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Migrations : "l'impératif du développement" (1)
           
Durant plusieurs décennies les pays anciens colonisateurs puis les agences spécialisées dans l'aide au développement (Nations unies :PNUD, FAO, la banque mondiale et ses dérivés, banque africaine pour le développement, banque asiatique, interaméricaine,… etc ) ont beaucoup tenté  avec des résultats contrastés pour inclure les pays du " tiers monde " à rejoindre le peloton des pays industrialisés. La combinaison d'une certaine " aid fatigue", de l'arrivée de pays plus offensifs moins complexés dans la conquête de marchés extérieurs (Chine, Inde, Bresil,… etc. semblaient avoir mis au placard la notion d'aide internationale au développement ; pis la crainte de l'arrivée de masses incontrôlées de migrants en provenance de pays tiers, non européens conjuguée avec la montée du terrorisme international, islamiste en particulier, ont incité les dirigeants européens en particulier à "resserrer les boulons", à mieux contrôler les frontières extérieures de l'Union avec différents instruments (FRONTEX, NAVFOR pour les contrôles en mer et aux frontières terrestres, accords avec les pays de "transit " Turquie, pays du Maghreb,… etc.). Et puis ces dirigeants ont réalisé que s'attaquer aux maux de l'émigration de masse à la source serait peut-être plus efficace, quoique moins "glamour" et plus complexe que le transbordement, un geste généreux, de familles de migrants de frêles embarcations sur les bateaux de surveillance maritime qui va leur permettre d'accéder "au rêve européen". Cependant ce retour "aux sources " ne pourra plus s'effectuer dans les mêmes conditions que celles d'il y a un demi-siècle, celle de la coopération " bon enfant " menée par des "experts" mélangeant paternalisme et esprit de repentance sans ou avec peu d'implication des populations locales.
 
Les migrations de toutes sortes ont existé de tout temps
On ne répètera jamais assez que les migrations de toutes sortes, animales, végétales, virales et naturellement humaines ont existé de tout temps et qu’elles continueront dans l’avenir. Elles sont parfois cruelles, comme par exemple les colonisations de certaines espèces végétales, animales, humaines, conduisant à la réduction, voire à l’élimination des espèces ou des populations "indigènes", sans oublier les souffrances endurées pendant toute migration ; mais aussi l’espoir de trouver un espace plus propice à l’épanouissement ou à la survie de l’espèce, du groupe humain (émigration des juifs en Terre Sainte), exode ethnique (migration des éleveurs nilotiques vers les pays bantous de l’Afrique des Grands Lacs), migration sociale (50 millions  de migrants européens, pour des motivations économiques, principalement, vers les Etats-Unis au 19ème  siècle et au début du 20ème par couches successives,… etc., migrations temporaires (fréquentes par tradition dans les pays africains, par besoin économique tels les saisonniers espagnols dans les vignobles français, les "braceros" mexicains aux Etats- Unis,… etc.
 
L’implantation de nouveaux arrivants sur la terre d’accueil entraîne presque toujours des tensions, le migrant quel qu’il soit étant souvent le bouc émissaire qui sert d’exutoire à des peurs, parfois réelles mais le plus souvent imaginaires ou amplifiées, souvent montées en épingle et exploitées par des politiciens peu scrupuleux (Émeutes d’Aigues Mortes, à la fin du 19ème siècle et début du 20ème contre les ouvriers italiens accusés de "voler le pain" aux Français, grèves des ouvrières dans les usines d’armement contre les travailleurs kabyles en 1917).
La peur de l’étranger peut aussi faire échouer un projet politique : le rejet du projet de Constitution européenne est dû en partie à la crainte du "plombier polonais" et de façon plus générale à la hantise de l’invasion du marché du travail en France par une main d’œuvre à bas coûts, migrant de ses pays d’origine, fraîchement entrée dans l’Union Européenne sans que toutefois, des mesures de mise à niveau préalables de ses économies respectives aient été prises. Les mesures de transition, si elles avaient été adoptées comme celles appliquées en leur temps à l’Espagne et au Portugal, auraient très probablement ôté un argument à ceux qui ont utilisé la peur du "plombier polonais" pour atteindre leur propre but politique (des enseignants craignaient de perdre leur poste parce que, me disaient-ils "l’Education Nationale était prête à engager des enseignants provenant d’Europe Centrale à salaire moitié moins élevé que celui de leurs homologues français !") mais là, l’Europe a payé le prix de l’impatience de Berlin via le Commissaire à l’élargissement de l’époque Verheugen, qui a précipité l’adhésion des pays d’ Europe Centrale dans l’Union Européenne afin que les industriels d’Outre Rhin puissent accéder en force à ces marchés voisins et prometteurs.
 
A l’inverse, les sociétés d’accueil passent souvent sous silence les apports économiques, culturels, militaires (soldats d’Outre-Mer engagés dans les guerres de l’Empire puis de la République) liés à toute migration avec des retombées qui bénéficient aussi aux pays d’origine : les "remittances" des travailleurs émigrés qui permettent d’améliorer le niveau de vie de ceux restés au pays avec des effets pervers parfois comme la montée des prix des denrées alimentaires et des logements dans les dits pays (à titre d’exemple, près de 30 % du PIB du Mali provenait de l’immigration).
 
Les migrations sont complexes que ce soit dans leurs causes, leurs facteurs déclencheurs et leurs impacts
Plus qu’auparavant le phénomène migratoire doit nous faire prendre conscience de sa complexité, de sa discontinuité et de son évolution dans le temps : ainsi le continent Europe, longtemps pourvoyeur d’émigrants en solde net – la France constituant un cas à part même si des Français, des Bretons et des Basques en particulier ont émigré - mais une immigration lente et continue en a fait un espace "sous perfusion d’immigration" depuis deux siècles environ, avec quelques "pics" lors des guerres en particulier. L’Italie connaissant des migrations internes du Mezzogiorno vers le nord au cours de la seconde moitié du 20ème siècle et l’Allemagne comptant plus de 10 millions de réfugiés de l’Allemagne de l’est, sous domination soviétique ou de territoires anciennement allemands pris par la Pologne communiste, puis d’Allemands revenant des ex-Républiques soviétiques (cas des Allemands de la Volga, déportés avec d’autres minorités comme les tatars et les juifs par Staline vers la République du Kazakhstan). Puis l’Europe devient une terre d’immigration avec la combinaison d'une part d’un déclin constant de sa natalité qui ne pourra plus à terme, et dans ces conditions, assurer le renouvellement de sa population ni maintenir son "modèle social", et avec d’autre part et à l’inverse une explosion démographique sur le continent africain, dans les pays d’Afrique subsaharienne et dans les pays du Sahel en particulier
(les projections d'augmentation des populations sont édifiantes : si les flux migratoires représentent 3 % environ de la population mondiale – entre 2000 et 2015 on a dénombré  240 millions de personnes déplacées dont 60 millions hors de leur pays d'origine - les flux migratoires pourraient exploser d'ici 2050, conséquence d'une démographie incontrôlée dans les pays sahéliens en particulier ; certaines projections estiment à quelques 200 millions de sahéliens qui pourraient migrer vers d'autres cieux d'ici 2050 ! ; source conférence donnée par l'auteur à Montpellier à l'Assemblée générale des anciens fonctionnaires des institutions européennes AIACE, avril 2016). Un différentiel culturo-religieux fort entre d’une part la majorité des populations qui émigrent de souche africaine, jeune et en majorité de religion musulmane et d’autre part des sociétés des pays d’accueil caractérisées par une population vieillissante, de souche européenne, et de religion en majorité judéo-chrétienne (avec une partie athée non négligeable et une augmentation notoire de la partie de la population d’ascendance arabo-africaine et de religion musulmane en majorité ou se réclamant de cette dernière).
L’un des impacts, longtemps minimisé ou exploité par certains groupes xénophobes, est celui d’une modification de la "volonté de vivre ensemble" qui fait la Nation selon Ernest Renan, en un "compromis de cohabiter bon gré mal gré".
La combinaison potentiellement explosive des peurs de segments de plus en plus importants des populations d’accueil, leur expression par les votes populaires avec par ailleurs, l’utilisation par des minorités actives de la religion musulmane (ceux pointés du doigt de façon réductrice: les salafistes) à des fins de révolution politique et de renversement des régimes "impies" y compris ceux de la majeure partie du monde musulman contemporain, pourrait résulter en une multitude de situations chaotiques ici et là, à commencer par l’Europe. Les valeurs de cette dernière (système démocratique, état de droit, droits de l’homme, libertés individuelles,… etc.) pourraient voler en éclats y compris dans des pays non-européens où certaines de ces valeurs sont partagées, du moins en partie. Ces pays, africains en particulier ont pris la mesure, à des degrés divers, du danger qui les guettent eux aussi ; ils entrent progressivement dans un dialogue où la nécessité du développement avec les pays européens revient à l'ordre du jour ;
(Pendant mon enseignement en 3ème cycle sur le monde arabe à Sciences Po Paris de 1985 à 1994 je commençais mon cours par une phrase que feu le Président Boumedienne aurait prononcé en 1967 : "aucune bombe atomique n’arrêtera les masses affamées du Sud attirées par les riches pâturages du Nord").
 
Se pose alors la question d’une ouverture certes généreuse à "toute la misère du monde", une intention respectable mais qui atteindrait des buts opposés à ceux recherchés y compris en matière de partage et de fraternité universelle.
Dans ce contexte : le développement local "revisité" devient un impératif.
Discrédité par ses faibles résultats, liés à une mauvaise appréhension des problèmes locaux et aux pratiques des interlocuteurs locaux ("c’est une affaire de Blancs, qu’ils s’en chargent complètement…"), une nouvelle approche dans la prise en compte de "l’impératif du développement" par les responsables européens est incontestablement une bonne nouvelle pour de multiples raisons : tout d’abord pour la dignité de populations dont le seul espoir est de quitter leur pays pour essayer de se rendre, après bien des périples et avoir enduré toutes sortes de sévices et de traitements inhumains, dans "El Dorado européen". C’est aussi pour les Européens, l’occasion de se consacrer à nouveau à autre chose que de renforcer "la forteresse Europe" ou se contenter de bonnes paroles et de quelques gestes, certes louables, en direction de ces populations en errance ; or le développement de toute société est une opération longue, complexe et exigeante pour les efforts qu’elle demande de part et d’autre ce qui n’attire pas ou peu l’attention des médias (un sac de riz porté sur le dos d’une autorité sera plus "vendable" que l’image d’un hôpital de brousse) mais redonne tout son sens à la coopération, aux échanges d’expérience entre nations, régions, communautés… afin de créer un monde où chacun et chacune pourra trouver sa place.
        
L’Union Européenne a depuis peu amorcé ce virage, cette réintégration du volet, indispensable, du développement dans ses programmes de contrôle et d’accompagnement des migrations ou des réfugiés. L’Union Africaine (UA) basée à Addis Abeba a, de son côté pris en compte les risques que l’instabilité politique et sécuritaire font courir à toute entreprise sérieuse de développement, une prise de conscience qui se retrouve auprès d'autres acteurs non moins influents (les nonciatures du Vatican, l'Ordre souverain de malte,… etc.).
 
Migrations de masse : insécurité économique et sociale : les réponses de l’UE et de l’UA
L’Union Européenne a, depuis deux ans environ, opéré une réorientation notoire de ses relations avec les pays tiers africains en particulier :
- elle a mis en place, via des accords bilatéraux avec les pays "tampons" (pays du Maghreb plus Turquie), un système de contrôle des flux migratoires ;
- elle a renforcé les contrôles en mer (NAVFORetc..) et accru le nombre des garde-frontières et le contrôle de ses frontières extérieures en général (FRONTEX etc.  .); en supplément de ses programmes classiques du FED (Fonds Européen de Développement) et a ouvert d’autres lignes budgétaires,
- elle a aussi initié un Trust Fund doté de plus de 3 milliards d’euros afin de financer des projets présélectionnés par les Agences Nationales de Coopération de chaque état membre ; la sélection finale s’opère à Bruxelles sous la houlette de M. Stefano Manservisi, (Directeur Général de la Direction Générale DEVCO) ; ces projets divers ayant pour but de promouvoir la "good governance" dans les pays d’origine, de créer de l’emploi pour les jeunes et de détourner les passeurs de leurs activités répréhensibles.
 
Toutefois le relatif coup d’arrêt à l’immigration massive de l’Allemagne, acceptée un temps par la Chancelière Merkel (cette dernière soucieuse du boomerang politique auprès de son électorat, et suite à cette mesure hardie, du maintien ou de la montée de courants nationalistes et xénophobes en Europe) a fait prendre conscience aux dirigeants européens de la nécessité de déplacer le "curseur" de l’accueil "aveugle" mais potentiellement déstabilisant, de vagues continues de migrants vers une politique visant à s’attaquer aux causes mêmes des départs en masse des pays d’origine d’Afrique sub-saharienne principalement mais pas exclusivement. Le discours du Président Emmanuel Macron à Ouagadougou, dans lequel il a remis à l’honneur le développement indispensable des pays d’origine, confirme ce déplacement du curseur. 
 
L’Union Africaine, de son côté, sensibilise de plus en plus ses pays membres à la nécessité d’établir un climat propice aux actions de développement dans leurs pays respectifs (F. Perroux définit le processus de développement comme "la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croitre cumulativement et durablement son produit réel et global" (in Y. Gazzo l’Afrique du Nord d’hier à demain " p 7 1979 Economica). Lors d’un séminaire de haut niveau organisé conjointement par l’UA et par le gouvernement algérien et qui s’est tenu à Oran du 10 au 12 décembre 2017, plusieurs intervenants ont exprimé leur inquiétude face :
i) au retour et à l’installation de combattants terroristes étrangers dans le Sahel en particulier ; ces combattants sont idéologiquement et militairement bien formés ; ils maîtrisent très bien internet et les réseaux sociaux.
ii) au financement du terrorisme qui est multiple et très mal contrôlé : les enlèvements rapporteraient aux ravisseurs entre 3 et 9 millions de dollars par rançon payée et 4 500 d’entr'elles ont été enregistrées ! Mais ce sont aussi les marchés au bétail du Nord Cameroun, ceux du poisson du Lac Tchad (dont les 80% sont contrôlés par Boko Haram), les vols de bétail qui alimentent les réseaux terroristes.
iii) au lien entre terrorisme et le crime organisé ; selon Philip Morris, 40 % des cigarettes vendues à Marseille proviennent de la contrebande qui génèrerait ainsi annuellement 800 millions d’euros de profits mafieux en Afrique de l’Ouest ; trafic de drogues, d’armes, d’œuvres d’art sont autant de passerelles avérées entre terrorisme et crime organisé.
iv) la radicalisation des jeunes en Afrique est fort préoccupante : selon l’ambassadeur El Haoues Riache, dans le Nord Cameroun, 400 euros suffisent pour convaincre des parents de laisser leur enfant rejoindre Boko Haram ; dans cette région les facteurs religieux tout comme l’exclusion constitueraient un terreau pour la radicalisation.
Forte de ce constat, l’Union Africaine n’est pas restée inactive et elle a structuré son architecture avec la mise en place d’agences spécialisées (le CAERT, coopération anti-terroriste, basée à Alger, le Comité des Services de Renseignement, CISSA et le tout nouveau AFRIPOL pendant d’Interpol etc…) et elle a multiplié les mécanismes de coopération avec les organismes régionaux (IGAD, SADDEC, ECOWAS etc...) et soutenu les processus de "confidence building" de Nouakchott et de Djibouti tandis que le Président Bouteflika a été désigné en janvier 2017 par les Chefs d’Etat Africains, membres de l’UA, comme leader de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. 
 
Cependant, là aussi, plusieurs pays ont arrêté le "tout répressif" pour passer à des mesures préventives, voire de réintégration d’ anciens terroristes ( une tâche compliquée de l’aveu de plusieurs spécialistes ) tout en étant conscients que les changements d’alliance entre groupes terroristes (Al Mourabitoun, Al Qaeda, Al Shabab, ISIS, Boko Haram) ainsi que leur mobilité font courir des risques d’implosion aux systèmes politiques et sociaux existants ; d’où, selon les intervenants, le lien incontournable et essentiel entre prévention contre le terrorisme et le développement en général.
 
Quelques réflexions
- L’arrêt des migrations est un mythe tenace mais illusoire.
Il est indiscutable que toute tendance lourde et forte est "soumise à des éléments volatiles que nous ne prévoyons pas et que si le présent est cartographiable le futur ne l’est pas" (B de Jouvenel, l’art de la conjecture" éd du rocher p 145, 1964) il n'en reste pas moins que les migrations resteront sur l’agenda de l’humanité comme elles l’ont été de tout temps.
Les éléments "volatiles" sont nombreux dans ce domaine : le changement climatique constaté, la montée des eaux des océans, sachant qu’une bonne partie de la population mondiale vit sur le littoral ou proche "à portée d'inondation", les pandémies, l’arme nucléaire et son utilisation massive dans des conflits possibles, sont autant de facteurs susceptibles de modifier la trajectoire de ces tendances lourdes (de façon "mécanique" la population africaine devrait passer de 1,25 milliards en 2017 à 2,5 milliards en 2050 les pays sahéliens étant dans le peloton de tète avec par exemple plus de 200 millions de nigériens en 2050)
 
- Vieillissante Europe et jeunes migrants : l’Europe, qui a longtemps été un continent d’émigration nette (plus d’émigrants que d’immigrants), doit faire face à un vieillissement de sa population autochtone et à une arrivée massive de migrants et qui, de surcroît, pourrait être continue pendant plusieurs décennies, constituée de populations jeunes, de cultures dans leurs acceptations les plusdifférentes, dans un contexte international que certains groupes extrémistes souhaitent mettre à profit pour atteindre des objectifs qui leur sont propres mais pas forcément partagés de façon universelle. La gérontocratie qui prévaut encore dans de nombreux pays africains est de plus en plus mal acceptée par la jeunesse et constitue une incitation supplémentaire au départ. Cette dimension complique sérieusement l’acceptation de nos actions légitimes en faveur des migrants par les populations des pays d’accueil.
 
- Précarité de l’ordre international et dangers de l’utilisation du facteur religieux :
l’équilibre bipolaire (USA /URSS) qui a cédé la place à un monde multipolaire restant sous la houlette des USA, de plus en plus concurrencé par la Chine, n’est pas stabilisé pour autant ; cette instabilité a favorisé l’émergence de modèles alternatifs de pouvoir à la démocratie ("printemps arabes", califat ; plus près de chez nous le recul de l’Etat sur plusieurs dossiers l‘apparition de nouvelles menaces hybrides sur fond, d’une part de la forte augmentation de l’arsenal militaire à des fins offensives dans plusieurs régions du monde et de la prolifération de missiles balistiques nucléaires et, d’autre part, d‘une plus grande vulnérabilité des Etats démocratiques confrontés à ces menaces.
 
Le facteur religieux ne peut pas être occulté dans cette évolution /recomposition de l’ordre mondial dont les migrants ne sont qu’une des conséquences, voire un instrument de ce dernier ; des auteurs comme Ortega y Gasset, voire Machiavel, soulignent que "ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d'une communauté" ; A Brahimi ("dimensions et perspectives du monde arabe " p 199 à 203) estimait à l’époque que l’islam et l’arabisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe tandis que Hélie Denoix de Saint-Marc constate que "l'on ne fédère pas les âmes " ("champs de braise " éd Perrin 1975) un chercheur réputé, C. Castoriadis, estimant de son côté que les religions ne constituent pas des "dons gratuits de l’histoire" et qu’ elles peuvent être des "obstacles au développement fournis gratuitement par l’histoire" ( C. Castoriadis : "le mythe du développement, Le Seuil 1977). La tendance "lourde" du monde arabo musulman à encourager un "
monothéisme[KN(1] [KN(2] [nk3]  sans sous-estimer les rivalités entre les sunnites et les chiites ni la diversité des courants des écoles de l'Islam) à l'exclusion des autres (chrétien notamment) et à l'inverse, la coexistence nécessaire en Europe, des trois monothéismes, une sorte de "confédération" des âmes en évitant les dangers du communautarisme en Europe complique un peu plus l'équation
 
- Agir "éveillé", la prise de conscience : la compassion sans vision ni sans rétroviseur ne mène nulle part devant " l’internalisation " de ces changements en cours et sources de menaces qui pèsent sur notre monde, nos sociétés respectives ne peuvent être qu’anxiogènes et certains ne manquent pas d’exploiter ces peurs pour établir des fossés qu’ils imaginent infranchissables par " l’Autre ". Ces évolutions devraient au contraire stimuler la réflexion et nourrir l’action y compris dans le domaine de la diplomatie humanitaire.
Le constat que le curseur de l’aide aux pays pauvres se redéplace vers les actions de développement à la base et que ce recadrage nécessaire soit reconnu et validé par les plus hautes instances européennes, devrait permettre, à terme, de réduire à la fois les flots de migrants tout comme les peurs et les réticences des populations européennes à leur égard (un rapport des démographes de l'ONU de 200 "migrations de remplacement : est-ce une solution pour les populations en déclin et vieillissantes ?" et de conclure que pour maintenir le rapport actifs /dépendants" il faudrait que l'Europe accepte 13 millions de réfugiés /migrants par an ce qui conduirait à une population européenne au ¾ africaine , une évidence politiquement inacceptable dans tous les pays européens"), et certains d'enfoncer le clou comme l'économiste Paul Collier qui estime que l'argument selon lequel les migrants d'aujourdhui paieraient les retraites des seniors européens ne tient pas car les migrants actifs car s'il est incontestable que les migrants contribuent avec leurs cotisations à financer nos systèmes de retraite cet apport est gommé par le cout que doit supporter l'Etat pour scolariser éduquer, soigner les enfants, nombreux de ces migrants : l'employeur privatise le profit tiré de la main d'œuvre étrangère tandis que l'Etat, donc le contribuable, supporte partiellement la "socialisation" du cout de l'accueil de l'immigré.
 
Tout ceci, dans un contexte de coopération renforcée entre les pays européens et africains via, entre autres leurs institutions respectives (UE et UA). Toute cette belle architecture aura un sens qu'à la condition que les pays d'origine des migrations de masse prennent conscience que le développement harmonieux de leur pays doit être leur affaire en premier lieu : la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le contrôle d'une démographie débridée qui pèse trop lourdement sur l'environnement physique, économique et social de ces pays et dont l'exutoire ne doit pas, ne doit plus être l'envoi du " trop plein de" population vers d'autres rivages plus prometteurs, un vaste programme qui demande de la volonté, de la détermination. Car en effet le "codeveloppement" revisité ne produira pas des miracles (dans un premier temps cette aide de l'exterieur pourrait même avoir pour effet d'augmenter les migrations dans un premier temps au moins) tout ceci dans un contexte de gouvernance faible qui prévaut dans les pays d'origine, d'appétits économiques parfois sans scrupules de pays tels que la Chine, d'une Europe qui doute d'elle-même et qui n'est pas capable d'envoyer des messages clairs, et de la concurrence des tenants de modèles de pouvoir alternatifs (l'islam politique )

Envoyé par l'auteur, Yves Gazzo, Président (h) de l'ASOM, 24 janvier 2018
 
(1) titre tiré du livre des pays d'origine - Bibliographie et références : F. Perroux "Etudes", janvier 1971
GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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