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Vaincre le terrorisme

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Vaincre le terrorisme
 
L’Espagne vient de connaître un enchaînement d’évènements qui est familier à tous les peuples d’Europe. Des musulmans extrémistes attaquent à l’improviste une foule paisible et insouciante. Les morts et les blessés jonchent le sol. Ce massacre d’innocents soulève l’indignation populaire. Des manifestations rassemblent toutes les classes sociales, tous les partis politiques, toutes les confessions religieuses. Le gouvernement suit le mouvement. Il dénonce une agression ignoble et prend des mesures d’urgence : traque des complices survivants, démantèlement des filières qui les aident, patrouilles militaires dans les rues, surveillance accrue des mosquées salafistes, renforcement des services de renseignement. L’attentat de Barcelone a répété la séquence qui avait suivi les attentats de Paris, Nice, Manchester et Berlin.

C’est aux Etats-Unis, il y a seize ans, que tout a commencé. L’attaque du Centre du commerce mondial et ses trois mille morts avaient suscité une émotion immense. Le Président américain avait, le premier, "déclaré la guerre au terrorisme" et déployé, pour la gagner, toute la force de son pays. Les Etats d’Europe s’y sont associés les uns après les autres. Il faut malheureusement reconnaître que cette vaste coalition n’a pas encore réussi à vaincre son ennemi. Les attentats sont, d’année en année, plus nombreux, leurs auteurs plus divers, leurs cibles plus variées et leur cruauté plus aveugle.
Ce qui nous trouble le plus, c’est le caractère insaisissable de ce terrorisme. Pourquoi ces attaques et pourquoi leur barbarie ? Nous pratiquons chez nous et notamment vis à vis de nos immigrés musulmans, une politique qui met au-dessus de tout la liberté individuelle, la tolérance et l’égalité. Et nous recevons en retour la haine et la violence. Des sociologues, des psychiatres, des juges et des policiers essaient depuis quinze ans de percer ce mystère. Ils analysent les mécanismes mentaux par lesquels de jeunes hommes, souvent nés en Occident, éduqués selon nos valeurs, intégrés dans notre société, se retournent soudain contre elle, tuent au hasard et se suicident ensuite. Différentes écoles s’opposent sur le cheminement de leur pensée mais toutes s’accordent à reconnaître le caractère nihiliste de son aboutissement. Les terroristes islamistes n’ont apparemment pas d’autre ressort que l’exécration de notre liberté ni d’autre but que semer la mort. La bonne réponse, répétée inlassablement par nos dirigeants politiques, c’est de leur montrer que notre attachement aux droits de l’homme est plus fort que leur volonté de les détruire. Nous finirons par décourager leur fanatisme.
 
Je crains que cette méthode ait peu de chances de mettre un terme au terrorisme islamiste parce qu’elle se fonde sur une explication inexacte de ses causes.  Si nous voulons comprendre les raisons qui animent les auteurs de presque tous les attentats, il nous faut franchir les limites de l’Europe et examiner ce qui se passe chez les peuples arabes. Ce n’est pas seulement moi qui le suggère. C’est ce que demandent les terroristes eux-mêmes, à commencer par le plus célèbre d’entre eux : Oussama Ben Laden. A l’origine de leur haine de l’Occident, on trouve un sursaut de révolte contre la manière dont nos gouvernements piétinent les droits de l’homme en Orient tout en proclamant les servir.
Donnons quelques exemples. C’est au nom des droits de l’homme que Bush et Blair ont envahi l’Irak, occupé le pays, dissous son armée, changé son gouvernement, incarcéré et torturé des milliers d’individus et réprimé brutalement les révoltes populaires. C’est encore au nom des droits de l’homme que Sarkozy, suivi par Cameron et Obama, a bombardé la Libye, armé des milices et renversé le régime par la force. C’est au nom des droits de l’homme enfin que Hollande a alimenté la guerre civile en Syrie, en s’alliant aux gouvernements les plus obscurantistes du voisinage. Nos dirigeants ont envoyé des chars et des bombardiers semer la démocratie chez les peuples arabes. A leur grande surprise, ils ont récolté le djihadisme. Et ce djihadisme déborde maintenant chez nous.
Le tableau que j’esquisse serait incomplet si je passais la Palestine sous silence. Depuis un demi-siècle, les droits les plus élémentaires de la population arabe y sont piétinés au vu et au su du monde entier. Les gouvernements occidentaux n’en portent pas la responsabilité directe mais leur timidité à dénoncer le coupable, leur refus de le gêner de quelque façon que ce soit contrastent singulièrement avec la sévérité des punitions qu’ils infligent aux dirigeants arabes accusés des mêmes abus. Il n’est pas étonnant que les opinions publiques, en Orient, voient en nous des intrus d’une partialité insupportable.

Je suis convaincu que le terrorisme dont nos peuples sont les victimes, serait coupé de sa principale racine, si nos gouvernements, dans un sursaut de lucidité et de courage, mettaient leurs actes en accord avec leurs principes. La défense des droits de l’homme en Orient ne nécessite de notre part aucune intervention armée, aucune alliance inavouable avec un Etat oppresseur. Elle se limite à un appel actif au respect de la liberté des personnes et des peuples. Pratiquée par nous sans hypocrisie ni réserve, elle porterait un coup décisif à l’argumentation des djihadistes. Il est vrai que les passions sont devenues trop vives, les problèmes trop embrouillés, pour que l’effet en soit immédiat. Les erreurs de nos dirigeants passés pèsent sur nous. Mais si nous ne changeons pas notre politique, le terrorisme va s’étendre encore en Occident. Si nos partenaires américains et anglais sont incapables de le comprendre, que la France le fasse seule. Elle y gagnerait, chez elle plus de calme et en Orient une audience qu’elle a perdue depuis dix ans au moins.

Envoyé par l'auteur, 25 août 2017            
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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