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Du boycott des J.O.

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(...)
contre le Tibet a remis à l'ordre du jour le boycott des Jeux olympiques de Pékin. Fallait-il donc une telle violence pour que les belles âmes occidentales se souviennent que la Chine demeure un régime communiste avec des méthodes communistes ? L'exemple chinois montre que le libéralisme économique se marie fort bien avec toute la rigueur communiste et ne contribue que fort modérément à en adoucir les angles. Est-il temps, au reste, de s'inquiéter du sort du Tibet, illégalement occupé et persécuté depuis plus d'un demi-siècle, lorsque tous les pays occidentaux entretiennent de bonnes relations avec Pékin pour des raisons commerciales et favorisent de ce fait l'exploitation d'une main-d'oeuvre effroyablement maltraitée, ramenée au rang de bête ? C'est à ce niveau politique global que le problème doit être considéré et que le boycott devrait être envisagé. Faute de quoi, même en imaginant que nombre de pays occidentaux décident de boycotter les JO, si l'attitude générale à l'égard de la Chine ne change pas, les opposants au boycott auront beau jeu d'affirmer que cela n'aura servi à rien pour améliorer le sort d'une population martyrisée.
Nos nations n'étant prêtes à aucun sacrifice et surtout pas à remettre en cause les sacro-saintes lois du libéralisme mondialisé, Pékin peut continuer tranquillement à exploiter et opprimer les Chinois, avec ou sans Jeux olympiques. Est-ce à dire qu'il faille définitivement renoncer au boycott ? Je ne le crois pas, car même s'il ne faut pas en attendre des retombées immédiates, un tel boycott, s'il était assez suivi, gênerait énormément Pékin qui a fait des Jeux une vitrine mondiale pour son "modèle " de développement et ainsi ramener au second plan la réalité de sa tyrannie politique. Ce serait un camouflet et un coup d'arrêt pour un régime dont l'assurance et l'orgueil ne semblent connaître aucune limite.

Mais, entend-on déjà, ce serait prendre les valeurs du sport en otage et politiser un événement prévu pour rapprocher les peuples ! Passons sur le double discours qui, avant les événements du Tibet, affirmait que les Jeux contribuaient à ouvrir les dictatures et, quand ces régimes font du zèle, à assurer qu'ils sont étrangers à la politique à laquelle le sport ne doit être mêlé en aucun cas. Si l'esprit des JO était resté celui des fondateurs, un tel argument pourrait être recevable quoique discutable dans son principe, le sport n'est pas une fin en soi et doit répondre lui aussi aux priorités du bien commun lorsque celui-ci est en cause. Mais nous sommes aujourd'hui à l'opposé de ce bel esprit sportif ! Loin d'être le fait d'amateurs désintéressés pour lesquels "l'essentiel est de participer", les Jeux - comme toutes les grandes manifestations sportives, hélas ! - sont devenus une compétition d'hyperprofessionnels mettant tout en oeuvre pour gagner et, plus encore, un business, une affaire d'argent aux enjeux financiers colossaux. La Chine, de plus, détourne le sport à des fins de propagande - comme l'ont toujours fait les pays communistes ou hier l'Allemagne nazie - et la façon dont elle sélectionne et entraîne ses athlètes est proprement monstrueuse et inhumaine (1). Alors que le légitime patriotisme tend à être ridiculisé, le sport est le seul domaine où se manifeste encore un chauvinisme absurde et parfois violent, là où précisément devrait régner le fair-play. Il développe des passions et occupe une place médiatique disproportionnée (là encore pour des questions d'argent) bref comment ne pas l'identifier aux jeux du cirque des Romains, dérivatif facile et démagogique pour détourner le peuple des vrais problèmes ?

Sans doute le boycott n'est pas une mesure idéale, j'en conviens, mais rien de sérieux ne s'y oppose. La question, finalement, est celle de la morale et de la politique. Certes, s'il ne fallait entretenir de relations qu'avec les États répondant à nos critères démocratiques, nos rapports internationaux se raréfieraient rapidement. Mais, au nom de la realpolitik, faut-il alors tenir la morale à l'écart de toute considération politique ? Certes non, c'est ce qu'a montré Benoît XVI dans son remarquable discours aux Nations-Unies le 18 avril dernier. Il a même insisté sur le devoir de la communauté internationale d'intervenir lorsqu'un État n'est pas en mesure de protéger sa population contre les violations des droits de l'homme, la situation est plus dramatique encore quand c'est ce même État, comme en Chine, qui les viole pertinemment. Et il a balayé l'objection habituelle selon laquelle les droits de l'homme ne seraient qu'un concept occidental non valable pour les autres cultures. "Le mérite de la Déclaration universelle, a dit Benoît XVI, a été d'ouvrir à des cultures, à des expressions juridiques et à des modèles institutionnels divers la possibilité de converger autour d'un noyau fondamental de valeurs et donc de droits". Le fondement commun des droits est la loi naturelle qui transcende toute culture, le pape a une nouvelle fois insisté sur l'importance de sa reconnaissance : "Ces droits trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au coeur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations. Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses. La grande variété des points de vue ne peut pas être un motif pour oublier que ce ne sont pas les droits seulement qui sont universels, mais également la personne humaine, sujet de ces droits". Tout un programme.
…
Paru dans La Nef - Mai 2008
(1) Cf. l'excellent livre de Luc Richard, Pékin 2008. Pourquoi la Chine a déjà gagné, Mille et Une Nuits, 2008.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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