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Faux départ au Congo

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Faux départ pour la démocratie en RDC (Congo)
 
CHRONIQUE - L'élection présidentielle qui a vu l'opposant Félix Tshisekedi être proclamé vainqueur masque en réalité la fraude électorale du siècle.
 
Dans une quasi-indifférence de l'Occident, une immense tricherie électorale est en train d'être commise dans le plus grand pays francophone d'Afrique, la République démocratique du Congo (RDC, ancien Zaïre, 80 millions d'habitants, quatre fois la superficie de la France).
 
Quand le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans, avait annoncé il y a cinq mois qu'il allait enfin organiser (avec deux ans de retard) des élections présidentielles où, conformément à la Constitution, il ne se représenterait pas, les diplomaties occidentales ont cru un moment qu'elles avaient marqué un point. Elles pensaient tenir un espoir concret de voir un minimum d'État de droit remplacer le régime paresseux, corrompu et prédateur mis en place par Kabila et sa parentèle. Elles comptaient assister enfin au décollage économique de ce pays exceptionnellement doté par la nature (eau en abondance, terres fertiles, ressources hydroélectriques gigantesques), que cinq décennies de mauvaise gouvernance avaient maintenu dans la misère. Constatant la progression de l'économie de la Zambie et du Rwanda voisin, elles espéraient que la RDC finirait par suivre leurs exemples.
Tous ces espoirs sont en train de s'effondrer avec la mise en œuvre de la fraude électorale du siècle. Homme politique taiseux, détestant autant les débats publics que l'étude des dossiers, Kabila reste, à 47 ans, un redoutable tacticien. Ayant observé tant de chefs d'État s'étant accrochés au pouvoir, Kabila s'est dit qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il ne fasse pas pareil. Mais il a eu l'intelligence de celer ses intentions et d'atermoyer face aux milieux internationaux l'invitant à introduire l'alternance en RDC. Il a élaboré un plan en trois phases.
 
La première a consisté à écarter, sous des prétextes judiciaires, les personnalités politiques les plus dangereuses, car les plus charismatiques. Ainsi l'entrepreneur Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et très populaire président du meilleur club de football de RDC, exilé en 2016, a été physiquement empêché de revenir dans son pays pour remplir un dossier de candidature auprès de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, qui n'a d'indépendant que le nom). Ainsi l'ancien challenger de Kabila à la présidentielle de 2006, Jean-Pierre Bemba, homme fort de la région de l'Équateur, sénateur en 2007, n'a pas eu le droit de se présenter, sous prétexte d'une condamnation judiciaire pour subornation de témoin.
La deuxième phase de la manœuvre de Kabila a été de pousser la candidature à la présidentielle de son ancien ministre de l'Intérieur Emmanuel Shadary, avec l'idée de reproduire le célèbre exemple Medvedev-Poutine. Mais conscient de l'impopularité extrême de son poulain, Kabila avait mis un second fer au feu. Il avait secrètement pris langue avec un candidat d'opposition qui présentait deux avantages : porter un nom crédible et être facilement manipulable. Ce joker du régime s'appelle Félix Tshisekedi, le fils du célèbre Étienne Tshisekedi (1932-2017), ancien premier ministre du Zaïre, avant de devenir un strict opposant à Kabila.
La troisième phase consista à laisser le scrutin se tenir normalement, le 30 décembre 2018, dans la majorité des bureaux de vote du pays. Félicitations des chancelleries occidentales.
Mais, très inquiète quant à l'avenir du pays, l'Église catholique y avait déployé 40.000 "témoins" (assesseurs), pour avoir son propre comptage, afin de dissuader les fraudeurs du régime. Selon elle, le candidat de l'opposition unie, Martin Fayulu, était largement en tête partout, à l'exception de la province du Kasaï (ouest), où, pour des raisons ethniques, Tshisekedi reste très populaire. Ancien cadre du groupe pétrolier américain ExxonMobil (il finira directeur général pour l'Ethiopie), Fayulu est élu député d'opposition en 2011, avant de devenir le coordonnateur des Forces acquises au changement. Pour que la bonne nouvelle ne se répande pas, le régime coupe Internet et l'antenne de RFI.
Vint alors la quatrième phase : changer les résultats réels, en descendant Fayulu de 60 à 35 %, et en élevant Tshisekedi de 20 % à 38 %, pour le proclamer président élu (en RDC, la présidentielle se fait à un seul tour). Un scrutin législatif se tenait en même temps. Là, le régime n'a même pas pris la peine de dépouiller toutes les urnes, avant de proclamer élue une majorité parlementaire favorable à Kabila, une "tricherie massive" nous a confié un évêque congolais. Le tour est joué : avec un président potiche, et un premier ministre à sa main, Kabila continuera à contrôler les postes clefs. La répression des manifestations de colère a déjà fait vingt morts. Les Congolais se terrent chez eux, sans pouvoir communiquer, faute d'Internet.
 
Beaucoup d'Européens ne se sentent pas concernés par la mauvaise gouvernance en Afrique. Ils ont tort. Car c'est elle qui est la première responsable des migrations sauvages.

Paru dans Le Figaro, 15 janvier 2019
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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