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Trump et Xi ... sur notre dos

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Trump et Xi vont s'entendre sur notre dos
 
A Aix-la-Chapelle, capitale de l'Empire d'Occident de Charlemagne - préfiguration de l'Union européenne il y a douze siècles -, les leaders de la France et de l'Allemagne vont tenir, ce mardi 22 janvier 2019, un sommet historique. Emmanuel Macron et Angela Merkel souhaitent renouveler, en l'élargissant, le traité de l'Élysée signé il y a 56 ans. Charles de Gaulle et Konrad Adenauer avaient solennellement scellé la réconciliation franco-allemande, après trois guerres en trois quarts de siècle. Il s'agit aujourd'hui d'inscrire dans le marbre la convergence recherchée, par les deux plus grandes nations d'Europe continentale, de leurs stratégies économiques, sociales et internationales. La France a intérêt à ce partenariat si elle souhaite encore peser dans une négociation face aux mastodontes chinois et américain.
Justement, il devient urgent pour Paris et Berlin de préparer une réponse stratégique commune aux deals commerciaux que préparent Washington et Pékin, qui se feront obligatoirement sur le dos de l'Union européenne. L'Union européenne, si respectée encore à la fin du siècle dernier pour son corpus juridique, ne cesse, depuis dix ans, de décliner en influence sur les affaires du monde. Les deux supergrands ne la considèrent plus que comme une variable d'ajustement dans leur face-à-face stratégique.

Les présidents Donald Trump et Xi Jinping ont personnellement trop intérêt à s'entendre pour laisser la querelle commerciale de leurs deux pays se prolonger au-delà du 1er mars 2019. C'est le délai qu'ils se sont fixé, lors de leur dernière rencontre en marge du G20 en Argentine, pour trouver une solution à leurs différends commerciaux et pour mettre un terme à leur course vers des droits de douane réciproques de plus en plus élevés.

Trump est déjà entré dans la campagne électorale pour sa réélection. Cet homme, qui aime les discours simples, veut pouvoir, durant l'été et l'automne 2020, dire trois choses, et seulement trois, à son électorat, dont la sophistication est égale à la sienne : grâce à moi l'économie américaine ne s'est jamais aussi bien portée ; grâce à moi, on n'entre plus sur le territoire américain comme dans un moulin ; grâce à moi, l'Amérique remporte de grands succès diplomatiques.
Xi Jinping a compris qu'il pouvait aider Trump sur le premier et sur le troisième point. Il va le faire, car il joue son statut d'inamovible empereur de Chine sur la poursuite de la croissance dans son pays, qui seule peut faire accepter par le peuple chinois le joug du Parti communiste. Or Xi sait parfaitement ceci : tant que Trump n'annoncera pas qu'il renonce à appliquer aux produits chinois des droits de douane punitifs, la confiance des investisseurs internationaux et des consommateurs chinois ne reviendra pas sur le territoire chinois. Les chiffres de la croissance chinoise pour le quatrième trimestre 2018 viennent de sortir. Ils n'ont jamais été aussi faibles depuis la crise mondiale de l'automne 2008.
Les 30 et 31 janvier 2019, séjournera à Washington Liu He, le représentant spécial du président Xi pour les négociations commerciales avec l'Amérique. Il sera porteur d'un plan d'augmentation massive des importations chinoises de produits américains, susceptible d'amener à l'équilibre pour l'année 2024 la balance commerciale entre les deux puissances. Les négociateurs américains le remercieront pour cet effort, mais lui en demanderont un deuxième. L'Amérique ne reproche pas aux Chinois d'entretenir un déséquilibre dans leur commerce extérieur avec elle. Elle les accuse également de se livrer à un vol systématique de la propriété intellectuelle américaine, soit par l'espionnage, soit par le chantage exercé contre les entreprises américaines souhaitant accéder au marché chinois ("nous vous l'ouvrirons que si vous acceptez de nous transférer votre technologie").
Le négociateur Liu He aura beau nier tout vol de technologie commis par la Chine depuis son entrée dans l'OMC (2001), il devra finir par céder et offrir un compromis aux Américains, comme l'avait fait Xi Jinping en matière de cyber-espionnage d'État, lors de son sommet californien avec Barack Obama en juin 2013.

L'Union européenne ne profitera en rien de ce deal sino-américain, qui se fera en dehors de tout cadre multilatéral. Trump s'est retiré du traité transpacifique d'Auckland, qui avait créé un instrument commun assez puissant pour imposer, de l'extérieur, de nouvelles règles à la Chine. Les Chinois ménageront un moment les Américains, mais continueront à piller la propriété intellectuelle des Européens.
Coincées entre une Chine qui a déjà acheté les joyaux économiques de plusieurs petits pays de l'Union européenne et une Amérique qui rackette ouvertement leur fleuron industriel Airbus, la France et l'Allemagne devront travailler dur ensemble, après Aix-la-Chapelle, pour trouver une échappatoire à ce piège stratégique.

Paru dans Le Figaro, 22 janvier 2019
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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