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Les 4 vainqueurs du G20

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Les quatre vainqueurs du G20 d’Osaka
 
Créé par le ministre des Finances canadien Paul Martin en 1999 pour faire échanger entre eux les ministres des Finances des 20 premières économies du monde, élargi par le président Sarkozy en 2008 aux chefs d’État et de gouvernement, le G20 est une institution utile. C’est un instrument qui peut permettre de soigner les crises financières planétaires, voire de les anticiper. Progressivement, il a même gagné une certaine importance géostratégique. Au G20 d’Osaka, Emmanuel Macron est parvenu, non sans peine, à obtenir de 19 nations qu’elles confirment leurs promesses climatiques proclamées lors de la conférence de Paris de décembre 2015. Il ne lui manqua que les États-Unis, qui semblent perdus à moyen terme pour la lutte contre le réchauffement climatique. "On a pu éviter le pire. Mais ce n’est pas suffisant", a sobrement commenté le président français.
Quels résultats collectifs concrets produisent les grandes messes médiatisées des sommets du G20 ? Assez peu. Celui d’Osaka (27 au 29 juin 2019) n’a pas vu d’avancée notoire, ni sur l’environnement, ni sur le commerce international. Mais il y a longtemps que l’essence du G20 n’est plus principalement multilatérale. Il est devenu un forum pour des rencontres bilatérales qui n’auraient jamais lieu sans lui. Depuis l’affaire Skripal, les Britanniques et les Russes étaient en très mauvais termes. Mais, grâce au G20, le premier ministre de Sa Majesté et le président russe ont pu s’expliquer une fois pour toutes, en tête-à-tête.
Le G20 est donc devenu une arène où se déroulent des jeux divers, parfois collectifs, parfois individuels. Une sorte de Madison Square Garden, où l’on trouve à la fois de la boxe (l’art de la frappe et de l’esquive en combat singulier) et du basket-ball (l’art de la stratégie collective, entre attaque en triangle et run and gun). Malgré la complexité de ce spectacle qui a duré trois jours, quatre vainqueurs s’y sont clairement détachés.
 
Le premier est Xi Jinping. Ses entretiens avec Donald Trump ont été extrêmement fructueux. Le président chinois a obtenu de son homologue américain la suspension des augmentations des droits de douane à l’entrée des États-Unis pour les produits chinois et l’arrêt des sanctions visant Huawei, le géant des télécommunications. En échange Xi n’a fait aucune réelle concession, se contentant d’une vague promesse d’augmentation des importations chinoises de produits agricoles américains.
Trump a écouté les hommes d’affaires américains qui étaient venus plaider devant lui la cause d’un territoire chinois qu’ils utilisent pour produire une grande partie de leurs biens manufacturés. Le président américain, qui n’a de diplomatie que celle de sa réélection, voulait à tout prix un deal avec la Chine, afin de maintenir l’économie américaine au plus haut. Tacticien politique éprouvé, Trump a ensuite créé un rideau de fumée pour faire oublier ses concessions aux Chinois, en improvisant une visite à Kim Jong-un au cours de laquelle, première dans l’Histoire pour un président des États-Unis, il a mis un pied sur le territoire de la Corée du Nord. Pour être réélu, Trump a besoin d’un grand deal diplomatique, afin de montrer à l’électorat de l’Amérique qu’il est digne de diriger sa politique étrangère.
Le deuxième vainqueur d’Osaka est Poutine, qui n’a jamais été aussi entouré et sollicité. Le président russe a été à la fois capable d’afficher les meilleures relations avec son homologue américain et de se poser en cofondateur d’un nouveau G3 asiatique redoutable : Chine-Inde-Russie.
Mohammed Ben Salman est aussi un des grands vainqueurs. Il revient de tellement loin ! Il y a neuf mois, le prince héritier d’Arabie saoudite était quasiment banni du concert des nations, après avoir ordonné l’assassinat de son opposant Khashoggi dans l’enceinte du consulat saoudien d’Istanbul, et après qu’Ankara a complaisamment livré aux médias les monstrueux détails de l’exécution de cet éditorialiste intermittent au Washington Post. Sur la photo de groupe officiel d’Osaka, on ne voit que MBS, se tenant fièrement au milieu du premier rang, dans sa majestueuse djellaba blanche de Bédouin. C’est que l’Amérique et la Russie ont besoin de MBS : la première pour lui vendre ses armes, la seconde pour fixer avec lui les prix du pétrole.
Quatrième vainqueur, Erdogan a trouvé une consolation à la gifle électorale qu’Istanbul vient de lui administrer : Trump a renoncé à sanctionner la Turquie, bien qu’elle ait décidé à équiper sa DCA de matériel russe.
 
Ces quatre vainqueurs sont tous des autocrates. Le G20 n’a jamais eu pour vocation de faire progresser la démocratie dans le monde. Mais le plus triste est ailleurs : l’Union européenne, désunie, est plus que jamais apparue comme une simple variable d’ajustement de la géopolitique du XXIsiècle.

Paru dans Le Figaro, 2 juillet 2019
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.