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Pour le développement humain : "le beurre ou les canons" ?

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.................... subit un violent séisme suivi de centaines de répliques. Les morts se comptent en dizaines de milliers dans ces régions isolées du sous-continent indien. Les secours de l'armée pakistanaise sont insuffisants, d'autant que cette dernière n'aurait qu'une vingtaine de ces hélicoptères indispensables pour sauver les populations civiles. Mais le Pakistan, par ailleurs, dispose de l'arme nucléaire.… 
Suivant cet exemple, la liste des pays en développement serait longue. Les pays où les dépenses militaires, celles en faveur des "canons", semblent privilégiées par rapport à celles pour "le beurre", c'est-à-dire pour le développement humain. Et ce sont les populations civiles qui en font les frais, subissant des surmortalités et laissées à l'tat de pauvreté.
Certes, cette liste des pays qui empêchent le développement humain par des surinvestissements militaires ne peut être établi d'une façon parfaitement mathématique. En effet, les budgets militaires annoncés par de nombreux États sont d'une fiabilité douteuse. Il faudrait connaître la taille des armées, sans oublier les multiples milices dont le nom n'apparaît pas dans les documents officiels. On sait ainsi que l'Irak de Saddam Hussein comportait plusieurs dizaines de milices entretenues avec l'argent du pétrole et servant au dictateur pour quadriller son pouvoir.
Il faudrait connaître le type et la quantité des armements achetés, données sur lesquelles existent certaines informations disponibles, mais qui ne prennent pas en compte les achats d'armes maquillés sous d'autres noms.
Il faudrait enfin prendre en compte les dépenses en matière de recherche militaire ou d'extension des moyens militaires. Mais même de telles données resteraient insuffisantes pour montrer la capacité de nuire du surarmement. Par exemple, l'achat d’armes légères, qui a un coût relativement modeste, ne ressort pas bien dans les statistiques sur les dépenses militaires et alimente pourtant des guerres civiles ou des massacres d'une cruauté extrême, sans parler de l'horrible essaimage des mines antipersonnelles. Le nombre des victimes n'est donc pas dépendant du budget de l'armement indiqué.


Typologie de la préférence pour les canons
Néanmoins, une typologie des pays en développement accordant une forte priorité aux "canons" est possible.
Il y a d'abord des pays pauvres dirigés par des dictateurs qui usent et abusent de la violence pour conserver leur pouvoir. C'est ainsi que les dirigeants de la Corée du Nord, de la Birmanie ou de la Syrie semblent disposer de budgets illimités pour les "canons", sans guère de considération pour des investissements sanitaires, éducatifs ou matériels qui permettraient le développement humain.
Dans une deuxième catégorie figurent des pays où se déroulent des conflits civils. Le pouvoir politique, même lorsqu'il est tenu par des civils, considère qu'il lui faut armer son armée pour contribuer à maintenir l'ordre. C'est le cas, par exemple, en Ouganda ou en Afghanistan, même si la situation y est plus complexe.
Dans une troisième catégorie, le poids de l'armée dans les rapports de force internes au pays est très grand. L'armée est parfois à ce point un État dans l'État que les canons qu'elle demande sont presque toujours financés, d'autant que l'armée possède elle-même, directement ou indirectement, de nombreuses fonctions de nature économique. Une telle situation se présente en Algérie, en Turquie ou au Pakistan (1).
Dans d'autres pays, l'importance des canons est davantage à usage externe qu'interne, afin d'être considéré comme "grande puissance". C'est ainsi que la considérable rente pétrolière iranienne profite essentiellement aux "canons", comme l'atteste une économie encore en état de sous-développement.
Certes, il ne faut pas avoir la naïveté de penser qu'on pourrait supprimer d'un trait de plume les budgets militaires. Le monde est dangereux et, pour tous ceux qui aspirent à la paix, la devise "Si vis pacem, para bellum" (2) reste malheureusement appropriée. Lorsque cette préférence pour les canons va bien au-delà de la formule latine, dans des pays où le produit intérieur brut par habitant est particulièrement faible, cela n'exonère pas les pays développés, mais suscite de véritables interrogations sur les progrès démographiques dans notre planète. Pour réduire la mortalité infantile, pour diminuer la mortalité maternelle, pour augmenter les taux de scolarisation, il faut engager une vaste opération de pédagogie afin que le développement humain devienne partout une véritable priorité.

Editorial de la revue
Population & Avenir, n° 675 - novembre-décembre 2005

(1) "À travers leurs fondations, les activités des militaires vont de la fabrication de corn flakes à celle du ciment en passant par l'immobilier, l'éducation", Le Monde, 15 octobre 2005, p. 3.
La situation est semblable pour l'armée turque.
(2) "Si tu veux la paix, prépares la guerre".

DUMONT  Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
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Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

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Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

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