Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Comprendre le Liban

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Il me semble que l'on ne peut comprendre les problèmes libanais sans les situer dans leur contexte historique.
La première ébauche du Liban est née au XVI° siècle de notre ère par l'union des chrétiens et des druzes sous l'égide de l'émir Fahreddîn : les chrétiens comme les druzes n'ont pas toujours été fidèles à cette conception, gage de leur première autonomie ou indépendance.
Sous l'empire ottoman, la province de Syrie comportait la Syrie actuelle, le Liban, la Palestine et la Jordanie.
Dès 1920, les Syriens ont réclamé la reconstitution de la Syrie ottomane. Le clan alaouite, avec Hafez el Assad et son fils Bachar, est au pouvoir à Damas depuis 1974 : cette longévité politique est sans exemple à Damas depuis un millénaire. Les Alaouites sont un groupe issu du chiisme, sont aussi éloignés de l'orthodoxie sunnite que les Mormons du catholicisme. Pour se maintenir au pouvoir, dans un pays où la majorité est sunnite, les Alaouites ont joué sur l'union des Chiites, des Druzes, des Kurdes, des chrétiens. Pour cette politique, l'union avec le Liban est essentielle, car le poids des chiites et chrétiens libanais assurerait un majorité sans faille au pouvoir alaouite. Comme Lénine, Bachar El Assad a provisoirement accepté le repli de ses troupes du Liban, en laissant en place ses réseaux de renseignement et d'action.
L'influence du Hizbollah ne peut se comprendre sans revenir à la faillite de l'armée libanaise : de 1975 à 1999, elle ne sut se battre ni contre Israël, ni contre les Palestiniens. A bon compte, le Hizbollah incarna la résistance contre un occupant maladroit et le contraignit au repli. Le Hizbollah a plusieurs fois rappelé qu'il ne déposera les armes que lorsque les fermes de Chebaa auront été rendues au Liban : ce n'est toujours pas le cas.
Les chrétiens libanais ont été et restent divisés : le clan Frangié, près de Tripoli, a toujours été partisan d'une entente avec la Syrie, pays relativement laïque où la charia n'a pas cours. Aoun est devenu un politicien : il sait qu'il ne pourra être élu sans l'appui des Chiites et au moins la neutralité de la Syrie.
On ne peut comprendre l'assassinat de Rafic Hariri sans revenir à la stratégie alaouite : un Sunnite efficace à Beyrouth est inacceptable : il pourrait donner des idées aux Sunnites syriens. Et le soutien de la France au clan Hariri, comme les paroles maladroites de nos politiques envers le Hizbollah, ne peuvent que desservir notre diplomatie et notre influence au Liban et en Syrie. Le Hizbollah a commis des attentats contre nos représentants dans les années 80, lorsque nous soutenions l'Irak de Saddam Hussein. Les terroristes qui frappent les Occidentaux depuis 1990, ce sont des sunnites, issus d'Arabie saoudite, du Pakistan, d'Afghanistan ou d'Afrique du Nord. C'est l'intégrisme sunnite qu'il nous faut combattre. Nous devrions nous féliciter de la désunion entre Chiites et Sunnites !
Que notre diplomatie suive les Etats-Unis dans les affaires du Proche et du Moyen-Orient, c'est une catastrophe. On ne pourra reprendre une influence en Iran, en Syrie et au Liban sans une réflexion réaliste sur nos intérêts réels, qui ont peu de points communs avec ceux des Américains.

SALVAN   Jean

Né le 3 mars 1932
Marié (1953) – 5 enfants



Officier, général de corps d'armée


Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Ecole d’Etat-Major 
Ecole supérieure de guerre (ESG)

Commandant la IVème Région militaire
Général de corps d’armée (1988)
Représentant français auprès du Commandement Centre-Europe de l’OTAN (1986-1988) 
Commandant de la 1ère Division blindée (1983-1985)
Commandant du 3ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine
Professeur à l’Ecole supérieure de guerre

Membre correspondant du Muséum d’Histoire Naturelle en 1964
Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées de droit public
Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (1989-1994) ("Société et Défense") 
Président de l’Union des blessés de la face (les Gueules cassées) (1995-2002)

Ouvrages 
Liban 1978, les Casques bleus de la France (1979) - L’avifaune du Gard et du Vaucluse (1983) -

La paix et la guerre (1992) - Soldat de la guerre, soldat de la paix (2005)

Distinctions
Grand Officier de la Légion d’Honneur
Croix de la Valeur Militaire
Commandeur de l’Ordre du Cèdre du Liban
Croix d’Honneur en or de la Bundeswehr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version