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L'Eglise est écologiste

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Benoît XVI a parlé à plusieurs reprises en septembre d'écologie, sujet qui n'a pas bonne presse dans les milieux conservateurs, qu'ils soient politiques ou religieux. On l'assimile un peu vite au parti politique des Verts qui ne fait que ressasser la bonne vieille vulgate marxiste revisitée à la mode écologique. Mais au prétexte que les partis écologistes sont aujourd'hui de gauche ou d'extrême gauche, que l'idéologie qui sous-tend une grande partie de leur discours est marxisante, mondialiste et anti-nationale, faut-il en conclure que les problèmes qu'ils soulèvent ne sont que des manipulations ou des fantasmes ? Ou le fait que les Verts apportent de mauvaises solutions (pas toujours) supprime-t-il la réalité des dangers qu'ils dénoncent ?

Derrière ce débat se pose la question de la responsabilité de l'homme dans la détérioration de son environnement : pollution, pénurie de certaines ressources énergétiques, agriculture hyperintensive (les OGM, par ex.), destruction des milieux naturels (déforestation, industrialisation irréfléchie…), ... etc. Qui peut sérieusement nier que l'homme est responsable de ces dérives ? C'est en effet le point central car si l'homme n'est en rien responsable de cette dégradation ou si on la nie tout simplement, alors il n'y a sans doute pas grand-chose à faire pour inverser le mouvement. Et l'on peut en toute bonne conscience continuer à épuiser et enlaidir notre pauvre planète en évitant de remettre en cause nos modes de vie consuméristes, comme si l'augmentation sans fin de la consommation était un but en elle-même.
Depuis le déclin du communisme, aussi peu respectueux de l'environnement que de la dignité humaine, en effet, n'est-ce pas le système libéral planétaire qui est largement à l'origine des problèmes écologiques ? On le voit bien dans des pays comme les États-Unis et la Chine, premiers pollueurs mondiaux, les intérêts industriels s'accordent mal avec les contraintes financières qu'imposerait une approche écologique du développement. Au nom de son idéologie de la "Liberté" celles "sacro-sainte" du Marché, de l'entreprise, du droit de propriété  (toutes choses bonnes en soi si on ne les absolutise pas), le libéralisme est par nature hostile à toute intervention étatique pour imposer un plus grand respect de l'environnement. Mais si un tel respect n'est financièrement pas rentable et il ne peut l'être à court terme, comment espérer que les multinationales s'y engagent spontanément ?

Je conçois que ces questions puissent déranger ou agacer. Aucun catholique, cependant, ne peut les rejeter, car elles font partie intégrante du Magistère de l'Église. Et que l'on ne nous dise pas que lorsque les papes parlent d'environnement, ils n'évoquent que l' "écologie humaine", c'est-à-dire la lutte contre l'avortement, la contraception ou les manipulations génétiques (toutes choses en effet anti-naturelles que les écologistes se gardent bien de dénoncer) ; certes, cela est exact, mais leurs propos vont explicitement au-delà.
Voici deux extraits de textes de Jean-Paul II :
"Principalement durant ce dernier siècle, l'homme a fait des réalités terrestres un usage qui dans beaucoup de cas s'est révélé irresponsable : nombreuses sont les voix désormais qui dénoncent la "crise écologique" qui menace aujourd'hui l'humanité. Il faut apprendre à regarder la nature avec des yeux nouveaux. […] La domination accordée par le Créateur à l'homme n'est pas un pouvoir absolu, et l'on ne peut parler de liberté "d'user et d'abuser", ou de disposer des choses comme on l'entend" (1).
" L'engagement écologique n'est pas seulement une question d'intérêt pour les êtres de la nature et pour l'atmosphère autour d'eux. C'est une question de moralité et, en outre, de responsabilité pour l'homme à l'intérieur des desseins de Dieu" (2).

Benoît XVI, de son côté, a consacré une partie de son remarquable discours à Lorette, le 2 septembre, à l'écologie : " L'un des domaines dans lequel il apparaît urgent d'oeuvrer est sans aucun doute la sauvegarde de la création. L'avenir de la planète, qui présente les signes évidents d'un développement qui n'a pas toujours su protéger les équilibres délicats de la nature, est confié aux nouvelles générations. Avant qu'il ne soit trop tard, il faut faire des choix courageux, qui sachent recréer une solide alliance entre l'homme et la terre. Un oui ferme est nécessaire pour la sauvegarde de la création, ainsi qu'un engagement puissant pour inverser les tendances qui risquent de conduire à des situations de dégradation irréversible".
Et il a insisté à nouveau, les 5 et 17 septembre, sur "l'attention au climat" et pour que se fortifie "l'alliance entre l'humanité et la nature, qui doit être le miroir de l'amour créateur de Dieu, d'où nous venons et vers qui nous allons" .
Enfin, lors de l'Angelus du 23 septembre, il a été plus loin encore : "Le capitalisme ne doit pas être considéré comme l'unique modèle valide d'organisation économique. L'urgence de la faim et l'urgence écologique dénoncent avec une évidence croissante la logique du profit qui, lorsqu'elle prévaut, augmente la disproportion entre riches et pauvres et la ruineuse exploitation de la planète. Lorsque, au contraire, prévaut la logique du partage et de la solidarité, il est possible de corriger la route et de l'orienter vers un développement équitable et durable ".

Benoît XVI, pas plus que Jean-Paul II avant lui, ne succombe à une quelconque mode écologique. Sa défense ardente de l'environnement s'élève jusqu'à une vision philosophique, théologique et mystique de la Création, dans laquelle l'homme doit voir la main de Dieu. Il nous faut certes maîtriser la nature - c'est l'ordre divin de la Genèse, mais aussi la respecter, l'aimer et nous émerveiller de ses beautés. Elle est un chemin qui mène à Dieu.
www.lanef.net


(1) Encyclique Sollicitudo Rei socialis du 30 décembre 1987, extrait cité dans Les gémissements de la création. Vingt textes sur l'écologie de Jean-Paul II, présentés par Jean Bastaire et préfacés par le cardinal Barbarin, Parole et Silence, 2006, 128 pages, 14 e, p. 41-42. Excellente introduction à l' "écologie chrétienne".
(2) Discours à l'Académie pontificale des Sciences du 18 mai 1990, cité dans Ibid., p. 60.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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