexandre interdit à ses troupes d’entrer dans Paris pour épargner ses habitants. La bataille de la Marne fut gagnée avec le concours des Russes qui lancèrent une offensive à la demande de Joffre pour soulager l’armée française face à la pression allemande. Personne ne doute que les Alliés ont libéré la France mais combien savent qu’en juin 1944 plus rien ne pouvait arrêter Joukov dans sa marche sur Berlin après qu’il eut libéré Stalingrad et gagné la plus grande bataille de chars de tous les temps à Koursk. Combien savent que 26 millions de Soviétiques sont morts pendant la Seconde Guerre contre 300 000 Américains – un rapport de 1 à 100, pratiquement.
 
Oublions le passé, venons-en au présent.
L’élection présidentielle américaine a été l’occasion d’une virulente campagne antirusse affirmant, sans jamais le prouver, que Vladimir Poutine tentait de favoriser l’élection de Donald Trump. L’accusation ne manquerait pas de sel, si l’affaire n’était pas aussi sérieuse. En effet, depuis 1945, les Etats-Unis n’ont cessé d’intervenir dans les affaires intérieures de nombreuses nations, comme en Iran (Mossadegh), en Italie (affaire Gladio) ou au Chili (Allende). Qui doute qu’Al-Qaïda est une création américaine ? Le conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brezinski, l’a reconnu lui-même dans Libération. En Ukraine, le président Viktor Ianoukovitch, élu démocratiquement, a été victime d’un coup d’état, fomenté par les Etats-Unis. La secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Victoria Nuland s’en est vantée, ajoutant qu’elle avait dépensé 5 milliards de dollars à cet effet.
 
Les premières accusations à l’encontre de la Russie ont été formulées en juillet 2016, quelques jours après le scandale de la Convention démocrate et la démission de sa présidente, Debbie Wasserman Schultz. Les choses se sont calmées. Puis, les charges ont repris après l’élection de Donald Trump pour se porter sur Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, qui dut démissionner. C’est maintenant autour de Jeff Sessions, ancien sénateur et nouveau ministre de la justice, d’être accusé d’entente avec "l’ennemi". Jack Matlock, ancien ambassadeur à Moscou, s’étonne de ces accusations. C’est une pratique courante pour les sénateurs de s’entretenir avec les dirigeants de nations étrangères. Stephen Cohen, spécialiste de la Russie, déplore cette campagne antirusse qu’il considère très dangereuse. Noam Chomsky, linguiste reconnu et activiste politique, se désole d’une situation où les Etats-Unis sont la risée du monde entier, en l’absence de preuves justifiant ces accusations.
 
A quoi est due cette campagne ? Au fait que Donald Trump souhaite rétablir des relations normales avec la Russie. Quel mal y aurait-il à atteindre cet objectif ? Le monde n’en serait-il pas apaisé ? Cet objectif va à l’encontre de la politique néoconservatrice de domination mondiale. Lors de la réunification de l’Allemagne, les Etats-Unis se sont engagés à ne pas étendre l’OTAN à l’Est. Que constatons-nous aujourd’hui ? Que douze nations de l’Europe de l’Est ont rejoint l’Alliance atlantique. Que George W. Bush a mis fin unilatéralement au traité sur les missiles antimissiles balistiques de 1972. Que des missiles Tomahawk ont été installés en Pologne et en Roumanie sous le fallacieux prétexte de menacer l’Iran alors qu’ils visent la Russie. Que les Occidentaux conduisent les manœuvres militaires les plus grandes depuis l’opération Barbarossa de juin 1941 dans les pays baltes.
 
Si les Russes ont interféré dans l’élection présidentielle, que preuve en soit donnée. Sinon, cessons de les calomnier. La Russie est une grande nation, dotée d’une histoire et d’une culture exceptionnelles, avec laquelle la France se doit d’avoir les relations les meilleures dans le respect de sa souveraineté.
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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