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Le vent de Hongkong ...

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Le vent de Hongkong restera insulaire
 
Le résultat des élections municipales est un camouflet pour le parti unique chinois, qui croyait que la majorité des Chinois de Hongkong partageaient sa vision.
 
Tenues le dimanche 24 novembre 2019, les élections municipales à Hongkong ont représenté un succès spectaculaire pour les tenants de la démocratie opposés aux partisans de la ligne du Parti communiste chinois. La participation (de quelque trois millions d’électeurs) a été multipliée par deux par rapport au dernier scrutin ; les candidats pro-démocratie ont raflé 390 sièges de conseillers municipaux sur 452.
Pékin a donné son feu vert à la tenue de ce scrutin, espérant que s’y dégagerait en sa faveur quelque majorité silencieuse, ulcérée par les violences ayant accompagné à la marge le vaste mouvement de manifestations pro-démocratie déclenché le 15 mars 2019. Ce pari a échoué au-delà de toutes les prévisions.

Les conseillers municipaux des dix-huit districts de la Région administrative spéciale de Hongkong - répartis entre l’île (acquise par la Couronne britannique à la faveur du traité "inégal" de Nankin de 1842), la péninsule de Kowloon et les Nouveaux territoires (donnés à bail au Royaume-Uni pour 99 ans par la dynastie Qing en 1898) - n’exercent qu’un pouvoir strictement municipal (gestion des lignes de bus, du ramassage des ordures, etc.). Ils n’ont pas le pouvoir de censurer l’exécutif (toujours nommé avec l’approbation de Pékin) de l’ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997. Mais ce vote demeure un camouflet pour les hiérarques du parti unique chinois, qui croyaient que la majorité des Chinois de Hongkong partageaient leur vision d’un système politique confinant les libertés civiles à celle d’entreprendre.
Dans la déclaration conjointe sino-britannique du 19 décembre 1984, qui est le traité international ayant préparé la rétrocession de Hongkong, les autorités communistes chinoises se sont engagées sur le principe d’"un pays, deux systèmes" ; elles ont promis que la nouvelle Région administrative spéciale (RAS) conserverait son autonomie pour 50 ans à compter de 1997. Il n’y a aucune raison de penser aujourd’hui qu’elles piétineront cette promesse.

Pourquoi les autorités de Chine populaire n’ont-elles pas réprimé le soulèvement démocratique de Hongkong avec la même férocité que pour les Tibétains en 1959, les étudiants de Tiananmen en 1989, ou les Ouïgours actuellement (depuis l’attentat terroriste de la gare de Kunming de mars 2014)? Malgré le développement spectaculaire de Shanghaï, Hongkong demeure le poumon financier de la Chine moderne. C’est une poule aux œufs d’or que le Parti communiste chinois n’aurait aucun intérêt à briser. Beaucoup de princes rouges (héritiers des compagnons de Mao pendant la Longue Marche, qui se sont enrichis après la libéralisation de l’économie commencée dans les années 1980) y ont placé leur argent.
Il y a une sorte d’équilibre de la terreur qui maintient le statut actuel de Hongkong. Ses résidents ont intérêt à ce que leur RAS demeure le grand sas financier et commercial du géant manufacturier chinois. Les communistes du continent ont intérêt à conserver cette exception, aussi utile à l’économie du pays qu’aux bonnes affaires de leurs proches.
En outre, le président chinois Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, a montré qu’il était un stratège. Il sait hiérarchiser ses priorités et livrer ses combats l’un après l’autre. Aujourd’hui sa priorité absolue est d’achever à son avantage la guerre commerciale que lui livre l’Amérique depuis 2018. Il a compris le coût économique et diplomatique faramineux qu’aurait l’envoi de l’Armée populaire de libération contre les manifestants pro-démocratie hongkongais. Contre eux, il a choisi la tactique du pourrissement.

Bien sûr, Xi ne laissera jamais le vent démocratique de Hongkong souffler au-delà de la rivière Shenzhen, qui marque la limite avec la Chine communiste. Le grand repoussoir, pour les communistes chinois, c’est Gorbatchev. Ébahis, ils ont assisté à l’effondrement de la puissance mondiale qu’ils redoutaient le plus, cette URSS avec laquelle ils s’étaient battus sporadiquement en 1969 sur le fleuve frontière Oussouri. Que le secrétaire général du parti communiste soviétique ait pu, de son propre chef en 1986, accorder des libertés politiques à sa population, est quelque chose que les communistes chinois ne sont toujours pas parvenus à comprendre.
Pour eux, la démocratie signifie une lutte continuelle entre factions, aboutissant au mieux à la paralysie, au pire à la guerre civile. Pour eux, le développement d’un grand pays passe par une vision à très long terme, capable d’imposer à sa population des choix stratégiques : en Chine, la mission est remplie par le parti communiste, commandé sans murmure par son chef. Pour eux, la seule raison du retard qu’a pris, dans son développement, l’Inde par rapport à son voisin chinois, est due à la démocratie politique qui y "sévit" depuis son indépendance en 1947…

Paru dans Le Figaro, 26 novembre 2019
GIRARD Renaud

Né le  
 
 




Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français
 
 
Ecole normale supérieure (Ulm)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr)

 
Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984

 
A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.
Notamment reconnu pour sa couverture des guerres
     à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.
Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).
En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).
Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.
Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)
Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)
A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)
Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)
En Libye, (2011, 2013 et 2015)
En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)
 

Conférencier et médiateur international
Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)
Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales
Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique
 
 
Ouvrages
Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française
La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)
Retour à Peshawar  (2010)
Le Monde en marche (2014)
Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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