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A la Mostra de Venise

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Palmarès équilibré à la Mostra de Venise
 
Le lion d’or de cette 76e édition va au Joker de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix dans le rôle-titre.
 
Joker, donc ! À Venise, l’Américain Todd Phillips remporte le lion d’or de la 76
e  Mostra. On peut dire conjointement avec son interprète Joaquin Phoenix. Ils sont montés ensemble sur scène pour recevoir le prix et, si le comédien était peut-être un peu déçu de ne pas obtenir la coupe Volpi du meilleur acteur, le triomphe du film ne peut se dissocier de sa prodigieuse composition dans le rôle-titre. C’est son histoire que raconte Phillips (réalisateur notamment de Very Bad Tripet de War Dogs), isolant le célèbre méchant des comic strips pour lui donner un destin humain.
 
Avant de prendre le nom de Joker, Arthur Fleck est un marginal sans emploi qui vit seul avec sa mère entre deux visites à un bureau d’aide sociale, rêve de percer à la télévision mais souffre d’une étrange maladie nerveuse qui se traduit par des crises de rire terrifiantes. Pendant que le réalisateur peint un contexte social de ville sinistrée des années 1980, Joaquin Phoenix exprime dans sa puissante performance une misère existentielle indicible, et tous deux composent une symphonie de douleur et de violence qui culmine presque fatidiquement dans le crime.
Le jury présidé par la réalisatrice argentine Lucrecia Martel a également tiré de son jeu un vrai joker avec ce film qui répond à toutes les situations. Il couronne un film d’auteur et d’acteur avant tout spectaculaire mais qui a aussi une dimension politique : c’est une certaine histoire du mal sous ses aspects psychopathologiques, sociaux, économiques.
 
Le reste du palmarès suit la ligne qui a caractérisé cette édition, en tenant la balance entre art et politique. Le jury fait un choix clairement artistique quand il accorde le lion d’argent du meilleur réalisateur à Roy Andersson pour About Endlessness, où le Suédois perfectionne son style raffiné d’absurde métaphysique. Dans ce sens, on aurait pu aller vers l’étonnant Ad Astra de James Gray, grand oublié. Le choix est en revanche nettement politique avec le prix spécial du jury à La mafia non e piu qualle di una volta, enquête satirique de Franco Maresco sur le "silence palermitain", cette complicité inavouée avec les agissements mafieux.
 
Entre les deux, le grand prix du jury est attribué à J’accuse
, de Roman Polanski
, habile dosage entre le talent de la mise en scène et de l’interprétation (Dujardin faisait un bon candidat à la coupe Volpi) et le politiquement correct. Ce choix permet aussi d’affirmer l’impartialité du jury, après la sortie polémique de sa présidente contre Polanski à propos de sa condamnation pour viol de mineure (qui l’a empêché de venir à la Mostra).
Dans un festival riche en belles compositions d’acteurs, les deux coupes Volpi d’interprétation prennent un relief particulier. Luca Marinelli dans le film de Pietro Marcello transposé du roman de Jack London campe un Martin Eden napolitain captivant, qui refuse les déterminismes socioculturels avec une fougue et une sensibilité de pur-sang. Du côté féminin, on peut regretter de voir oubliée Scarlett Johansson, si intelligente et émouvante dans Marriage Story, de Noah Baumbach. Avec Ariane Ascaride, c’est toute la famille cinématographique et politique de Robert Guédiguian qui est récompensée pour Gloria mundi.
 
Équilibré dans ses appréciations, le palmarès se répartit assez diplomatiquement aussi entre les cinématographies. La forte présence américaine, italienne et française n’empêche pas de saluer l’Asie, et plus précisément et opportunément Hongkong, avec le prix du scénario à Yonfan pour son film d’animation o 7 Cherry Lane, où les émeutes de 1967 renvoient à celles d’aujourd’hui.
D’autres prix complètent ce tour d’horizon : les Giornate degli Autori confirment le talent du Guatémaltèque Jairo Bustamente, le lion d’or du futur distingue le Soudanais Amjad Abu Alala pour You Will Die at 20. La création en réalité virtuelle est de plus en plus représentée. Le public suit en masse : 11 % de plus qu’en 2018, et beaucoup de jeunes. C’est une Mostra intelligente et vivante qui vient de s’achever.

Paru dans Le Figaro, 9 septembre 2019
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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