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Quand les Russes défient les néoconservateurs
 
Au vu de la politique américaine agressive qui refuse la multipolarité, la question se pose de savoir comment cela va-t-il finir ? Quatre options se présentent : 1) les nations se coalisent et forcent les Etats-Unis à reconnaître l’inévitable transformation du monde, 2) la Russie défie les Etats-Unis qui reculent devant l’abysse nucléaire, 3) les Juifs américains, majoritairement démocrates et libéraux, dénoncent la stratégie de l’AIPAC et forcent le gouvernement américain à changer de politique, et 4) les psychopathes de Washington DC, dans un geste suicidaire, optent pour Armageddon. De ces quatre options, la plus probable est la seconde.
 
Les élections de mi-mandat sont désormais la préoccupation première à Washington DC, non que le résultat ait une grande influence sur la politique étrangère américaine, mais les formes doivent être respectées. Les relations internationales vont donc connaître une accalmie suivie d’un regain de tension après les élections. A un moment T donné, les néoconservateurs confronteront les Russes qui leur barrent la route de l’hégémonie. Nous n’en sommes pas encore là. Reprenons les principaux points de l’actualité.
 
Les récentes décisions de Donald Trump (transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, dénonciation de l’Accord nucléaire uranien, veto à la résolution du Conseil de sécurité condamnant Israël pour les tués de Gaza, tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium) ont fait monter la tension internationale de plusieurs crans. Ses alliés européens les condamnent, au moins pour partie. Réagissant à la décision sur l’Accord nucléaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarent : "Avec des amis comme ça, on peut se passer d’ennemis". Même le très politique Jean-Claude Juncker y va de son couplet en demandant que l’on mette fin "au Russia bashing". Les Russes et les Chinois se sont montrés discrets, mais n’en passent pas moins. Ils continuent de tisser leur toile au travers de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation de coopération de Shanghai, de la Banque asiatique d’investissements pour l’infrastructure, etc. Ainsi, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a-t-il été un succès avec quinze mille participants, et la présence remarquée de Shinzo Abe et Emmanuel Macron.
 
Iran : dans la vision néoconservatrice, la sortie de l’Accord nucléaire iranien doit être suivie de frappes israélo-américaines sur les sites nucléaires dénoncés par Benjamin Netanyahu le 30 avril. Calendrier électoral oblige, il n’y aura pas de frappes. Les Américains ne veulent pas de guerre. La Chambre des représentants en a pris acte en votant à l’unanimité le 22 mai un amendement rappelant au président qu’il n’avait pas autorité à lancer une attaque contre l’Iran. Le premier ministre israélien qui rencontre ses homologues britannique, allemand et français pour les convaincre de répudier l’accord iranien, devra prendre son mal en patience.
Notons au passage la contradiction des Européens qui souhaitent la coopération de Moscou dans l’affaire de l’Accord nucléaire, mais rejettent la proposition de Donald Trump de réintégrer la Russie dans le G7.
 
Corée du nord : ce sommet, voulu par Donald Trump, maître es négociation, se soldera par un échec. Ni les néoconservateurs, ni les Chinois ne veulent d’un accord.
 
Guerre commerciale sino-américaine : les Etats-Unis et la Chine parviendront à un accord avant les élections, ne serait-ce que pour calmer les agriculteurs américains qui craignent pour leurs exportations. Ils ont voté majoritairement pour Donald Trump en novembre 2016.
 
Après les élections, les choses reprendront leur cours normal. En premier lieu, l’Iran.
Pour justifier les frappes américaines, une attaque sous faux drapeau aura lieu dans une grande ville américaine (Boston, Chicago, San Francisco, etc.). L’émotion créée par le millier de morts, associée à la découverte d’un ou plusieurs passeports iraniens, suffira à convaincre le peuple Américain et ses représentants qu’une attaque est nécessaire pour laver l’affront. [Note : L’Opération Northwood, proposée par le chef d’état-major Lyman Lemnitzer en avril 1962, prévoyait de tuer un millier d’Américains par des actes terroristes attribués à des Cubains dans divers villes des Etats-Unis pour justifier l’invasion de Cuba.] (1) Rappelons aussi que les sénateurs Corker et Kaine ont proposé en avril un amendement qui, sous couvert de restreindre les pouvoirs du président, l’autorise en fait à déclarer la guerre sans l’accord du Congrès. Les frappes auront donc lieu, et seront peut-être suivies d’une invasion. Le monde entier protestera, Union européenne en tête, sans résultat. Seule la Russie peut s’opposer à cette nouvelle guerre ce qu’elle se gardera de faire, ne voulant pas sacrifier Moscou pour sauver Téhéran.
 
A ce point, le second objectif des néoconservateurs – créer le chaos au Moyen-Orient – aura été atteint. Viendra le temps de s’attaquer au premier : dominer le monde. Objectif : la Russie. Les combats reprendront dans le Donbass. La Russie devra prendre une décision : renoncer à défendre cette région, se soumettre et être pillée comme elle le fut au temps de Boris Eltsine ou réagir à cette nouvelle agression. La tension entre les deux nations sera à son comble, comme en octobre 1962 lors de la crise de Cuba. Fatigués des humiliations et des mensonges à répétition (Russiagate, Affaire Skripal, MH17, etc.) ainsi que des sanctions économiques injustifiées, l’Armée et le FSB (la CIA russe) prôneront une ligne dure quand Dmitri Medvedev et autres atlantistes se prononceront en faveur d’une solution négociée. Les premiers sortiront vainqueurs du débat et poseront l’index sur le bouton nucléaire en intimant aux néoconservateurs l’ordre de se retirer de l’Ukraine. Face à l’abysse nucléaire, trop attachés à leurs condominiums sur Park Avenue et à leur villa en Floride, les néoconservateurs se coucheront piteusement devant les Russes, révélant ce qu’ils sont réellement : des êtres minables, des assassins, et des imbéciles dangereux.
 
Débarrassé de ces monstres, le monde sera de nouveau en paix. 
 
(1) Le ressentiment des Américains à l’égard des Iraniens depuis l’affaire des otages de 1979 est profond, comme le démontre la récente décision d’un juge fédéral condamnant l’Iran à payer des milliards de dollars aux victimes du 11 septembre et à leurs familles.

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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