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Le Festin de Qu Dongyu

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Le Festin de Qu Dongyu (Chine)       
                                    
Le 23 Juin 2019 Qu Dongyu, vice-ministre chinois de l'agriculture a été élu à la Présidence de la F.A.O. (Food and Agricultural Organisation) pour un mandat de 4 ans à une majorité écrasante de 108 voix, succédant ainsi aux 2 mandats du brésilien José Graziano da Silva (2011/2019).
C'est la première fois qu'un Chinois occupe un poste clef dans le cadre des 12 Organisations-mères qui forment le noyau dur de l'ONU. La FAO en est une des plus importantes avec l'OMS (santé), l'OMC (Commerce), le FMI et la Banque Mondiale.
La FAO c'est "la nourriture du monde", des futurs 8 milliards d'habitants de la planète ; elle l'encourage, la surveille, la finance, l'oriente, en délivre les statistiques, la prévoit, tente d'enrayer les plus grosses sottises, les plus grandes tricheries, établit les compensations, surveille l'eau, les grains, les poissons, les poulets, le bétail, les forêts. Les sacs de farine ou de riz, distribués dans le monde avec leurs sigles imprimés en bleu pâle, c'est elle.
Mettre un ministre chinois à cette présidence, c'est dire le chemin parcouru tant par les décideurs onusiens que par la République Populaire dans son intégration au monde international. De plus, voilà une manière de reconnaître l'expertise chinoise en matière d'alimentation.La nourriture c'est l'obsession de la Chine : on y a eu tellement faim ; les famines y ont été millénaires, les plus récentes – celles générées par l'occupation japonaise puis celles du système Mao (le Grand Bond en Avant : affamer les campagnes pour nourrir les villes naissantes) et sont dans la mémoire collective et dans celles des dirigeants du Parti : la croissance chinoise et sa paix intérieure dépendent de son alimentation. Tant que chaque Chinois aura son bol de riz quotidien il se soumettra ; le slogan actuel étant qu'il "mange de la viande au moins une fois par semaine".
Cette prégnante obsession fait que depuis les années 70, la Chine exploite, achète des terres agricoles dans le monde entier, encourage et finance toutes sortes d'expériences en ces domaines, notamment en Afrique (ex anglaise ou française), divers pays d'Asie du sud-est (le Vietnam), et même en Europe (en France la Beauce, les vignobles, le bois) et en Amérique du sud. Leader dans de nombreux secteurs d'expérimentation et de recherche, la Chine s'est imposée dans un consensus très favorable.
 
L'autre aspect intéressant de cet "entrisme" dans les rouages les plus essentiels de l'ONU est qu'il illustre très bien, que la Chine profite du vide laissé par les Etats Unis : en se retirant délibérément de certains Traités internationaux, le traité de Paris sur le Climat, le Trans Pacific, en réduisant (ou prévoyant de le faire) ses contributions à de nombreuses organisations (l'OTAN entre autres), en mettant des bâtons dans les roues aux accords d'échanges de l'Alena avec le Canada et le Mexique, avec les Latinos au nom d'"America first", en taxant jusqu'à l'extravagance toutes sortes d'échanges, la Maison Blanche finit (ou finira) à court terme par être contreproductive, pour tout le monde y compris les Etats Unis.
On a compris que Donald Trump hait le multilatéralisme, veut exploser l'OMC, la Banque Mondiale et le FMI, veut la peau de tout pays ou structure – en particulier l'Europe - qui se mettrait en travers de sa mirobolante route.
Et puis, il y a Pékin, désormais deuxième contributeur des opérations de maintien de la paix au sein de l'ONU, qui exporte sa vision du monde, basée sur la collaboration, une stratégie d'influence et de patience. Les essaims de diplomates chinois multiplient les contacts avec leurs homologues dans tous les domaines, même avec les Japonais et la République Indienne. Ce qui était impensable il y a 10 ans. Il ne faut pas oublier non plus qu'au-delà du Cirque Donald et ses rodomontades, les échanges agricoles entre la République populaire et les Etats Unis sont importants : le blé, le maïs, le thé le riz et le soja...et du bétail, des herbes, des fruits, des légumes, des poulets et toutes sortes d'autres choses... comme le lithium par exemple. En fait, la grande peur américaine est de ne plus être l'incontestable Number One.
La Réunion du G20 à Osaka n'a pas, sur le fond des problèmes, apporté de grandes nouveautés. Mais c'est l'esprit qui a changé : 19 Etats, chefs d'Etats et premiers ministres ont clairement fait comprendre que LE problème était la dangerosité de la politique américaine, qui d'ailleurs n'est pas une politique, mais un zigzag échevelé, et n'a rien à voir avec les apaisements nécessaires aux relations internationales.
 
Donc cette entrée (brillante) à la FAO est un véritable signe de changement : la Chine a été acceptée tardivement à l'OMC, en trainant les pieds et avec des restrictions car l'Occident considère que sa pratique des échanges n'est pas conforme et s'avère souvent douteuse. Si les Etats Unis restent cramponnés à la Doctrine Monroe de l'isolationnisme de 1823, ils sont réellement déconnectés des réalités contemporaines : cette Doctrine aura 200 ans en 2023 ; ce sera l'année de l'inauguration de l'OBOR à Duisbourg. Il est visible, que passée le premier réflexe de sidération, un front international nouveau se dessine et y intègre la République Populaire.
Hélas !...Cet avancée glorieuse, dorée, est gravement (et piteusement) remise en cause par l'affaire de Hong Kong ; brutale, incongrue, inutile. Peut-on faire confiance ? Voilà la question. 2 aspects : pour la Chine elle-même la révolte des Hongkongais risque de mettre le feu à l'intérieur même de la Chine. Et la péninsule autonome lui est d'une grande utilité financière car totalement intégrée au système occidental. Pour le monde entier c'est l'indéniable signe du profond malaise généré par la gestion chinoise. Avoir déployé le drapeau de Dominion britannique dans l'enceinte du pseudo parlement est le signe d'un terrible danger et d'un immense désespoir.
Envoyé par l'auteur, 11 juillet 2019
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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