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Crise des subprimes… suite

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Janet Yellen face au boomerang de Ben Bernanke - Crise des subprimes… suite
 
On a beaucoup écrit sur l’assouplissement quantitatif initié par la Réserve fédérale en réponse à la crise des subprimes. Ce n’est rien d’autre qu’une politique monétaire laxiste poussée à son paroxysme. L’heure du bilan a sonné. Il est mitigé, si l’on s’en tient aux résultats obtenus à ce jour, mais inquiétant si on ausculte le futur. En déclenchant cette politique en novembre 2008, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Réserve fédérale, a lancé un boomerang qui revient à la face de son successeur.
 
L’assouplissement quantitatif n’a pas donné les résultats espérés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dans les trois mois qui suivent l’éclatement de la crise des subprimes, la Réserve fédérale abaisse son taux directeur de 2 % à 0,125%. Le Congrès approuve une série de déficits budgétaires élevés. Mais, l’économie américaine ne réagit pas comme prévu. La croissance moyenne annuelle s’élève 1,3 % contre 3,1 % pour les deux cycles précédents de croissance. Il faut sept ans au chômage pour retrouver son taux d’avant la crise contre quatre ans pour le cycle précédent et deux ans et demi pour celui d’avant. Même constat pour l’inflation. Elle était de 3,8 % en 2008 et tombe en dessous de zéro en 2009. Elle remonte à 1,3 % en 2016 et atteint 1,6 % en juin 2017, toujours inférieur à l’objectif de 2 % que s’est fixée la Réserve fédérale.
 
Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas donné les résultats attendus ? Parce qu’il repose sur un postulat, parce que son objectif premier était de secourir les banques, parce que les banques n’ont pas joué le jeu et enfin parce que le consommateur a choisi de se désendetter.
 
En 2002, dans un discours devenu célèbre, le futur gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, affirme qu’une augmentation hors norme de la masse monétaire viendrait à bout de toute déflation. Il se réfère à une allégorie de Milton Friedman qui suggérait qu’un gouvernement confronté à une récession insurmontable distribue des coupures de 1.000 dollars du haut d’un hélicoptère pour relancer l’économie. C’est d’une certaine manière ce que fit Bernanke au lendemain de la faillite de Lehman Bros., point de départ de la crise des subprimes. Craignant une crise d’ampleur, il acheta pour 1.400 milliards de dollars d’actifs bancaires du 17 septembre au 17 décembre 2008, triplant le total du bilan de la banque centrale en trois mois – du jamais vu dans les annales de la finance ! Cette manne qui consolida les banques mises à mal par la crise, était aussi un encouragement à relancer la consommation par le crédit. Les banques préférèrent déposer les sommes reçues en échange de leurs actifs sur leur compte à la Réserve fédérale, "stérilisant" la politique de Ben Bernanke. Quant au consommateur qui avait cru les balivernes des banquiers sur les prix de l’immobilier qui monteraient au ciel, il choisit de se désendetter. L’assouplissement quantitatif a échoué parce qu’il s’attaquait aux symptômes et non à la racine du mal.
 
En revanche, il a produit son plein effet sur les marchés financiers. Le S&P qui s’élevait à 1.192 le 15 septembre 2008 – jour de la faillite de Lehman Bros. – perdit près de la moitié de sa valeur en six mois, atteignant son point le plus bas le 9 mars 2009 (672). La première tranche d’assouplissement quantitatif le ramena à son niveau de septembre 2008 en avril 2010 (1.186). Les deux tranches suivantes le firent monter régulièrement. Il atteint 2.440 en juillet 2017, soit deux fois son niveau d’avant la crise. Cette performance a de quoi inquiéter. Le potentiel de l’économie américaine ne la justifie en aucune manière. Son taux de croissance devrait tomber de 2,1 % en 2018 à 1,9 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon les prévisions du Fonds monétaire international. Prudente, cette prévision n’en est pas moins optimiste. La reprise est dans sa septième année – durée moyenne des reprises américaines. Les marchés financiers seraient-ils sujets à une "exubérance irrationnelle" ? Selon les calculs de Robert Shiller, prix Nobel d’économie et père de cette expression, le ratio du résultat net par action ramené au prix de l’action (price earning ratio ou P/E), lissé sur dix ans, a retrouvé son niveau de 1929. Le risque d’une nouvelle crise financière ne peut donc être écarté.
 
Ce présage n’a pas échappé à la Réserve fédérale. Il a conduit Janet Yellen qui a remplacé Ben Bernanke en février 2014, a relevé le taux directeur par touches successives pour l’amener dans une fourchette de 1 % à 1,25 % le 15 juin 2017. Cette politique prudente s’explique par la vulnérabilité de l’économie américaine. Mais ce ne sont pas les taux à court terme qui importent, ce sont les taux à long terme que Janet Yellen ne contrôle pas. Le financement de l’économie américaine a connu une période exceptionnelle de 1980 à 2016, contredisant la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Les taux d’intérêt à long terme des bons du Trésor ont régulièrement baissé alors que l’endettement public augmentait. Cette conjonction inédite tenait à l’apport des capitaux étrangers. Depuis 2015, cet apport s’est réduit à la marge, laissant aux investisseurs américains le soin de combler le vide. Les taux d’intérêt à long terme remontent, redonnant à la loi fondamentale toute sa légitimité. Cette hausse va se poursuivre puisqu’il est prévu que la dette fédérale augmente. Cette augmentation va entraîner l’économie américaine dans un cercle vicieux de décroissance.
 
Ainsi, l’assouplissement quantitatif présenté comme la solution miracle aux problèmes de l’économie américaine se révèle-t-il être un leurre. Il a pris la forme d’un boomerang qui s’apprête à frapper Janet Yellen en retour. Faut-il s’étonner alors qu’elle n’ait pas répondu à la question du sénateur John Kennedy* qui, lors de l’audition du 13 juillet, lui demanda si elle accepterait un second mandat en février 2018.  
 
*Aucun lien de famille avec le président John Kennedy

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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